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25 février 2008

Tornade Blanche sur Metz

Bonjour à toutes et à tous !

Elle est venue, elle a vu, elle a parlé, elle est repartie. Mardi dernier, une tornade blanche a déferlé sur Metz. J'étais au coeur de celle-ci, ou pas très loin. Arrivée à la gare à 17h32, quartier nord de Metz à 17h45, meeting à 18h30, repartie 19h35... Un marathon. Mais plutôt que de m'étendre à vous conter un roman fleuve de l'escapade telle que vous avez certainement pu le lire dans la presse, j'ai préféré vous parler de ce qui m'a frappé personnellement.

 

La première chose : elle est belle Ségolène ! Elle fait partie de ces femmes dont on est obligé de décrire les longues jambes, la finesse des poignets et des traits du visage. Maquillage parfait. Doudoune blanche, toujours. Je sais, c'est rabajoie ! Je sais, ca ne fait rien ! Je sais, c'est ce qu'il y a dans la tête qui compte ! Je l'ai moi-même dit à une vieille dame, au centre sociale, qui sautillait à côté de moi en me tirant le manteau : "j'ai serré la mains à Ségolène !" - "C'est bien Madame !" - "Je lui ai serré la mains !" - "C'est bien Madame !!" lui répondis je une deuxième fois, avec un léger sourire en coin. Elle était euphorique pendant près de 5 minutes... On aurait dit une petite fille qui venait de voir le Père noël. Je ne savais plus quoi répondre. Quand elle me dit : "Elle ferait une belle présidente hein ?" J'ai répondu d'un ton cassant mais amusé : "Mais Madame, ce n'est pas ca qui compte ! C'est ce qu'elle a dans la tête !". La vieille dame se calma un instant avant de reprendre "Je le sais bien, mais quand même elle est belle !" .... Et elle repartit... C'est comme ça, c'est une belle femme. Tellement belle que cela en devient presque un inconvénient au milieu des politiques éléphantesques de la région. Coincée entre Michel Liebgott, Jean-Marc Todeschini et Jean Pierre Masseret, Ségolène Royal suivie pas à pas par Aurélie Filipetti et Delphine Batho dans la salle des syndicats parait bien seule. Le contraste est saisissant : trois femmes, belles et jeunes (ben oui) devant de corpulents syndicalistes aux voix tonitruantes. J'ai même aperçu certains d'entre eux rougir au moment de la remise du cadeau, en fin de discussion. Je restais silencieux mais j'avais du mal à cacher un petit sourire... Le directeur de campagne et le président de l'Université de Metz ont été jusqu'à se chamailler amicalement pour remettre à la Belle son menteau, on aurait dit deux coqs se battant pour avoir les faveurs de la... poule aux oeufs d'or ? lol Dernière chose frappante, le ballotage de Ségolène. Il n'y a rien de politique là dedans, simplement on aurait dit une poupée qu'on guide en permanence. "Ségolène par ici, Ségolène là !", "Ségolène tu montes dans celle-ci!", "Ségolène vas au soutien scolaire!", Ségolène ci, Ségolène ca... Une poupée qu'on balotte de rue en rue, de salle en salle, de réunion en réunion. Une fois en situation, tout ce petit monde s'éclipse et la laisse parler, faire son petit topo, dérouler son speech, bref : dire ce qu'elle a a dire ! Et tout le monde écoute dans un silence d'autant plus assourdissant que sa voix fluette monte difficilement et que la moindre sonnerie de téléphone portable peut parasiter une prise de son pour un micro de radio ou de télévision... Populations, candidats, politiques, militants, journalistes, syndicats, tous au même niveau : elle parle, on se tait.

