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25 avril 2008
Ces loups qui hurlent...
Bonjour à toutes et à tous,
Après deux semaines vierges, j'ai réussi à me mettre quelque chose qui vaut le coût sous la dent. C'est pas trop tôt me direz-vous ! Mais il faut prendre son temps dans ce monde obsédé par la vitesse. A ce propos, depuis deux semaines que je vais nager tous les jours, en observant tous ceux qui pataugeaient plus ou moins bien autour de moi dans le grand bain, il m'est venu la remarque suivante : ce n'est pas celui qui fait le plus de vagues qui avance le plus vite ! On pourrait bien appliquer cette réflexion à la pensée, a fortiori quand on prétend vouloir "penser autrement". Allons donc !
Il ne vous a pas échappé que le Président de la République (c'est la première fois que je l'appelle ainsi lol) est intervenu hier soir sur vos écrans de télévision. Je ne l'ai pas écouté, comme d'habitude. J'ai lu ce matin dans la presse ce qui en est dit. La même chose, comme d'habitude. Beaucoup essayent de mettre en avant ses incohérences. Elles existent, certes, sur des sujets mineurs. Néanmoins, et malgré tout le respect que je dois aux familles nombreuses, aux agriculteurs cultivant des OGM et autres manifestants anti-JO2008, ces thèmes sont loin d'être centraux dans la mise en oeuvre d'une politique. Ils restent des sujets ponctuels qui peuvent aisément être déconnectés de la philosophie globale. Parce que finalement, qu'on aille ou pas à Pékin, n'est-ce pas qu'une question de point de vue ? Cela changera-t-il la donne mondiale ? Qu'on donne ou pas des réductions aux familles nombreuses résoudra-t-il la crise économique ? Qu'on autorise ou pas la culture d'OGM en plein champ fera-t-il que chaque Français mange bien, mange mieux ? Personnellement, je ne le pense pas. Ce sont des points sur lesquels chacun a sa position, mais qui, au final, ne sont qu'une question de sensibilité personnelle. La preuve ? Ce sont des sujets qui divisent les personnalités au sein de la Droite comme de la Gauche. Pour dire les choses comme je les pense, le travail de sappe engagé par les médias et l'opposition sur ces incohérences est légitime mais il ne faudrait pas que cela fasse oublier l'exceptionnelle cohérence de la pensée politique de la droite au pouvoir. J'ai peur de la démobilisation de l'électorat populaire (au mieux) et de la remontée du "blanc bonnet et bonnet blanc", de "l'UMPS" donc des votes extrêmes (au pire). Je revois, quand je vois les nouveaux éléphants de la Gauche tonner contre le Président, les cris des dinausaures du PS contre Chirac cinq ans auparavant. La Droite qui fait mal contre la Gauche qui ne propose rien. N'oublions pas que la Droite n'a besoin de personne pour se ridiculiser. Laissons la faire tant que nous ne sommes pas en mesure ""idéologique" et programmatique de la combattre et de la battre. Laissons la faire au lieu de hurler avec les loups...
