« 2008-04 | Page d'accueil
| 2008-06 »
12 mai 2008
En Mai, c'est férié...
Bonjour à toutes et à tous,
Avec ce bain de soleil, j'espère que votre moral remonte en flèche. Pour ma part, c'est le cas. J'espère que vous ne me prendrez pas pour un clown car je peux vous assurer que mon nez rouge depuis quelques jours n'altère en rien mes neurones, bien protégés de tout les coups, a fortiori de ceux de l'astre roi. Outre le moral et le bon teint, le soleil me donne également le goût d'écrire, alors je me lance sans plus tarder dans une tirade printannière bien française.
Le premier Mai tout d'abord. Le premier Mai n'est pas seulement la fête de Jeanne d'Arc. Même si cette jeune demoiselle est Lorraine, et même si le Lorrain que je suis en est fier, ce n'est pas ce qui nous marque quand on pense au premier Mai. Non, le premier Mai, c'est la fête du Travail ! Et ce, depuis plus d'un siècle aujourd'hui. Avec le premier Mai vient le temps des manif', ces grandes cérémonies de piétinement du pavé sous un soleil de plomb avec des slogans martelés jusqu'à l'usure, des poings levés de moins en moins fermes, le tout rythmé par les sonos et généralement enveloppé dans quelques drapeaux rouges, agrémenté d'odeurs de merguez grillées et de bières toujours tiède. Tous les ans, c'est la même chose : une sorte de baroud régulier ou de pense bête permanent destiné à on ne sait qui, aux mots d'ordres répétitifs et aux déclarations tellement prévisibles qu'on ne prend même plus la peine de les écouter... Pourtant, le premier Mai n'a pas toujours été cette fête ringarde que l'on connait aujourd'hui. En 1886, à Chicago, l'origine de cette fête est bien étatsunienne, ce sont six ouvriers qui furent abattus après des grèves qui avaient mobilisé plus de 340 000 personnes dans tous les USA. Le premier Mai est né de la transgression. Dès lors, l'ériger en jour férié, c'est lui enlever tout son sens. Le combat, la lutte, la revandication légitimés par la transgression sont devenus coutume et tradition rituelles. Le premier Mai du XXIième siècle repose paisiblement sur son édredon. Il ne frappe ni ne marque plus personne. C'est devenu la fête du muguet et du printemps plus que celle du Travail. Celle des premiers rayons de soleil et des premières communions plus que des travailleurs. Mais que faire pour lui redonner un sens ? La moindre des choses serait tout d'abord de commencer par supprimer le caractère chômé de ce jour pour que l'on travaille enfin lors de la fête du Travail ! Il faut ensuite trouver un moyen pour fêter le travail autrement. Pourquoi ne pas en profiter pour insister sur la cohésion sociale, au sein de chaque entreprise, en organisant des fêtes, en soirées, entre employés de tous niveaux ? Une meilleure connaissance et de meilleurs liens entre eux ne peut que servir le travail, l'entreprise et finalement chaque personne qui en constitue le coeur. Pourquoi ne pas en profiter pour en faire une journée nationale (ou européenne) des portes ouvertes de l'entreprise, pour que les familles des travailleurs viennent voir comment leurs pères, leurs mères, leurs frères, leurs amis travaillent ? Le travail constitue une part importante de nos vie et reste bien souvent méconnu de ceux que nous cotoyons le plus intimement. Une journée grand public, vitrine du travail et du travailleur Français (ou Européen), et pourquoi pas de sa promotion internationale ? Je suis certain que la presse s'interesserait plus à cette initiative qu'à une quelconque manifestation. Et quoi de mieux pour dénoncer certaines conditions que de laisser parler les travailleurs eux-mêmes ? Plus que toute organisation syndicale ou politique décrédibilisée, ce sont eux qui sont les plus légitimes pour revandiquer quoi que ce soit. Mais non, en France, le premier Mai, c'est férié...