J'ai eu l'occasion de discuter avec plusieurs personnes, et non des moindres, bien qu'elles ne soient pas forcément les plus en vue. Le garde du corps de Ségolène par exemple. Un grand monsieur. Il était habillé d'un menteau bleu marine à col ouvert dessinant autour de son cou une sorte de colorette renaissance sur un costume bien de notre époque. Des cheveux argentés et ondulant coiffent un visage fin, une voix bien du sud pare un sourire en coin permanent. Impassible au milieu d'une foule sans cesse en mouvement, il semble s'amuser de tout ce théâtre qui se répète chaque jour. Les décors changent, les situations, les mots, les gestes restent les mêmes. Il a un petit côté Michel Barnier, le caractère hautain en moins. Je parlais de la Fête de la Rose de Melle avec une femme de candidat (modem lol !), quand il s'approcha, regard gourmand. Il en avait des choses à dire ce monsieur qui voyait tout sans jamais se faire voir, qui était partout sans jamais dire un mot, qui écoutait tout sans jamais qu'on lui adresse la parole. Un fantôme à côté d'une femme dont l'aura éblouit les gens à tel point qu'ils n'apercoivent même pas son plus fidèle compagnon. Un ange gardien peut-être. "Désirs d'avenir ?" me demanda-t-il. Mon "oui" tout aussi intrigué qu'il était impatient fut pour lui comme un déclic. Il passa dix minutes à me raconter les bousculades, les mains baladeuses et les caméras indiscrètes qui entourent chaque déplacement de Ségolène. Les violences aussi, par des journalistes gloutons d'images sur un petit garçon de 8 ans dont la tête fut projetée contre une vitre à Vaux-en-Velin, par un passant un peu trop curieux qui tenta de filmer sous les jupes de Madame, par le couple Balkany la veille à Levallois-Perret. Ségolène, c'est une tornade. Elle est le roseau, il est le chêne. Je profitais du seul moment de répit des deux heures pour poser des questions un peu plus difficiles. Ségolène Royal était-elle dans la vie et avec son employé si stricte et cassante qu'elle paraissait dans les médias. Je sentis alors un temps de réflexion de quelques secondes, j'imagine qu'il a dû se demander s'il avait affaire à un militant passionné ou à un journaliste un peu trop curieux. Il me regarda droit dans les yeux, de trois quart, avec un sourire pincé qui en disait long sur le questionnement intérieur. Et finalement, il se lança. Il ne nia pas la dureté, ni le caractère cassant. Il répondit simplement :"Elle est très exigente, mais elle est juste" et s'empressa de nuancer "elle a énormément d'humour". Ségolène sort alors de la salle de réunion, les talons claquant sur le sol était le signale que la tornade blanche allait repartir. Le monsieur s'éclipsa et la foule se remit en mouvement. Singulier monsieur.

Ma dernière petite remarque concerne le sentiment ambivalent, en tant que membre de Désirs d'Avenir, d'être à la fois snobé par les autres socialistes et mis en avant par nos camarades. Après de multiples communications avec Paris, avec des responsables de Meurthe-et-Moselle, du Jura, de Metz et bien entendu de Moselle d'avenir Thionville, notre feuille de route était claire, les passes étaient là, tout le monde était au courant. Pour interpeler n'importe qui, on disait "Désirs d'avenir" aux députées et à Ségolène elle-même et toutes les portes s'ouvraient. Elles nous regardaient, arretaient quelques minutes et prenaient le temps de répondre. L'acceuil a été très chaleureux par les autres DA que nous ne nous connaissions pourtant pas et qui nous ont bien aidé dans notre route.