Sur la choérence idéologique de la Droite, j'ai pu lire hier une remarque frappée au coin du bon sens dans le Monde diplomatique de ce mois d'avril 2008 intitulé "L'art de faire rêver les pauvres", écrit par Mona Chollet, l'auteure de Rêves de droite. Défaire l'imaginaire sarkozyste paru cette année. Je vous la retranscris telle quelle : "Dans le modèle marxiste, le travailleur est invité à se défaire de la mentalité servile et autodépréciative qui lui interdit de comparer son sort à celui des nantis pour revendiquer sans complexe le partage des richesses ; en même temps, il s'identifie à ses semblables, salariés ou chômeur, nationaux ou étrangers, envers qui il éprouve empathie et solidarité." J'avoue me reconnaître dans ce modèle de pensée, peu importe le nom qu'on lui donne, plus qu'un choix, il me semble que c'est un sentiment, une façon de voir le monde qui est par elle-même. Et comme je me sens appartenir à cette catégorie qui existe par opposition à celle des "nantis", j'ai le réflexe, dans tous les domaines, de tenir avec le plus faible contre le plus fort. C'est un réflexe. Mais peu importe cela, c'est la suite qui est interessante : "Désormais, le travailleur s'identifie aux riches, et il se compare à ceux qui partagent sa condition : l'immigré toucherait des allocations et pas lui ; le chômeur ferait la grasse matinée alors que lui "se lève tôt" pour aller trimer... Son ressentiment est ainsi habilement dévié de sa cible légitime, et l'on voit s'enclencher un redoutable cercle vicieux : plus ses conditions de vie se dégradent, plus il vote pour des politiques qui les dégradent encore plus. Chacun étant incité par le matraquage médiatique à se penser environné de flemmards, de parasites, de voyous qui veulent le saigner à blanc, au propre comme au figuré, il ne peut désormais cultiver que des espoirs strictement individuels." Autrement dit, Mona Chollet décortique ici le fond de commerce que la droite extrême a fait tournée depuis le milieu des années 80 et que Sarkozy a tout bonnement repris à son compte pendant la présidentielle de l'an passé. Voilà ce qu'il nous faut comprendre et voilà à partir de quoi on doit réfléchir pour renflouer l'individualisme ambiant. Voilà la phrase, s'il en fallait une, qui justifie toute la cohérence actuelle de la Droite au pouvoir depuis 6 ans. Mona Chollet termine ainsi : "Il n'imagine pas changer les règles afin d'améliorer le sort commun, et pour cela, s'allier avec d'autres, mais seulement tirer son épingle du jeu." Et voilà comment cela amène toute une classe politique à réfuter le changement global pour le profit personnel. Le changement pour tous et non pour quelques uns, voilà notre piste. Je ne résiste pas, pour finir cette mise en cohérence, à vous parler de l'excellent édito, sinon dans l'écriture, du moins pour son contenu, d'un journaliste Espagnol paru ce mois-ci dans le Courrier International et mettant en parallèle les politiques, les méthodes, les valeurs et les personnes de Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine. Si vous n'avez rien à manger, cet édito est comme un bon saucisson dans un monde où on ne mange que du toffou, il se déguste !
Pour revenir sur l'individualisme, j'ai assité à un Comité Consultatif Citoyen au Conseil Régional jeudi soir. Il s'agit, sous son intitulé bizarre, d'un "débat participatif" organisé par le Conseil Régional de Lorraine. Le thème portait sur les obstacles au travail transfrontalier. N'étant moi-même ni travailleur, ni frontalier, et encore moins travailleur frontalier, n'aspirant même pas à le devenir, j'avoue avoir été un peu largué par la technicité et la complexité du sujet. Je me suis donc attaché à observer (à défaut de pouvoir participer) deux choses qui me tenaient à coeur : l'organisation du débat "participatif" d'une part, la place de l'idée européenne dans les échanges. Je vous le dis tout net, je ne suis pas vraiment convaincu. Concernant l'organisation du débat, il connait tous les grands défauts des réunions politiques depuis toujours, à savoir la difficulté de faire se déplacer les gens jusqu'au lieu de réunion, en semaine ou en week end, à 20 heures. On pouvait compter au mieux, en très gros, une cinquantaine de personnes dans la salle des délibérations du Conseil mise à disposition pour l'occasion. Souvent, il s'agit de personnes qui se connaissent, syndicalistes, associatifs, politiques... Rarement, des curieux, simples citoyens. L'avantage pour ces derniers, c'est que quand ils viennent, le fait qu'ils soient peu nombreux permet de traiter chaque cas individuellement et toute une batterie d'experts se retrouvent tout à coup devant eux pour répondre à toutes leurs questions sur le sujet voire prendre les contacts nécessaires. Avis aux amateurs. Sur la question du "citoyen expert", j'ai trouvé qu'aucune intervention n'a été inutile, bien au contraire. Toutes m'ont semblé cadrées et pertinentes, les gens qui venaient savaient pourquoi ils venaient et n'avaient pas froid aux yeux pour essayer de prendre la parole. C'est notable. Concernant l'idée européenne dans les interventions, la réponse est simple : quasi nulle aussi bien du côté des "citoyens experts" que des "experts" tout court ! C'est certainement ce qui a été le plus frappant, toutes les questions trouvaient des réponses dans des accords binationaux. Exit le niveau européen, trop complexe. Exit la Grande région, reléguée au rang de simple gadget impuissant. Autre chose frappante, quand on pense travail transfrontalier, pour le Thionvillois que je suis, on pense automatiquement Luxembourg. Or toutes les questions et problèmes, sans exception, portaient sur le travail transfrontalier franco-belge et franco-germanique, pas une question sur le Luxembourg. Le Luxembourg serait-il le pays où tout va pour le mieux pour le travailleur Français ? Je voudrais, pour finir, revenir sur le point qui m'a marqué en général, l'absence de l'intérêt général dans les discussions. "Moi, je, mon, ma, à moi, combien pour moi, comment je fais moi, je dis, je veux"... La démocratie participative, le citoyen seul face aux experts, serait-elle le dernier avatare de l'individualisme triomphant ?
