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24 janvier 2008
Pour un Nouveau Compromis
Bonjour à toutes et à tous,
L'actualité est lourde depuis quelques jours : passage en force sur la constitution européenne, licenciement purement financier de 600 à 700 personnes chez Arcelor-Mittal à Gandrange en Moselle, démocratie participative mise à mal par ses propres promoteurs, crise boursière internationale, fraudes bancaires de plusieurs milliards à la Société Générale, la mondialisation qui impose en toile de fond ses conditions aux Etats, rigidité et inadaptation de nos institutions... Autant de phénomènes ou de nouvelles qui me conduisent à réfléchir aujourd'hui sur la possibilité d'un Nouveau Compromis.
Une "modernisation rétrograde" de notre pensée économique et sociale. Cela m'amuse toujours beaucoup de voir, en particulier à gauche, quelques grandes figures nous expliquer que la modernité c'est d'être plus fexible, plus mobile et finalement que la sécurité de l'emploi est quelque chose d'archaïque. L'Homme a, de tout temps, eu pour première préoccupation sa sécurité. Cela fait partie de son instinct. Il en a besoin. C'est une nécessité. Dès lors, depuis quand être plus moderne c'est être moins humain ? Depuis quand la flexibilité et la mobilité favorise-t-elle l'épanouissement d'un homme au sein d'une société dans laquelle il doit, pour y parvenir, tisser et entretenir des liens d'amitié et interpersonnels forts, dans laquelle il veut fonder une famille solide et la protéger ? L'homme, pour être heureux, a besoin de sécurité et de stabilité. La vraie question qui se pose alors est la suivante : est-ce archaïque que d'être heureux ? On pourrait le penser si on les écoutait sans réfléchir un peu...
Pour ma part, j'estime cette prétendue modernité qu'on nous vend à longueur d'émissions télé, de journaux ou de slogans politiques inhumaine et par conséquent rétrograde. La modernité, aujourd'hui, c'est l'employé klinex, l'ouvrier, le mineur malade d'une vie de labeur et mourrant quelques années avant ou après sa retraite, les cadres à code-barre. "Je sens bien qu'on a pressé l'orange, il faut que je pense à sauver l'écorce" écrivait Voltaire à propos de Frédérick II de Prusse peu avant sa fuite du Sans-souci de Potsdam. Cela pourrait être l'état d'esprit du travailleur du XXIième siècle. Dépersonnalisation totale des travailleurs et interchangeabilité des postes sont devenus la règle. La mobilité est devenue horizontale, on sort d'une entreprise quasiment au même niveau que celui par lequel on y est entré et les perspectives de carrières se réduisent drastiquement. Un fils de PDG devient PDG à son tour, même s'il n'en a pas ni les qualités ni les capacités. Un fils d'employé deviendra employé à son tour, même s'il a plus de capacités que son père et que son PDG réunis. Toute remise en cause du système est interdite, ce serait cracher dans la soupe (nous dit-on). Acceptez votre condition telle qu'elle est, vous vivrez plus heureux. Le profit doit être décomplexé, la consommation à outrance assumée, l'entreprise c'est la liberté... Et mon cul, c'est du poulet ? Voilà la réalité, mais est-ce vraiment une modernité ? Je ne le crois pas.
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Le délitement de notre démocratie. La mondialisation influe sur notre économie et notre société mais provoque également un certain nombre de modifications de nos systèmes de gouvernement. Si la démocratie représentative était certainement le meilleur moyen de gouverner la France des années soixantes, force est de constater qu'avec la troisième mondialisation, le transfert de pouvoirs fondamentaux aux institutions européennes et le raidissement des institutions de la Cinquième République depuis quelques années, elle semble aujourd'hui totalement inadaptée aux nouveaux enjeux. Elle ne se suffit plus à elle-même et doit être approfondie. L'équilibre national est rompu, les personnes que nous élisons n'ont plus le pouvoir de changer les choses mais seulement d'appliquer les directives européennes, les résolutions des grands sommets et des grandes institutions internationales. Les membres de ces institutions ne sont pas élus ou tellement indirectement que le sang démocratique s'est dissout dans les veines administratives. C'est la définition même de la Technocratie, le pouvoir aux techniciens et aux diplomates sans légitimité populaire aucune.
Aujourd'hui, la réalité du pouvoir n'appartient plus aux citoyens. C'est un fait. La réalité du pouvoir appartient à des gens nommés opaquement et dont le pouvoir n'est pas réellement contrôlé. Le pouvoir est à la Commission européenne qui gère la machine administrative. Il est à la Cour de Justice de l'Union qui fait la loi et juge les Etats. Il est à la Banque Centrale Européenne qui dirige la politique monnétaire librement. Sans oublier les Conseils d'Administration des grandes entreprises et grand organismes internationaux comme le Fond Monnétaire international, la Banque Mondiale, l'Organisation Mondial du Commerce, qui orientent réellement notre politique économique... Le citoyen ne fait qu'élire des gens chargés de nommer aux fonctions ces techniciens, ces diplomates. Ils sont aussi chargés d'appliquer les décisions prises en haut, ou plutôt à faire passer la pilule des recules qui sont entrepris dans les domaines sociaux et culturels. On amuse les citoyens grâce à des Coupes du monde, des Jeux Olympiques. On détourne leur attention par des appats comme la vie sentimentale du chef de l'Etat ou des débats sociétaux mineurs comme le "mariage pour tous" ou le débat sur les OGM qui, même s'ils sont en eux-mêmes importants, ne sont pas fondamentaux pour définir le modèle de société globale que nous voulons créer... Panem et circensis. Du pain et des jeux. Paul Veyne avait donc raison... Nos élus servent enfin de fusibles, de soupapes, qui protègent ceux qui tiennent la réalité du pouvoir : ceux d'En-Haut. Finalement, je l'écris sans avoir le sentiment d'exagérer, on peut dire qu'aujourd'hui le pouvoir des citoyens est en train de leur filer entre les doigts. Ce n'est pas la dictature, le despotisme ou la monarchie qui nous menace, c'est la soumission des élus aux dirigeants économiques et aux techniciens du pouvoir, aux spécialistes : la Technocratie.