De l'autre côté, les vents et les fins de non recevoir pleuvaient. Alors que tout était ficelé, je me rendais une première fois au QG de campagne de Dominique Gros où on m'avait dit de me présenter comme membre de DA. Après nous avoir dévisagé de haut en bas, on nous demanda avec un certain mépris dans le ton, "c'est quoi DA ?". Après avoir expliquer qu'on devait filmer la venue de Ségolène à Metz, on me répondit dans un rire "vous devez ? Il faut d'abord demander si vous pouvez !" Ni une ni deux, je relançais aussi sèchement et sûr de moi : "Non non, vous avez bien entendu "on doit"", et d'enchainer non moins sûr : "ce n'est pas moi qui le dit, c'est Ségolène Royal et c'est le Désirs d'avenir national qui m'a demander de me présenter chez vous". Les visages se sont alors fermés et tout le monde s'est volatilisé. Un bon quart d'heure plus tard, le directeur de campagne de Dominique Gros qui nous a reçu, nous a donné sans plus d'explications deux feuilles résumant le parcours qu'elle ferait en soirée, heure par heure, minute par minute... Nous sommes repartis sans trop poser de questions en imaginant qu'ils étaient tous sur le pied de guerre pour l'acceuillir et fatigués par la campagne finissante. Je contactais alors le reponsable Désirs d'avenir de Metz pour l'informer de ce que nous devions faire, il était au courant, lui. Une réunion fut donnée à 16 heure au QG. L'acceuil était cette fois-ci très chaleureux cette fois, mais uniquement par des DA. Conversations amicales et présentations s'enchainaient quand le directeur de campagne est reparu dans la salle, la reponsable de DA Metz lui cria tout sourire, "Ah Antoine, c'est la caméra de Ségolène ! de Désirs d'avenir !", il répondit d'un "ouaiiiiiiii, je sais...." lapidaire et plutôt agacé. Elle lui demandait une place dans le bus officiel pour que je puisse suivre le déplacement et tout filmer. "Ya pu d'place !" répondit-il sur le même ton sans nous regarder. Je me sentais à la fois géné et à la limite de la désillusion. J'étais dans la position inconfortable de l'intrus.

Je n'ai pas insisté, je partais en direction de la gare et contacta le sympathique Philippe du DA national. Après lui avoir raconté la situation, il me rassura et me rappela pour m'informer qu'il venait de briefer Aurélie Filipetti au sujet du bus. Je dois lui sauter dessus à sa sortie du train, j'ai un créneau de 3 minutes pour trouver une place. Quelques minutes avant l'entrée en gare, je ne savais toujours pas comment tout cela allait se passer, sinon que ça irait très vite. Le train arrive, tout le monde se presse, on suit la foule. Luc filme, je vois Ségolène descendre, pas d'Aurélie, la foule commence à se déplacer, je commence à pousser, je m'appuie sur le TGV pour m'approcher de l'entrée. J'ai le vide sous mon pied. Aurélie descend, je lui saute dessus, "Bonjour Aurélie, je suis Thomas, DA, je dois filmer, il me faut une place dans le bus". Un mot au directeur de campagne qui nous avait snobé deux fois en une journée, un grand sourire à Aurélie et deux places dans le bus, carte de presse etc... tout est tombé d'un coup et sans réfléchir on s'est laissé emporté par la tornade comme si on en faisait partie. Dans le bus, entre députés et candidats, je me sentais intrus, je me demandais s'ils s'étaient tous aperçus que nous étions là. Du coup, on a parlé avec le candidat modem(et oui encore lol) et puis avec ceux de Désirs d'avenir et les autres socialistes qui ne disaient rien mais devaient nous prendre pour des conseillers ou des journalistes ou je ne sais quoi encore.... Une femme nous a demandé qui nous étions mais je ne sais si elle a vraiment compris. Autant Désirs d'avenir est un passe partout avec les ségolènistes, autant c'est une entrave avec tous les autres. J'ai bien senti la différence que je ne percevais pas si forte auparavant. A chaque fois qu'on disait DA, on nous répondait "mais vous êtes au PS qd mm ?" Ma situation étant ce qu'elle est, on se sentait coincé entre deux murs au beau milieu d'un torent. On nous a laissé faire ce qu'on avait à faire. Mais on a bien senti que tout était au bon plaisir du prince, ou en l'occurence, de la princesse du jour.

 

 Voilà pour les anecdotes de la semaine. La semaine prochaine je suis à Montbeliard pour la réunion DA Grand Est, je vous confierai mes impressions. Dimanche Arlette Laguiller est à Metz, je vais l'interviewer et lundi 3, c'est au tour de François Hollande de battre le pavé messin... Semaine politique chargée !

A encourager !