Moralité ? Il faut que chacun choisisse entre deux possibilités : hurler individuellement ou hurler avec les loups. Dans tous les cas, on est pas certain d'être entendu !
A améliorer !
Thomas
15:45 Publié dans Autour du pot | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
mouais... les ogm ça fait un moment qu'on en parle , Sarko et son annonce de suppression est pour bcq responsable de tout l'agitement actuel à ce sujet.
Concernant les familles nombreuses, ce n'est pas un sujet isolé dans la mesure ou il rentre en plein ds le cadre du volet social , malmené comme jamais .
Ce qui me fait marrer ironiquement c'est ce genre de reportage qui vise à receuillir les impressions de familles pendant la visualisation de l'interview aussi pathétique qu'inutile de Sarko , surtout qd on voit une femme de ménage dire : ah il a dit ça , bon ba j'espère qu'il va le faire" avec un petit sourire , c'est là que l'on voit l'incryable pouvoir de cet agitement médiatique d'un coté et l'extrème crédulité naive de certains électeurs de l'autre.
Ecrit par : Dom | 30 avril 2008
C'est un point de vue... Parmis d'autres. Ni moins bon, ni meilleur !
Je dirai juste une chose : des millions de personnes meurent de faim chaques jours. Les nourrir ne resoudra pas la crise alimentaire, certes. Et pourtant... Il faut bien le faire !
Ce sujet est tout aussi central et important que de parler des JO de Pekin, de la crise économique actuelle ou de la montée du prix du gaz. Ce n'est qu'un question de reférentiel au final.
Lorsque l'on prétend défendre une dynamique globale basée sur la synergie des un et des autres, tant au niveau social, publique, que privé on ne peut se permettre de se positionner aussi radicalement que celà, même si c'est justifié.
Allez expliquer à un moine Tibétain ou à un Chinois que leur histoire de JO nous gonfle et que l'on est plus intéréssé par ce qu'il se passe chez nous et qui nous concerne.
Même si ça peut etre vrai, nous ne serions pas La France si nous agissions ainsi.
Et nous ne serions pas la France si nous omettions aussi de se souvenir que seul les dirigeants Chinois ne peuvent boycotter les jeux...
Cet avis est objectif, et n'a aucune accointance avec une quelconque sympathie plus maniféstée envers les Tibétains, et surtout pas envers le Dalaï Lama qui devrait être jeté en prison (Pourquoi ? Renseignez-vous... Vous serez surpris).
Mais les milliers de Chinois que l'on mets à la rue pour construire les immenses immeubles de verre qui ne seront JAMAIS habités afin d'accueillir les jeux est scandaleux. Le Président Chinois devrait être traduit à La Haye et jeter du Conseil de Securité dans les plus brefs délais.
Bonne continuation,
Nicolène lol
Ecrit par : Nicolène Sarkoyal | 30 avril 2008
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