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Le Nouveau Compromis. Mon sentiment est qu'on ne peut pas imposer des recules économiques et sociaux, parce qu'il s'agit bien de recules que cette prétendue modernisation, sans compensations. Celles-ci, je ne les vois que dans des réformes démocratiques. Plus de démocratie dans le fonctionnement de notre République. Plus de démocratie dans le fonctionnement de l'Europe. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos entreprises. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos administrations locales, nationales, continentales et internationales. Il ne faut pas avoir peur de l'avis des citoyens. Il ne faut pas avoir peur du vote. La démocratie n'a pas peur du peuple.
Concrètement, un droit du travail plus souple appelle un fonctionnement de l'entreprise plus démocratique. Pour laisser l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale, voire les membres de l'Assemblée de l'ONU eux-mêmes, continuer à nous imposer de nouvelles règles, il faut que ses dirigeants soient directement élus par les citoyens du monde. Pour que l'Europe puisse continuer à marcher et ses décisions acceptées par les citoyens, il faut que la Commission soit élue par le Parlement européen, que ce soit le Parlement qui fasse la loi et vote le budget et que la Banque centrale européenne soit rattachée directement à la Commission européenne. Il faut enfin que la légitimité du Parlement Européen soit renforcée par une date unique des élections législatives européennes et des droits de veto sur les décisions de la Commission, de la Cour de Justice, de la BCE et pourquoi pas du Conseil Européen !
Au niveau national, pour qu'on accepte les décisions du Parlement, il faut qu'il représente la société. Il faut un Parlement élu, à la manière allemande, à 50% au scrutin majoritaire, à 50% au scrutin proportionnel. Il faut également clarifier les pouvoirs. Qui fait quoi ? Clarifier les pouvoirs des gouvernements par rapport aux insitutions internationales, par rapport à l'Europe. Clarifier les pouvoirs du chef de l'Etat par rapport au Premier Ministre et aux Ministres. Les pouvoirs de l'Assemblée par rapport aux deux précédents. Localement, comme le souligne le rapport Attali, il est évident que le département, même s'il suscite beaucoup de passions, n'est plus un espace adapté à une France moderne. Devenu l'antichambre du Sénat, ils sont de véritables maisons de retraites politiques provinciales... C'est la Région qui devient le maillon essentiel entre l'Etat et les Communes. Les compétences des départements devraient donc être distribuées entre Communes et Régions. Les Communes françaises sont aussi beaucoup trop nombreuses, leur nombre doit être réduit par leur fusion dans le cadre des Pays, territoires de projets, territoires historiques, et non dans les communautés d'agglomération comme le suggère le rapport Attali. Cela me paraîtrait plus judicieux.
La prise de décision doit enfin se démocratiser. A la démocratie représentative, deux niveaux de démocraties doivent être ajoutés. La démocratie participative à tous les niveaux : mondial, continental, national et régional. Par démocratie participative j'entends la construction d'un dialogue constant entre citoyens et élus (et non techniciens ou experts !) afin d'améliorer l'adaptation des projets pour lesquels ils ont remporté la majorité des suffrages, aux réalités du terrain. Au niveau local, je suggère la création de véritables Cités, avec un pouvoir plus direct, notamment pour le budget de la ville et pour les grands projets urbains au centre comme en périphérie. La place du Conseil Municipal doit être reforcée et rééquilibrée par rapport à celle du Maire. Il doit devenir la clef de voûte garantissant l'équilibre entre la direction citoyenne et l'incarnation de la cité qu'est le Maire.
Je pense que ceux qui croient pouvoir faire accepter, avec cette prétendue modernisation de l'économie, avec ce transfert toujours plus important des pouvoirs de la nation à des institutions européennes et mondiales non-élues, sans donner plus de capacité, de droit de regard, de pouvoir de décision aux simples citoyens, se trompent lourdement. L'exemple le plus représentatif étant la manière dont l'Europe est en train de baffouer le vote démocratique des citoyens sur la Constitution Européenne. Les citoyens regardent, s'informent et n'accepteront pas tout indéfiniment. Ils ne sont pas stupides et perçoivent très nettement ce déséquilibre. En ce début de XXIième siècle, qui l'eut cru, c'est la démocratie qui est en danger. Un Nouveau Compromis s'impose : recules économiques contre avancées démocratiques.
