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01 juillet 2008
Coup de soleil
Bonjour à toutes et à tous,
Je reprends aujourd'hui le clavier pour vous parler du long chemin qui nous mènera doucement mais surement vers notre bonne ville de Reims. Reims, la ville du sacre des Rois de France. Des Rois uniquement, j'entends par là des hommes, comme le dit et l'exige la loi Salique. Reims, la ville du champagne. Celui des victoires attendues ou moins attendues. On se souvient de Jeanne d'Arc bien sûr, bravant les troupes britanniques avec hardiesse pour faire sacrer "son" Dauphin dans la fameuse cathédrale. On se souvient aussi de cette image, que dis-je, cette action héroïque, de femmes et d'hommes de la Croix rouge qui, pendant la première Guerre Mondiale, pour signifier que la cathédrale était désormais transformée en hopital, avaient hissé un drapeau de l'institution au sommet de la tour Ouest de l'édifice sous une pluie de bombes. Non, la capitale de la Champagne n'était pas prise, elle résiste et finalement triomphera de l'adversaire, d'où qu'il vienne ! Plusieurs fois en ruine, Reims s'est toujours relevée envers et contre tout grâce à la force du symbole qu'elle incarne pour le reste de la France. Ville historique, ville résistante, ville de victoire, Reims représente la transition entre notre grand passé et un avenir qu'on espère plus grand encore. C'est pour toutes ces raisons qu'elle devient cette année plus que jamais, en acceuillant le prochain Congrès, le symbole d'un socialisme à la fois ancré dans ses valeurs, tourné vers les Français et surtout vers le XXIième sècle. Vers notre avenir. Et pour y arriver, notre chemin passe, en ce 28 juin 2008, par Paris.
Le ciel de la capitale est un peu couvert en ce samedi matin. Ciel sombre, quelques gouttes d'eau nous tombent parfois sur le visage. De la brume plus qu'une averse. Il ne fait pas très chaud, il ne fait pas froid non plus. Un petit vent frais nous caresse la peau au sortir de l'immeuble où nous étions arrivés la veille. De mauvais augure pensais-je en moi-même. Je n'avais pas dormi de la nuit. Les cernes et les poches étaient visibles sous mes yeux que la fraicheur et la volonté permettaient de maintenir ouverts. Cette journée était particulière. Pas parce que nous étions à Paris, pas parce que nous étions à la veille de vacances, pas parce que le hasard du calendrier faisant, ce 28 juin était le jour d'une "autre manifestation", c'était un jour particulier parce qu'on allait enfin savoir. On allait savoir si oui ou non, ça vallait le coup de s'accrocher malgré les désaccords, malgré les contradictions, malgré les débats intérieurs qui devenaient combats puis dégâts, souvent tellement intellectualisés qu'ils n'engendraient dans mon esprit que chaos et destructions. On allait savoir si oui ou non, ça vallait le coup de continuer le chemin et de faire une confiance qui, malgré les apparences, les méthodes et les tempéraments, ne pouvaient qu'être aveugle. Nous demandions, aujourd'hui, à voir, à savoir, à comprendre pour croire. Nous demandions, je demandais, comment. Nous demandions, je demandais, pourquoi. Nous demandions, je demandais, avec qui. Nous marchions, je marchais...
Passage dans le métropolitain, ce monstre souterrain centenaire qui nous ingurgite, nous digère et nous libère à volonté. Sortie Clémenceau ou Invalides ? Le héros d'une guerre attroce ou l'hopital de la Grande armée ? Fondée par Louis XIV et marquée à jamais par l'Empereur qui y repose, l'institution des Invalides est un des premiers exemples d'"Etat providence". Simplement, fondée pour une armée qui ne pu surmonter la Bérézina et Waterloo, elle ruaient aux brancards pour l'honneur d'un pays et d'un homme. Si grande elle était, cette armée n'avaient pas triomphé. Pour la forme donc, nous choisissons Clémenceau et ses Champs Elysées. Le Tigre, ce héros d'une guerre qui déchira les socialistes mais qui su conduire toute la France à la victoire totale. Ce grand homme incompris mais reconnu dont le nom est aujourd'hui associé à la plus belle avenue du monde, couronnée par l'Arc de triomphe et assis sur la place de la Concorde. Nous descendons à Clémenceau-Champs Elysées. (Heureusement que tout le monde ne choisit pas ses sorties de métro de la même façon, n'est-ce pas ? :-) Mais le symbole, ça compte aussi !) Nous marchons jusqu'à cette maison. Non pas le Grand et le Petit Palais à l'architecture admirable, non pas les Invalides que nous saluons à défaut d'y être passés, non pas l'Assemblée nationale, ce temple républicain, non pas non plus le 2-8-2 du Boulevard Saint-Germain qui soulève en nous un vent de nostalgie présidentielle, non pas enfin Solférino, notre maison malgré tout. La maison vers laquelle nous allons a une dénomination technologique pour une déclaration très technique : Maison de la Chimie, rue Saint Dominique. Nous marchons, je marche...