Thomas

11 février 2008

Et si l'Europe m'était comptée ?

Bonjour à toutes et à tous,

Et si l'Europe m'était comptée ? C'est la question sur laquelle je me suis surpris à réfléchir cette semaine. Le Parlement sensé représenter la nation française a largement voté un Traité qui n'est autre que la Constitution européenne rebaptisée. Réaction en forme de coup de geule longuement réfléchi.

 

Le coup de poignard dans le dos qu'ont reçu cette semaine la démocratie et tous les démocrates, avec l'adoption de la Constitution Européenne par le Parlement, contre le choix du peuple, seul détenteur du pouvoir souverain, n'est plus un signale d'alerte mais un coup de grâce porté à l'encontre de l'Europe. Parce qu'en définitive, qu'est ce que l'Europe sans les Européens ? Sans les citoyens qui la composent ? Sans les valeurs de liberté de choix, dire oui ou non à une constitution par exemple, et de démocratie, une personne une voix, qui fondent notre civilisation occidentale ? Comment pourrons-nous nous regarder dans la glace après cette affaire ? Comment aurons-nous encore la légitimité pour faire la morale au monde, nous faire les chantres d'une démocratie que nous ne pratiquons que quand elle va dans le sens des élites ? Comment nous regarderons les autres, quelle autorité morale aurons-nous encore pour parler de démocratie ? Cette semaine nous avons dépassé la démocratie. Certains nous disent que c'est pour le meilleur mais je me méfie toujours des gens qui prétendent savoir mieux que moi ce qui m'est bon. On nous disait déjà ça à propos du CPE en 2006, entre autre... Quand on commence à dire qu'on est plus à même de décider que le peuple, alors on prend une sérieuse option pour un autre type de régime auquel je n'ose penser.

Outre ce dépassement inquiétant, j'ai envie de mettre les partisans de cette Constitution en face de chiffres et de pratiques inacceptables, en face de leurs contradictions. 62 % des Néerlandais ont déjà rejeté ce texte en 2005, il n'y a même pas 3 ans. D'autres Européens ont été privés d'un référendum pourtant promis : leurs dirigeants avaient peur d'un résultat négatif de plus. En France, nous avons été 55% à rejeter ce texte. Remarquons qu'il s'agit d'un résultat plus net que celui de l'élection de Nicolas Sarkozy et ses petits 53%. Dès lors, peu importe que le Parlement représente la France ou pas : comme l'a justement fait remarquer François Hollande, seuls les Français peuvent refaire ce qu'ils ont défait. Comme le disait Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, deux textes identiques ne peuvent pas être soumis deux fois aux Français, surtout dans un intervalle de temps aussi court. Il ne faut pas s'en tenir aux institutions. Il faut reprendre l'Europe concrète, celle des projets, l'Europe par la preuve. Il faut mettre momentanément de côté l'Europe institutionnelle. Les vents tournent et les vestes se retournent... Les mêmes tentent aujourd'hui de justifier précisément le contraire de ce qu'ils nous ont vendu des mois durant. Et si l'élection de Sarkozy rend toute critique de ce faux "mini traité" impossible alors pourquoi encore continuer à s'opposer à la multitude de réformes toutes plus archaïques et rétrogrades les unes que les autres ? Parce qu'il a été élu nous devrions abandonner tout ce que nous avons défendu pendant des mois devant les citoyens ? Abandonner des convictions et des idées qui, en plus d'être populaires dans l'opinion française ET européenne, plaçait la démocratie au dessus de toute autre considération ? Je ne veux pas croire que le citoyen expert et la démocratie participative n'aient été que manipulation de la part de l'establishment socialiste. Moi, j'y crois. Je me suis battu depuis des années pour ces idées. Je continuerai à combattre pour elles, parce qu'elles sont bonnes, justes et modernes.

On ne peut pas faire autrement ? "Si vous ne pouvez rien faire, alors pourquoi voulez vous devenir Président ?" Ségolène Royal, le 2 mai 2007, durant le débat télévisé. Si on ne peut rien changer, alors pourquoi faites vous de la politique ? Le changement "we can believe in", le respect des engagements "yes we can !".