En définitive, deux questions sont ici posées. La question de la modernité tout d'abord. Qu'est ce que la modernité ? Je répondrai simplement que la modernité est le moyen du changement. La modernité, c'est ce qui permet de rendre le plus grand nombre de personnes heureuses. Elle doit être le but unique du combat idéologique et politique. La question de la démocratie ensuite. Qu'est ce que la démocratie ? La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Tout autant que d'ignorer l'avis des citoyens, baffouer leurs choix est aussi baffouer la démocratie.
A Réfléchir, à enrichir, à voir...
Thomas
23:10 Publié dans Europe et pays européens, Institutions, Propositions, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mondialisation, Démocratie, Modernité, Europe, Institutions, Paul Veyne, Voltaire
17 janvier 2008
Le potentiel de Bien-être
Bonjour à toutes et à tous,
Ces jours-ci, du côté des Français, on entend beaucoup parler de "pouvoir d'achat". Ils ne seraient pas content du leur... Quelle Surprise ! De son côté, le Président qu'ils ont largement élu applique le programme pour lequel il l'a été : franchises médicales, poursuite des privatisations sauvages, suppression de la durée légale du temps de travail, paquet fiscal de 15 milliards d'euros aux plus riches... Il se voulait le Président du "pouvoir d'achat", il se retrouve Président de ceux qui l'ont déjà. Facile me direz-vous. Je vous répondrai qu'on a le Président qu'on mérite et suggère à ceux qui se réveillent aujourd'hui de lire les programmes la prochaine fois, on ne sait jamais, ca pourrait éviter quelques surprises... Allez, j'arrête ici les injonctions sur des faits qui appartiennent aujourd'hui au passé. Il ne sert à rien de le refaire, c'est une perte de temps. Prenons simplement note pour la suite et réfléchissons ensemble pour demain, seule chose qui compte.
Aujourd'hui : le "pouvoir d'achat". Nicolas Sarkozy voulait être le Président du "pouvoir d'achat". Formule d'autant plus singulière qu'elle est combinée avec la fonction de magistrat suprême du pays. Apparament, elle n'a surpris personne. Et pourtant, elle est lourde de sens... Qu'est ce que le "pouvoir d'achat" au fond ? Si le pouvoir c'est d'avoir la capacité, l'autorité, la possibilité, le droit aussi, de "faire" et si l'achat est l'action d'acheter, ce qui sous entend avoir au préalable de quoi acheter, le "pouvoir d'achat" serait donc la capacité d'acheter, la possibilité d'acheter, le droit d'acheter.... Vous me direz que j'enfonce des portes ouvertes... Mais plus qu'acheter cela signifie aussi qu'être le Président du "pouvoir d'achat", c'est être le Président dont le seul but est de donner de l'argent à ses concitoyens. C'est en quelques sortes l'aboutissement du libéralisme que d'être ce Président puisque cela signifie que tout l'appareil politique, de la base au sommet, serait mobilisé au service de l'appareil économique. Le politique au service total de l'économique. Nicolas Sarkozy voulait être le Président du "pouvoir d'achat", il fallait comprendre le "Président de l'argent".
En définitive, qu'est ce que le 'pouvoir d'achat' sinon l'accumulation de l'argent ? La capacité à acheter toujours plus, à consommer toujours plus, à jeter toujours plus, à polluer toujours plus aussi. La capacité pour celui qui l'a de faire tout ça toujours plus rapidement. Plus. Encore Plus. Toujours Plus. Comme si, parce qu'on avait beaucoup et très vite tout ce dont on rêve était synonyme de bonheur. Comme si la quantité compensait la qualité. Comme si le plus vallait le mieux. Vous l'aurez compris, je ne fais pas partie des personnes qui pensent que ceux qui ont beaucoup sont forcément plus heureux que les autres. Comme disait Gandhi, "vivre simplement pour simplement laisser vivre". Or, ce qu'on oublie trop souvent, c'est que le but des politiques publiques n'est certainement pas de faire vivre les citoyens dans le superflux, pour ne pas dire le superficiel, mais d'en rendre un maximum heureux, de les faire s'épanouir au sein d'une société harmonieuse matériellement mais aussi psycologiquement. De ce point de vue, se proclamer Président du 'pouvoir d'achat' n'est pas un gage de bonheur. "Pouvoir d'achat" n'est pas synonyme de bien-être et l'action du politique ne peut pas se réduire à suppléer les grands patrons, les actionnaires, et leurs machines à produire des inégalités.
Demain, je l'espère : le "Potientiel de Bien-Etre". Puisque le concept de "pouvoir d'achat" ne convient pas, pas plus que celui de croissance, il nous revient d'inventer un nouveau concept qui réponde mieux au but de l'action politique et publique : l'épanouissement du citoyen et pas seulement sa capacité à "gagner plus". Indicateur d'une croissance durable car préservant la planète et la société pour les générations futures, ce potentiel permettrait enfin d'apprécier la croissance réelle d'un pays et non pas seulement sa croissance économique, qui se fait bien souvent dans le cadre de la mondialisation financière et au détriment des plus faibles comme des travailleurs. Il serait un instrument de mesure à la fois de la croissance économique, de la croissance sociale et de la qualité de l'environnement. Economiquement, il pourrait prendre en compte l'évolution du "pouvoir d'achat", la croissance économique. Socialement, il pourrait prendre en compte le taux de chômage, l'évolution du moral des citoyens, l'évolution démographique notamment la natalité ou le taux de personnes vivant seules. Ecologiquement, on pourrait prendre en compte l'évolution de la qualité de l'air, de l'eau, des régimes alimentaires... Ces listes ne sont pas exhaustives, elles servent surtout à illustrer ma pensée. Bien entendu que le bonheur est difficile à mesurer et l'indice ne serait utilisable qu'avec beaucoup de précautions dans les premiers temps mais je fais confiance à nos chercheurs pour les affiner avec la pratique. Dans tous les cas, parler de "potentiel de bien-être" aux citoyens plutôt que de croissance ou de "pouvoir d'achat" constituerait une vraie mutation dans nos sociétés sous influence psycologique des grandes transnationales et de la logique de marché. Le bonheur du plus grand nombre, voire de tous, il est là l'objectif premier du combat politique.