Le 8 Mai non plus n'est pas travaillé. Le problème est ici d'une toute autre nature. Chacun sait encore ce que le 8 mai représente, même si bien peu de monde prend, je le regrette, part aux commémorations. Cependant, et sans rien renier de ce qu'a été la Seconde Guerre Mondiale, de la souffrance qu'a enduré la population dans toute sa diversité, sans même vouloir effacer ce qui constitue aujourd'hui le vaccin le plus efficace contre toute tentation fasciste, raciste, eugéniste, je pense qu'il faut regarder de l'avant. Je prends d'autant plus conscience de ce que j'écris ici que je suis moi-même historien, que je sais tous les enjeux mémoriels actuels et que je comprends ce que représente cette date pour tous, autant ceux qui l'ont vécu que ceux qui sont nés après. Je pense que ce jour férié devrait être transformé, non pas pour oublier, mais pour lui ajouter une espérance qui contribuerait à construire notre futur sur des bases plus saines et plus solides. Pour quelles raisons ? J'enseigne la méthodologie historique à de jeunes étudiants depuis plusieurs années. Cette année, j'ai notamment eu parmi mes étudiants de jeunes Allemands qui effectuaient un parcours franco-allemand entre Metz et Saarbruck. Nous parlions du premier mai, de son caractère férié, quand ils me posèrent la question du 8. J'avoue avoir été un peu géné. J'ai ressenti une sorte de malaise à dire que oui, la défaite du pays que je considère comme notre pays frère aujourd'hui, notre plus sûr allié, notre partenaire le plus important dans tous les domaines, l'Allemagne, était chez nous non seulement fêté mais férié. Les étudiants discutèrent en allemands pendant une minutes en face de moi qui n'y comprenait rien et attendait le verdict. Ils ne souriaient pas et j'étais pressé d'en finir et de passer à autre chose. Une étudiante me dit alors qu'effectivement, ce n'était pas seulement la chute de Berlin qui était fêtée, mais celle d'une dictature. Je répondis simplement que pour cette raison, le 8 mai pouvait aussi être une fête en Allemagne. L'étudiante répondit en hochant la tête, mais pas plus convaincu que je ne l'étais personnellement. Peut-on réellement fonder un avenir de paix, de prospérité, d'échange avec un partenaire dont on fête la chute ? Même s'il s'agissait d'une dictature, celle-ci était allemande et l'ambiguité demeurait. Plus que le 8 mai, c'est le 9 mai qui devrait être férié. C'est le 9 mai 1950 que Robert Schuman, alors Ministre des Affaires étrangères de la France, proposa à l'Allemagne un partenariat. C'est le 9 mai 1950, par cette proposition, par cette main tendue du vainqueur au vaincu, par cette alliance pour la paix, que se termina réellement la guerre entre les deux pays. L'Allemagne et la France, unies pour se construire un meilleur futur, ensemble dans une même communauté, mettaient fin à une guerre héréditaire et séculaire. Le 9 mai porte en lui toutes les leçons de la Seconde Guerre Mondiale tout en regardant vers le futur, toutes les espérances que l'Europe a fait naître et porte en Elle. Mais non, le 8 Mai, comme le premier, en France, ça reste férié...
La pentecôte enfin. Que de bordel (excusez moi mais c'est le mot) pour en arriver là ! Trois ans, trois ans qu'on nous rabat les oreilles avec ce foutu lundi de pentecôte pour finalement le réhabilité en jour chômé. Le journée de solidarité avec les personnes âgées, qui a fait suite à l'hécatombe caniculaire de 2003, a fait long feu. Ce prétexte n'était, à l'évidence, pas crédible aux yeux des citoyens. Remarquez, dès qu'on touche à leurs petits conforts et à leurs petites habitudes individuelles, les Français n'ont que faire du reste. C'était mal les connaitre que de croire qu'on pouvait les faire travailler un jour entier, gratuitement, pour l'intérêt général et la solidarité nationale entre les générations. Il est vrai que la droite n'étaient certainement la mieux placée, a fortiori Raffarin, pour les jouer grand coeur solidaire et devenir la garante du pacte républicain... Mais quand même, que signifie le lundi de pentecôte ? Qui peut seulement dire aujourd'hui ce qu'il représente ? Qui fête quelque chose en ce lundi ? A mon humble avis, la réponse est : pas grand monde. Dès lors pourquoi le conserver chômé ? Plus que le lundi de pentecôte, et pour la même raison, c'est toute une série de fêtes religieuses catholiques qui sont à mettre dans le même sac. Cela n'a aucun sens pour notre société laïque et républicaine de les conserver en l'état. Un ménage drastique s'impose. Par ailleurs, j'estime que l'introduction d'un jour férié pour les Juifs et d'un autre pour les Musulmans, entre autres, s'impose. La laîcité veut que la République reconnaisse tous les cultes, il est temps que le calendrier soit à l'image de la République. Même après décompte, il semblerait que le différentiel jours fériés avant/ après réforme soit à la défaveur des premiers. Pourquoi ne pas rajouter une semaine de congès payés pour compenser cette mise en ordre ? La République aurait son calendrier laïc et les travailleurs leurs jours de repos mérités, que demande le peuple ? Mais non, malheureusement en France, on revient toujours en arrière, qu'on se le dise : la pentecôte c'est de nouveau férié !
N'allez pas penser que je divague, tout ceci est très réfléchi. Un mot dit est une parole mais un mot écrit est plus que cela, c'est un mot. Ceci dit (et écrit !), je fais confiance à la France et à son gouvernement pour ne surtout rien changer... En ce mois de Mai, le soleil brille, les oiseaux chantent ! Profitez et n'oubliez pas : en Avril ne pas perdez le fil car en Mai, en France, c'est toujours férié !
A défendre !
Thomas
01:19 Publié dans Autour du pot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