Nous arrivons en même temps que notre hôte dans ce beau batiment. Nous ne la voyons pas, nous ne l'entendons pas, nous observons cette nuée, cette ruée, de caméras et de micros, de journalistes et de cameramen. Il ne fait aucun doute, il n'y a qu'elle pour déclancher une tornade de cette sorte et de cette couleur : blanche, toujours. Habitude oblige, sans trop réfléchir, je sens revenir l'excitation de ses escapades messines. Je m'engouffre, sans élan ni but précis, d'instinct. Je plonge dans le mouvement, je me prépare à jouer des coudes, je vais pousser, j'avance de pied ferme, je... Je me lance dans cette nébuleuse. Un détail, je n'avais pas de caméra. Les camarades qui m'accompagnaient me tirent pas le col en arrière... Que voulez-vous que je vous dise ? Réflexe lol Cette fois, personne ne m'avait assigné de mission et je n'étais qu'un figurant parmi d'autres. Energique et volontaire certes mais simple figurant d'une pièce dans laquelle mon rôle était de faire acte de présence. Un parmi tant de nombreux autres (1500, je pense). Un militant dont le but était de faire ce que chaque militant sait le mieux faire : applaudir. Dur retour à cette difficile réalité qui, malgré ce que les uns et les autres peuvent dire ou proclamer, n'est toujours là que pour coller des affiches, assurer la claque lors des meetings et signer les textes sans alternative qu'on lui propose. Dur retour à la réalité. Je n'étais là que pour être là. Ceci dit, je ne suis pas déçu, je sais qu'il faut parfois savoir s'applatir. La principal qualité d'un militant est certainement sa capacité à accumuler les humiliations. Je dois rentrer dans le rang, au moins pendant quelques heures, ce n'est que partie remise ! Nous entrons, j'entre...
La salle est grande. Pas très large mais d'une hauteur qui donne l'impression d'entrer dans un cube géant. Les murs sont lisses, d'une pierre ocre tirant sur le jaune pâle aux reflets brillants, certainement du marbre. A intervalles réguliers, des colonnes en bas relief de couleur orangées quadrillent les trois murs de bas en haut. A leurs sommets, des lumières dont l'intensité sera sans cesse modifiée au cours de cette longue présentation. Des éclairages incorporés au coffrage du plafond donneront toute son ambiance à une salle sur deux étages. Le par-terre est plein. Nous nous faisons refouler. Nous montons au premier, toutes les places sont prises : qu'à cela ne tienne, nous nous asseillerons sur les marches ! Nous nous serrerons, nous nous asseillons. Nous n'avons pas à attendre. La lumière se fait vive, la foule se fait remuante, les mains se mettent à claquer, ça commence. Il est dix heures et, pour une fois, elle est à l'heure ! Pourvu que ça dure. Autour de moi, des gens de tous âges et de tous sexes. Je suis bien encadré, je ne pourrai pas bouger pendant 4 heures, je ne pourrai pas même étendre mes jambes. Terrible. Dans le public, quelques fanatiques comme toujours, malheureusement, lançant des "Ségolène Présidente", chantant a capella et en choeur "Tous Unis", l'hymne de la campagne passée. La campagne du passé devrais-je plutôt dire, les hymnes du passé, les slogans de l'an passé... Je suis géné. Ces gens, certainement plein de bonnes intentions, me gènent. On fait tellement d'efforts pour travailler sérieusement, être nuancés, bref, on fait tellement d'efforts pour être crédibles aux yeux d'une certaine gauche comme aux yeux des Français, il serait dommage que la presse et ceux qui la lisent, écoutent et regardent, ne voient que cet aspect de la réunion. Ségolène leur adressera d'ailleurs une remarque qu'ils n'entendrons pas et qu'elle m'avait déjà faite à Metz en Février quand j'évoquais "la ferveur" : "Pas de nostalgie, droit devant toujours". Elle l'a redit dans son discours de samedi et avec ces mêmes mots. Il serait temps qu'ils s'aperçoivent du discrédit qu'ils nous jettent, sur nous, sur moi en tout cas, qui essaye d'avoir un jugement raisonné, sain, et de faire un vrai travail, sur Ségolène dont les ennemis de tous bords ne perdent jamais une seule occasion de caricaturer ses soutiens... Nous. Ceci-dit, ces quelques supporters n'étaient qu'une poignée et je ne sentais pas le reste du public dans cet état d'esprit. Comme moi, ils semblaient être présents pour écouter. Ils étaient enthousiastes et joyeux certes mais surtout impatients. Nous attendons, j'attends...