Entre un "pouvoir d'achat" inadapté aux nouveaux enjeux mondiaux et une croissance qui ne se traduit plus ni socialement ni écologiquement, le "potentiel de Bien-Être" serait donc un outil essentiel pour gouverner au XXIième siècle et permettrait le recentrage des objectifs des nouvelles sociétés et de la réflexion politique sur nos valeurs : nous avons aujourd'hui le Président de l'argent, je fais le voeux que le prochain soit le "Président du Bien-Être".
A méditer.
Thomas
21:45 Publié dans Propositions, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Bien-être, Pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy, Argent, Gandhi
11 janvier 2008
Le changement
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd'hui, j'ai envie de dépasser les frontières et les océans. Aujourd'hui, j'ai envie d'aller de l'autre côté de l'Atlantique et de vous parler des Etats-Unis. Et oui, il se passe encore quelque chose en dehors de notre microcosme franco-sarkozo-français, cela méritait bien un article :-)
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J'ai toujours eu un sentiment ambivalent face aux Etats-Unis. Sa courte histoire pourtant si grande. Ses mentalités mêlées de pionniers mais aussi de puritains et de libéraux, de communautarisme et d'individualisme. Ses persécutions, les dos mouillés, Guantanamo, le Ku Klux Klan... et ses rêves, l'or de l'Ouest, la lune, le self made man... Mais les Etats-Unis sont surtout ses grands espaces de l'Atlantique au Pacifique et ses magnifiques paysages des hauteurs des grattes-ciel de NYC au grand canyon et aux chutes du Niagara, de l'étendue fertile des grandes plaines battues par les vents aux steppes du désert mexicain rafraichies par les climatiseurs, de la Louisiane traditionnelle des Cajuns aux cols blancs de la Silicon Valley... Cette diversité et ces contrastes m'ont toujours attirés, intrigués même si intrigue n'est pas admiration béate ! Les Etats-Unis restent le pays de la démesure, du bien comme du mal, du meilleur comme du pire. On dit qu'on peut décrire qui est une personne sur le simple examen de sa bibliothèque et que celle-ci serait parmi nos biens les plus intimes ! Si c'est le cas, dans ma bibliothèque, ouverte à tous, vous pourrez constater que les Etats-Unis en occupent un bon tiers, à côté de l'Europe et de la droite Française essentiellement. Je vous laisse juge des déductions et analyses à apporter...
Plus précisément, j'ai toujours été fasciné par l'architecture des institutions américaines, leur solidité, leur pérénité. Elles paraissent presque monolitiques, figées à jamais dans l'histoire par Jefferson, et pourtant, elles nous montrent ces derniers jours qu'elles sont à la pointe de la respiration démocratique avec une réelle et salutaire capacité de renouvellement. Que dire d'un système dans lequel tout le monde est élu par le peuple, du shérif et du juge au Président Fédéral ? Que dire d'un système dans lequel l'inconnu d'hier peut devenir le Président de demain ? Sans fermer les yeux ni sur les dérives de financement ni sur l'utilisation abusive des médias, c'est la clef de la longévité de cette Constitution presque parfaite depuis plus de deux siècles. Que pouvons nous dire, que pouvons nous faire, nous, Français, au pays de Montesquieu, 260 ans après la publication de L'esprit des lois, quand nos pouvoirs ne sont toujours pas séparés, quand nous commençons seulement à mettre en place des primaires pour désigner nos candidats, quand nos notables sont pour la plupart nommés, quand notre Président est toujours irresponsable et quand nous avons subi plus d'une dizaine de Constitutions depuis 1787 ? Pas grand chose sinon prendre des notes...
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Mais revenons à nos ânes et à nos éléphants... Revenons sur les candidats à la location de la White House et le déroulement des Primaries. Le suspens est de mise, des deux côtés, pour le plus grand plaisir des journalistes, des instituts de sondages et, il faut bien le dire, des observateurs dont je suis ! Moi qui, en général, préfere les challengers plutôt que les leaders, j'en ai pour mon compte.