 

Une Europe illégitime est née cette semaine. Ce diktat européen n'est pas acceptable. Ce passage en force, ce 49.3 de l'Europe, ce court circuitage du vote démocratique est illégal. Nous entrons dans l'ère de l'Europe Illégale. Je combattrai cette Europe et ses pratiques. Je n'accepterai jamais cet état de fait. Je considèrerai tout ce qui émanera de cette Europe comme tout aussi illégal que ses propres institutions. On a assassiné mon Europe cette semaine. Pire, on a piétiné la démocratie. Nous sommes bel et bien en résistance.

Revanche !

Thomas

01 février 2008

L'Arc-en-ciel effondré

Bonjour à toutes et à tous,

 

Ca y est, ce qui devait arriver est arrivé : l'Arc-en-ciel s'est effondré ! Ses 7 couleurs si dissemblables se sont désolidarisées. Sa clef de voûte a cédé. Il ne reste plus aujourd'hui d'Iris qu'un pâle souvenir, celui d'un rêve improbable, celui d'un espoir déçu de plus. Après l'échec de la refondation du travaillisme britannique, dont le soutien à Nicolas Sarkozy démontre, s'il le fallait encore, la dérive conservatrice, après la défaite historique des sociaux-libéraux suédois dont le "modèle" était devenu un étendard pour tous les libéraux de gauche, avant l'échec annoncé du socialisme autoritaire espagnol aux prochaines législatives de mars, le dernier modèle possible de la Gauche de gouvernement, l'Arc-en-ciel italien, vient tout juste d'être liquidé en bonne et dûe forme. Cet effondrement marque la fin d'un cycle pour la Gauche européenne en général, pour la Gauche Française en particulier. Je le redis une fois de plus, il va falloir tout reprendre à zéro, tout réinventer : valeurs, idées, stratégies. Soyons exigents avec nos hommes et femmes politiques, ne laissons rien passer, c'est le moment d'affirmer ce que l'on veut et ce qu'on ne veut plus. La marche vers le pouvoir s'annonce longue et difficile pour nos valeurs, le changement dans la vie quotidienne des gens d'autant plus lointain...

 

L'impossible arc-en ciel. Tout le monde semble s'étonner de la chute du gouvernement Prodi, comme si personne n'aurait pu le prévoir ! Pour une certaine Gauche Française, la coalition Prodi était devenu plus qu'un modèle, un emblème, une ligne... On est tout de même en droit de se demander si un modèle dont l'espérance de vie ne dépasse pas deux ans peut encore être qualifier de "modèle" ? Toujours est-il qu'il l'était devenu, notamment pour son Arc-en-ciel. L'Arc-en-ciel était en fait le surnom de l'Unione : un agrégat des plus baroques rassemblant sous une même bannière toutes les formations de la Gauche italienne allant des anciens communistes aux centristes catholiques en passant par les socialistes. Il était devenu le symbole de l'ouverture de la Gauche au "Centre" et de la lutte contre le système Berlusconi. Le représentant de cet Arc-en-ciel, Romano Prodi avait été désigné par des primaires ouvertes non seulement aux militants mais également aux sympathisants de toutes les Gauches moyennant contribution et signature. C'est ainsi que plus de 4,3 millions de personnes ont élu Romano Prodi candidat de leur camp à la Présidence du Conseil italien, rendant légitimement un peu de pouvoir aux citoyens. En plus de l'élan politique donné au candidat élu (et non désigné), cette primaire constitue une véritable bouffée d'air démocratique dans le monde actuel. C'est ce qu'on appelle depuis : les "Primaires à l'italienne". On voit bien ici pourquoi certains, en France, tentent de capter à leur profit toutes ces nouveautés, ou plutôt ces tentatives de nouveautés puisque l'échec est, au final, d'autant plus singlant. Tiraillée entre ses multiples tendances et sous tendances, la coalition s'est révélée plus efficace à prendre le pouvoir qu'à l'exercer. Ceux qui avaient érigé le gouvernement Prodi en modèle doivent aujourd'hui en tirer toutes les leçons...