La présentation de la contribution commence. Après une standing ovation de près de 5-10 minutes, Ségolène Royal se fait Madame Loyal. Elle nous présente son équipe qui nous présentera sa contribution. La scène est haute. Une toile blanche servira aux projections. Derrière celle-ci, de lourdes rideaux aux plis prononcés tombent au raz de la scène. Les lumières lui donneront d'abord une couleur violette puis bleue et enfin, au moment où Ségolène s'avancera vers le pupitre, un rouge intense. Effet garanti. De part et d'autre du micro sont disposés cinq fauteuils ocres pour elle et son équipe. Après un petit film sur la confection de la contribution et sur le travail en France, Ségolène ne quittera plus la scène et fera défiler, en les présentant, chaque oratrices et orateurs, un par un, pour de brèves intenventions thématiques. David Assouline, qui ne prendra pas la parole fait des va-et-vient entre la scène et le public. Apporte eau et missives. On en saura pas plus. Tout commence avec le délégué CFDT Arcelor-Mittal. On prend nos aises, j'avais déjà pu le croiser lors de sa rencontre avec la socialiste en février. Gandrange est à quelques kilomètres de chez moi, leurs problèmes sont notre lot quotidien. Ségolène choisit de faire le tour de France en commençant par la Lorraine. Ca fait d'autant plus plaisir que notre région est très bien représentée sur scène (les députés Mosellans Liebgott et Filipetti) comme dans la salle où le comité Moselle d'avenir, dont je suis, a su se faire entendre. S'en suit une fabuleuse, et je pèse mes mots tant je l'ai dégustée, intervention d'Ariane Mnouchkine. Je ne saurais la retranscrire ici, j'en suis incapable. A la limite de la politique et de la philosophie, au summum de la rhétorique, sans élever la voix, elle nous a parler de l'Etat providence, de la démocratie et du peuple. Si l'intervention a été filmée, je vous conseille vivement de l'écouter ! Un pur plaisir. Edwy Plenel, le collectif "Sauvons la recherche" et d'autres ont suivi. Je retiens Delphine Batho, qui nous a parler de sécurité de façon très professionnelle malgré l'émotion visible. Je retiens Jean-Pierre Mignard qui a littéralement enflammé la salle par ses talents de tribuns. Je retiens enfin, et surtout, Thomas Piketty. Il n'a pas de talent d'orateur particulier mais il nous a présenté une "révolution fiscale' clef en main : les retraites, la sécurité sociale, l'impot, tout y passe. La droite n'a qu'à bien se tenir. Le pacte présidentielle est totalement dépassé. Concrètement, sans grandes déclarations ni grands mots, sans injonctions ni anathèmes contre d'autres socialistes, Ségolène propose. De mémoire, je ne crois pas qu'on ait entendu un discours aussi technique de la part d'un leader d'opposition depuis bien longtemps. On sentait le travail, on sentait le concret, on sentait le solide. J'aime ça ! Il est bien loin le temps des expressions toutes faites et répétées jusqu'à overdose. Il est bien loin le temps où on avait autant les yeux sur les sondages que sur le guidon. Il est bien loin le temps du soutien irrationnel. Deux ans se sont écoulés et le tableau est aujourd'hui tout autre. On savait désormais où on allait, je sais...