Chez les Républicains d'abord. Mitt Romney est un milliardaire mormon, homme des Bush... tout pour plaire en somme... Il était déjà célébré comme le grand favori pour obtenir l'investiture. Depuis le début du processus, sur trois Etats, il n'a remporté que celui du Wyoming, le moins peuplé de tous et par conséquent celui envoyant le moins de délégués à la Convention qui élira le candidat. Le jeu est très ouvert puisqu'il a en face de lui un duo de choc avec Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas, ancien obèse (ça compte aux usa !), pasteur, antiavortement, antimariage pour tous, anti..., anti..., anti... mais pour le maintien des troupes en Irak ! Sur le plan économique, il est nettement moins libéral que la moyenne, ses positions se rapprochant parfois de celles des démocrates. Il a remporté le caucus de l'IOWA, troisième dans le New Hampshire, les sondages le donnent en tête dans les Etats du vieux sud et des grandes plaines. On dit qu'il pourrait former un ticket comme Vice Président de l'autre membre du duo : le revenant John Mac Cain (pas celui des frites longues et craquantes, je précise pour les obsédés des subtilités culinaires lol), vétéran du Viet Nam, critique dès le départ sur la guerre en Irak, opposant à Georges Bush aux primaires de 2000. Donné perdant il y a quelques mois, le vieux sénateur vient de remporter la primaire du New Hampshire et semble en bonne posture pour s'imposer. Rudy Giuliani, enfin, l'ancien maire de NYC, celui du 11 septembre, celui qui a réduit sensiblement la criminalité dans les rues de Big Apple a été classé loin derrière lors des trois premières consultations. En fait, il mise sur les grands Etats comme la Floride, la Californie et bien entendu New York qui n'interviendront qu'à partir du 29 janvier et surtout du Super Tuesday du 5 Février ! Le jeu est largement ouvert... Mon sentiment est que ces candidats n'ont rien à voir avec ce qu'a pu être la politique de Bush. Ils sont bien plus modérés, semblent bien plus ouverts, bien plus traditionnels en somme... Ma préférence va au Ticket Mac Cain - Huckabee même si Giuliani m'inspire beaucoup.
Chez les démocrates, c'est une autre paire de manche, tout aussi passionante, toute aussi incertaine. Les rapports de forces y sont différents. Même si le nombre de candidats est sensiblement identique, tout tourne autour de Hillary Clinton, Barack Obama et John Edwards. Les autres sont plus ou moins Out. Le processus de primaire est différent de chez les républicains puisque le Wyoming votera après le Super Tuesday du 5 février. Deux Etats ont d'ores et déjà choisis leur champion : l'IOWA et le New Hampshire.
La grande favorite était a priori Hillary Clinton, femme de l'ancien président, sénatrice de New York apparament très impliquée dans la commission des affaires étrangères, entre autres. Je ne sais pas si nous avons rêvé ou pas, j'ai l'impression qu'Hillary est candidate depuis que son mari a quitté la White House. Les Français voient tous Hillary Présidente des Etats-Unis depuis des années... Ca parait d'une évidence à tout le monde. Ca parait tellement naturel. Les journalistes Français se sont concentrés sur elle, à la télé comme dans la presse, dans les film aussi ! Son ombre a même plané sur la présidentielle Française dans le parallèle avec Ségolène Royal. De la même façon, il ne semble pas invraisemblable que son éventuelle élection ait une incidence sur notre vie politique... Ainsi, dominant les sondages depuis des mois, l'ex First Lady semble en difficulté depuis la mi-décembre et s'est même vu classée troisième au caucus de l'IOWA derrière John Edwards et surtout, Barack Obama.
IOWA, "beau pays" en indien : ça ne pouvait être qu'un Etat pour Barack Obama. Le challenger, charismatique sénateur de l'Illinois, porte le verbe haut, très haut, entrainant avec lui les jeunes et l'enthousiasme de la presse mondiale. Surtout depuis son coup d'éclat. Il n'est "que" sénateur. Il est aussi métis "d'un père du Kenya et d'une mère du Kansas avec une histoire qui ne peut se passer qu'aux Etas-Unis d'Amérique !" comme il le dira si bien lors de son discours de victoire. Ce retournement est suivi d'un second, plus à l'Est, dans le petit Etat du New Hampshire. Tout le monde donnait Obama gagnant, et de loin ! Pourtant c'est Hillary qui l'emporte. Comme quoi le sondage ne fait pas l'élection... Compteurs à zéro, tout est à refaire. Seul John Edwards, ex co-listier de John Kerry en 2004, semble distancé. Vers qui se tournera-t-il ? Et surtout, quand se tournera-t-il ? Les prochaines échéances sont les primaires du Michigan, elles ont été invalidées avant même de commencer pour querelle sur la date de leurs tenues... Trois Etats seront donc décisifs avant le Super Tuesday, qui devrait désigner définitivement le candidat du parti : le Nevada, premier Etat à forte concentration hispanique, la Caroline du Sud, avec une forte proportion de populations noires et enfin la Floride, premier grand Etat des primaires, qui avait été décisif lors de l'élection de 2000. Mon sentiment est que les jeux sont, ici aussi, très ouverts, tout peut sortir du chapeau et rebondir ! Au moins jusqu'au 5 février... à suivre !
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Face à cet événement dont les conséquences toucheront la planète entière, je ne peux m'empêcher, avant de vous laisser, de faire un parallèle avec ce que j'ai déjà vécu en France et ailleurs. Les démocrates, puisque c'est eux qui m'intéressent particulièrement, ont un choix cornélien à faire. Choisir entre l'expérience et l'espoir. Quelle torture !