Retour vers le futur. Et si l'Arc-en-ciel n'était, en fin de compte, que le pendant Francais de la "Gauche plurielle" à la sauce italienne ? Et si l'union des Verts, du Mouvement Citoyen, des Radicaux de Gauche et des Socialistes était cet Arc-en-ciel français ? Une différence il est vrai, la cohésion politique de la coalition française et l'orientation de son programme, donc son efficacité globale (même si on peut critiquer la dite orientation). Et si Romano Prodi, que tout le monde a pris pour symbole de la Gauche européenne moderne n'était finalement qu'une pâle copie de notre Jospin national ? Austère, compliqué, sans grand charisme et à l'âge avancé. Capable, certes, mais incompréhensible. Diplomate c'est certain, il faut l'être pour diriger une coalition aussi diverse autant que la Commission européenne, mais décidément pas convainquant. Lionel Prodi, Romano Jospin ? Et si ce qu'on prenait pour un modèle d'avenir n'était que nostalgie de notre propre passé ? Bien entendu, l'architecture des institutions italiennes sont différentes, bien sûr que la durée de gouvernement et les obstacles que les deux gouvernements ont rencontré ne sont pas tous les mêmes (quoi que, le Pacte Civil de Solidarité et les problèmes du système éducatif me rappellent quelques souvenirs...) mais je crois qu'on peut dire sans sourciller que la chute de Prodi représente l'échec de la Gauche plurielle italienne tout comme la chute de Jospin a été celle d'un Arc-en-ciel français qui ne disait pas son nom.

Ce que je retiens (sic). Toute alliance stratégique permet d'obtenir le pouvoir mais pas forcément d'exercer le changement attendu par l'électorat, par les citoyens. Or le changement est le but premier du combat politique. Ce qui est une force pour faire tomber l'adversaire devient une faiblesse au moment de gouverner. L'hétérogénéité d'une coalition signe l'immoblisme de son action. Pour pouvoir mettre en place le changement attendu, il faut par conséquent une force homogène et rassemblée derrière un porte-parole, et non un chef. De la même manière, on ne parlera pas non plus de "discipline" à l'égard d'un chef, c'est au porte-parole de convaincre d'abord son propre camp : on ne peut pas obliger des citoyens à penser certaines choses plutôt que d'autres. Ce n'est pas parce que, dans un Parti, une majorité de militants choisissent une ligne que ceux pensant différement doivent taire leurs convictions. Au contraire, la force d'un Parti tient à la vigeur de sa démocratie interne. Dans une démocratie, il y a débat permanent et différentes positions qui sont toutes légitimes. Si l'Arc-en-ciel, dans sa conception actuelle consistant à résumer l'innovation par l'intégration de centristes introuvables à une coalition déjà bien fournie en formations comme en idées, introduisant une division suplémentaire dans le système de valeurs de la Gauche, est naturellement perçu comme une belle image, il ne faut pas oublier que celle-ci ne permettra en rien, une fois aux responsabilités, de masquer l'immobilisme qui est inscrite dès sa formation. Enfin, l'expérience de la "Primaire à l'italienne" m'apparait quant à elle concluante. Elle va tout à fait dans le sens du Nouveau Compromis, recules économiques contre avancées démocratiques, que j'essaye de vous faire partager.

 

Ce qu'il faut à la Gauche pour à la fois conquérir le pouvoir et exercer réellement le changement c'est donc un rassemblement sur un programme et non sur un calcul politique ou sur une entente  éphémère. Une alliance politique et non une alliance stratégique ou personnelle. La déception et les désillusions que produisent chez les électeurs une mauvaise politique, une politique immobile, est certainement beaucoup plus grave qu'un échec à une élection. Au moins, quand l'adversaire gagne, on sait toujours à quoi s'attendre...

A suivre...

Thomas

 

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