Cela ne vous rappelle rien ? La primaire socialiste de 2006 bien entendu. Royal représentait l'espoir, l'engouement et les sondages au beau fixe, donc la possibilité aux yeux des citoyens de gauche de voir élu à la présidence un des leurs et, surtout, de battre l'ennemi juré : Nicolas Sarkozy. On sait combien l'espoir a été d'autant plus déçu qu'il était enthousiaste et sincère... Celui qui laisse espérer beaucoup, sans avoir le bagage pour concrétiser ses paroles, déçoit beaucoup. C'est une vraie leçon. Cependant, il y a tout de même une différence de taille entre Royal et Barack car s'ils représentaient tout deux l'espoir, Barack possède un don d'orateur exceptionnel qui a fait défaut à Royal. Manier les phrases, les mots et les sentiments est une qualité indispensable pour tout candidat engagé dans une course électorale et là où Royal peinait visiblement lors de ses meetings, Barack semble emporter les foules par sa vitalité pleine d'énergie. La parole bien maniée est un auxiliaire de poids pour combler les déficits de toutes sortes...
En face de Royal, l'expérience : Fabius, DSK mais aussi Sarkozy ! En face d'Obama, l'experience : Hillary Clinton et probablement le républicain John McCain. Le problème de tous ces expérimentés, c'est que l'expérience ne s'aquiert que par l'exercice du pouvoir. Deux inconvénients : les casseroles, puisque gouverner c'est aussi assumer, erreurs comprises, et surtout, on ne peut plus représenter le changement par sa simple personne, par de simples mots. On ne peut plus incarner ce qui fait le sens (de moins en moins, il est vrai) de l'engagement politique. Or, que peut-on faire espérer, que peut-on promettre, comment peut-on faire "Croire au changement" alors qu'on gouverne déjà ? C'est toute l'équation que doivent résoudre nos politiques aussi bien en France, qu'aux USA ou ailleurs : accumuler une expérience précieuse tout en se préservant pour pouvoir incarner la force de l'espérance et la tranquille sagesse. Au fond, et au-delà de toutes ces considérations finalement bien peu politiques, je crois que cette sage espérance et cette force tranquille résident d'une part dans la volonté de changer les choses du candidat, beaucoup se contentent du statu quo à des fins personnelles, et d'autre part dans le sérieux de son programme, c'est à dire sa sincérité et non dans un pseudo-réalisme dont la traduction est également le statu quo...
Pour faire croire au changement, il faut d'abord y croire soi-même ! Pour faire le changement, il faut sincèrement le vouloir ! Avis à Barack et Hillary. Avis aux défaits.
Je reviendrai sur cette notion de "changement", qui me semble essentielle pour pouvoir espérer un jour "penser autrement".
A suivre...
Thomas
00:55 Publié dans Etats-Unis 2008, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Barack Obama, Hillary Clinton, Espoir, Expérience, Etats-Unis, changement, Institutions
06 janvier 2008
Réhabilitation de l'honneur
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd'hui, c'est décidé, je fais dans le trash ! Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'honneur. Je ne sais pas pourquoi, c'est un mot qui revient beaucoup dans ma tête ces derniers temps. Ce mot parait tellement anachronique, et pourtant, je pense qu'on en a jamais eu autant besoin. Qu'est ce que l'honneur ? Pourquoi vient elle titiller mes neurones en ce moment ?
L'honneur, c'est d'abord une valeur qui consiste à reconnaitre celle de l'autre. Mon dieu, quelle bravitude ce Sarkozy ! Je l'observe depuis tellement de temps maintenant. Combien de temps j'ai pu le vomir, lui et sa petitesse. Ses petitesses. Combien de temps j'ai pu le combattre, lui et ses expressions déplacées, ses attitudes agressives. Combien de temps j'ai pu le détester pour tout ce qu'il prenait un malin plaisir à détruire : la solidarité, la nation française, la Gauche aussi ! L'honneur de notre pays quand il va se prosterner devant W. Bush, quand il se permet de passer par dessus la parole et les choix du peuple de France à propos du Traité Européen (dont il n'a aucunement l'apanage). Quel culot quand même. Et pourtant... Quel maître ! Celui qui ne le reconnait pas n'en a pas, d'honneur. Voir à quel point il arrive à mener son affaire, même si la direction est mauvaise et les mots, toujours excessifs, ne sont pas moins honteux et dangeureux pour la communauté nationale. Devant lui, ou devrais-je dire en dessous de lui, c'est le néant, il n'y a rien sinon le bruit assourdissant des sifflements du vent et du vide. Je vois des fourmis, que dis-je, des microbes qui, puisqu'on a tapé dans leur ruche tranquille, puisqu'on a tué leur roi et sa reine, vont tous dans des sens opposés. Dans une ruche comme dans une fourmilière, le chacun pour soi est un non sens, il signifie la mort. Et pendant ce temps, Sarkozy a repêché sur sa chaloupe quelques sujets égarrés. Il voyage dans nos journaux comme autour du globe : Chine, Jordanie, Algérie, Europe, Usa... Il a même retrouvé une femme ! Tout ce que je vous raconte est un peu décousu, c'est volontaire. La Gauche n'est elle pas décousue ? On ne va quand même pas me reprocher de vouloir m'insérer au groupe, pour une fois que je fais l'effort... Pour tout dire, la situation me parait tellement pathétique que je préfers en rire qu'en pleurer. Applaudissons quand même le Président pour la maîtrise technique ! A moins qu'il ne faille taper une fois de plus sur les éléphant-e-s* pour tout ce qu'ils font honte aux Français qu'ils sont sensés représenter ?
L'honneur, c'est aussi une valeur qui consiste à tenir parole. Une parole est une parole. Manquer à sa parole en fonction des aléas, c'est perdre son honneur. On peut dire qu'ils sont nombreux ceux qui ont perdu leur honneur ces derniers temps. Aperçus. Je viens de voir Bernard Kouchner sur France 2 ce soir. On peut dire qu'il ne manque pas de culot ce médecin sans frontière. Faire campagne pour un camp et défendre le président sans sourciller pendant 15 minutes chrono, pieds et poings, j'ai rarement vu pire. Je ne lui reproche pas ses idées, mais dans ce cas, il aurait dû faire comme Besson : défendre le projet auquel il croyait. De deux choses l'une, soit il trouvait le projet de Sarkozy meilleur, et alors il devait le défendre, soit ce n'était pas le cas et cela signifie qu'il a laisser ses idées, ses valeurs, ses engagements pour des ambitions personnels, pour un pseudo prestige, par orgueil ou pour l'argent. Dans tous les cas, son honneur, il l'a perdu. Autre cas, non moins troublant : Ségolène Royal. Elle fait encore mieux, si je puis dire. Elle a défendu un projet pendant six mois auquel elle ne croyait pas elle-même. Pas étonnant dès lors qu'elle ait perdu ! Elle travaille depuis près d'un an à contre dire point par point ledit projet. Les smic, les 35 heures, la démocratie participative, le référendum européen... et j'en passe, je ne les compte plus. Tout passe à la trappe. Engagements, valeurs, idées. C'est "l'implosion perpétuelle de l'atomisation de tout et de rien", et je rajouterai "de façon circulaire positive et convergente dans la vertu du dépit participatif" ! (Ben quoi, je fais du Ségolène, qui d'autre pourrait dire ca ? Je m'intègre quoi...) Elle pourrait cependant être championne dans un sport : le tombé de journaliste. Oui, ils sont nombreux ceux qui tombent de leurs chaises dès qu'elle ouvre la bouche. Il faut dire qu'elle ne manque pas de cynisme pour s'autoproclamer messie de la rénovation et proclamer ses ambitions personnelles dans un moment si difficile pour les Français, et pas seulement socialistes, et pas seulement de gauche. Ca me parait tellement indécent que là aussi, je préfers en rire qu'en pleurer. Quel manque d'honneur. Je reviendrais sur la (longue) liste de ses incohérences plus tard, ce n'est pas le sujet...
L'honneur, c'est enfin une valeur qui consiste à reconnaitre ses fautes et les assumer. Je me suis beaucoup trompé ces derniers temps. Politiquement j'entends. Je le reconnais plutôt deux fois qu'une. J'ai d'abord fait l'erreur, mais on ne m'y reprendra plus, de vraiment croire un, en l'occurence une, politique. Horreur, malheurs ! Moi qui disait toujours qu'il fallait garder la tête froide, moi qui disait qu'il fallait jouer avec nos politiques comme eux jouent avec nous, moi qui disait qu'il ne fallait croire personne sauf les idées. Je me suis trompé, j'ai cru en Ségolène, "erreur fatale" ? Je ne sais. Mais ce n'est pas le plus grave. Qui n'est pas tombé dans le panneau du renard ? Qui n'a pas perdu son fromage au moins une fois dans sa vie ? Je me suis autrement et plus lourdement trompé. J'ai fait l'erreur de m'inscrire à nouveau dans un parti. Moi qui n'a jamais rien fait d'autre que dénoncer leurs méthodes, leurs militants souvent fermés sur eux-même, ces notables éléphantesques et dont, sauf exceptions, la médiocrité n'a d'égale que le cynisme. Mais qu'est ce que j'ai été faire dans ce nid aux serpents ? J'ai rarement vu les Socialistes sur le terrain, quotidiennement, jamais je n'en ai vu un rester une journée dehors pour une pétition, je ne vois jamais aucune affiche socialiste (quand on en voit) défendre autre chose que des personnes là où d'autres (les verts, les communistes mais aussi les chevènementistes) défendent presque tout le temps des idées. Comment ai-je pu me tromper à ce point ? Aujourd'hui, c'est décidé, j'assume. Je ne reculerai plus. J'y suis, j'y reste. Je vais essayer de changer les choses, malgré ce que j'ai pu dire ou penser. J'ai un idéal et je vais passer par le réel pour le construire. Je suis aujourd'hui dans un parti et je vais le travailler pour le faire changer.
C'est aussi ça "voir le monde tel qu'il est". Mais le voir tel qu'il est ne sert à rien si on n'a pas l'ambition de le faire tel qu'on le veut : Complètement différent !
Quant à l'honneur, j'en reparlerai très bientôt, c'est une valeur à réhabiliter et ce n'est qu'un début....
Thomas.
* : les élections américaines sont de retour. Le parti de l'éléphant, outre Atlantique, c'est le Parti Républicain, le fameux GOP, Grand Old Party. Parallèle assez piquant s'il en est ;-) Remarquez, en face, ils ne sont pas mieux lotis lol A suivre...
23:20 Publié dans Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : honneur, ségolène royal, bernard kouchner, ethique, valeurs, parti socialiste
02 janvier 2008
Enfumage
Bonjour à toutes et à tous,
2008, interdiction de fumer dans les lieux publics. Interdiction, encore. Ce Nain de jardin va devenir Roi en matière d'interdictions. "Car tel est son bon plaisir". Devenir Roi, un comble pour un nain... Tout cela ressemble à une vieille vanne fumeuse, et pourtant...
Les gens "semblent" apprécier ce nouvel écran de fumée. Moi-même qui n'ai jamais trouvé quelconque plaisir à avaler ce goudron dioxydé, je ne comprends pas comment on peut approuver une privation de liberté supplémentaire alors qu'on nous demande sans cesse des efforts de l'autre côté. Je ne peux pas dire que je n'aime pas nos cafés, ces fêtes, ces styles, ces soirées où les fumées tamisent et diffusent la lumière dans tout l'espace. La brume intérieure ne fait pas tout, certes, mais elle est là, elle fait partie du décor et de ces moments de plaisir. Une soirée sans fumée, c'est comme une fête sans musique, un gateau sans crème... Et je ne parle même pas de ces bons salons narguileh ! Couchés sur nos divans, un thé à la menthe à la mains, l'embout du narguileh dans le bec à regarder un bon match de football, à faire des ronds dans l'air ou à papotter avec les inconnus assis juste à côté. Ambiance chaleureuse. Et toutes ces saveurs. Menthe bien entendu mais aussi citron, fruits rouges, noix de coco, mangue, fraise, pomme qui embaument toute la pièce et imprègnent les vêtements, les tissus, les cheveux... Cela fait partie des endroits les plus conviviaux que je connaisse dans lesquels on parle vraiment aux autres. C'est tellement rare de nos jours ce genre d'endroit, qu'il faut le souligner. Et tout ca c'est aussi grâce à la fumée.
2008, interdiction de fumer dans les lieux publics. Après tout, puisque l'Etat se comporte comme un père ordonnateur, je me dis que c'est parce qu'il considère ses citoyens comme des enfants irresponsables. Je n'aime pas qu'on me dise comment je dois vivre ou pas et je considère qu'infantiliser le citoyen est certainement le meilleur moyen de légitimer toute privation de liberté. Voilà comment du domaine de la santé on passe au domaine des moeurs, et du domaine des moeurs au domaine politique. Finalement, on aboutit au totalitarisme parfait puisqu'il serait légitime, appuyé à coup de sondages approbateurs. Cette méthode est indolore, incolore... Et tout le monde parait content de vivre dans ce monde duquel la vie a été extirpée. Aujourd'hui la fumée de cigarette, demain l'alcool, et après ? Les thrillers ? Les jeux vidéos ? Et pourquoi pas certaines musiques ? Les barbecues dégagent un nombre incalculable de particules bien plus nocives que la fumée de cigarette ! A quand l'interdictions des merguez grillées ? Ils trouveront bien un moyen de nous dire que c'est mauvais pour nous, et il y aura bien un sondage tout frais et "largement" approbateur pour légitimer une nouvelle interdiction. S'il fallait interdire tout ce qui est mauvais pour notre corps, ils devraient commencer par le début : interdire la vie. Après tout l'Homme n'est il pas un loup pour l'Homme ? Tuer l'Homme serait donc un moyen de le protéger lui-même et la planète... Ne rigolez pas, ce raisonnement est de la même accabie que celui utilisé par notre cher Mickey Mouse. Il est simplement mis à nu et sans effet rhétorique.
2008, interdiction de fumer dans les lieux publics. Ras le bol de ceux qui savent, ou prétendent savoir, pour les autres. Aujourd'hui, je veux qu'on me laisse juge de ce qui est bon ou pas pour moi. Je veux qu'on me laisse vivre dans une société qui vit, une société vivante. Pas cette société asceptisée où tout le monde sort du même moule et où chacun doit rentrer dans le sien. L'Homme n'est pas fait pour vivre toute sa vie dans une éprouvette de laboratoire. L'Homme n'est pas condamné à vivre dans un hopital où tout est désinffecté à l'eau de javel, dans une boite hermétique où personne ne se touche et qu'on lui façonne progressivement en lui faisant croire que c'est lui qui le demande. Voilà le nouveau totalitarisme. Il ne cherche pas à contrôler les idées mais les habitudes avec une apparence d'assentiment. Le totalitarisme consentant. Il faut savoir regarder en face ces lois qui ne sont que des écrans de fumée. Elle cachent souvent un plus gros sinistre que ce que les médias et les politiques veulent bien nous montrer. Sachons reconnaitre l'odeur du brulé quand il se présente à nos narines car elle est certainement plus nocive que celle de la cigarette !
Oui à la fumée de cigarette dans nos lieux de vie, oui à la convivialité irremplaçable des bars à chicha et oui au droit de vivre dans un pays qui doit rester vivant !
2008. Je ne vous la souhaite pas bonne, elle ne le sera pas. Autant être lucide.
A très bientôt.
Thomas.
14:15 Publié dans Autour du pot, Europe et pays européens, Institutions, Pauvreté, exclusion, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liberté, Valeurs, Vie, Bien-être, Monarchie, Totalitarisme, Sondages