Ségolène n'aura pas tellement parlé pendant ce meeting. Une demi heure tout au plus et c'est bien comme ça. Elle a mis en avant son équipe, chose qu'elle avait du mal à faire auparavant. Elle a mis en avant des idées travaillées et concrètes qui répondent aux vraies préoccupations des Français autant que des socialistes. L'organisation était bien meilleure que d'habitude. L'ambiance finale était soulagée, joyeuse et "combattive" selon le terme consacré. Je ne crois pas que quelqu'un soit sorti déçu de la salle. Il fallait vraiment être très difficile ou d'une mauvaise foi totale. Même ceux qui ne la portent pas dans leur coeur peuvent reconnaitre le sérieux du travail réalisé depuis bientôt un an. Je ne suis pas toujours gentil avec elle, souvent critique même. Je ne dis pas aux autres ce qu'ils doivent penser. J'essaye plutôt de poser les questions qui fâchent en général. Je n'hésite pas à défendre des points de vue différents sur un certain nombre d'idées et de grands principes. Je sais dire quand je ne suis pas d'accord et j'accepte la différence. Mais je ne peux qu'approuver un tel discours aujourd'hui. Concernant les divergences que j'ai avec Ségolène, elle semble avoir évoluée. Sur les alliances, elle a mis un peu d'eau dans son vin, elle n'a pas parlé d'alliance avec le "modem". Elle n'a d'ailleurs pas prononcé ce mot. Elle a parlé de rassembler d'abord la gauche pour élargir ensuite à "tous les démocrates". Terme de compromis acceptable à mon sens. Ambigü, certes, mais acceptable. J'aime. Sur l'Europe, autre point de gros désaccord, elle semble avoir repris la position qui était la sienne pendant la campagne. Elle profite du Non Irlandais au Traité de Lisbonnes pour en appeler à l'Europe par la preuve, celle des projets, à plus de démocratie européenne aussi et à une Europe plus proche des gens. Il faut laisser le problème des institutions de côté et, quand il en sera de nouveau question, il faudra associer les citoyens de tout le continent à la fois à son élaboration et à sa ratification par le biais d'une consultation européenne. Exit le Traité de Lisbonnes, exit la question de la ratification parlementaire et le passage en force qu'elle avait pourtant cautionné. J'aime. Pas de provocation à noter non plus, ni sur le marché ni sur l'individualisme. Même si elle le pense certainement toujours, elle ne croit pas bon de l'exhiber. On s'en accomode. Bref, sur tous les points de heurt, elle arrive à trouver un terrain d'équilibre. Sur ceux de fond, elle arrive à clarifier sa pensée et à l'enrichir considérablement. Sur la participation, il reste encore un chemin à faire, même si la mise en avant de son équipe et de sa contribution écrite à "3000 mains" a franchement de la geule ! J'aime.
Nous sommes sortis satisfaits de cette réunion. J'en suis sorti content. Très fatigué mais content. Je n'avais pas fait tout ça pour rien. Je n'étais pas ridicule. L'honneur est mieux que sauf, il était gratifié. On se sent fort dans ces moments. Ca s'éclaircit dans mon esprit et le Soleil cogne sur ma tête. Il est bientôt 14h. Je me tape un gros coup de Soleil. Comme à chaque fois qu'on croise Ségolène... Au final, je pense que si les militants se basent vraiment sur les contributions, sur le fond, comme ils le proclament. S'ils veulent vraiment défendre un texte cohérent qui donne au Parti Socialiste tout à la fois une vision et des solutions concrètes. S'ils arrivent à sortir des hypocrisies, des petites phrases et des faux débats que certains leur imposent. S'ils arrivent à mettre leurs aigreurs de côté et savent remettre leurs ego dans la poche. S'ils veulent prendre la peine de lire la contribution avant de la critiquer avec tous les a priori que cela comporte, alors la motion qui en découlera sera très certainement majoritaire tant elle est sérieuse. J'espère que les militants sauront être responsables et que le Parti Socialiste fasse de Reims une ville historique pour la Gauche en hérigeant une femme à sa tête, une ville résistante au Sarkozysme grâce à une équipe soudée, renouvelée et organisée et, en définitive, une ville de victoire pour la Gauche toute entière ! C'est pour cela que j'ai choisi de "Combattre et de Proposer" avec Ségolène Royal !
A critiquer volontier !
Thomas.
20:06 Publié dans Congrès de Reims 2008 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : reims, ségolène royal, vincent peillon, delphine batho, thomas piketty, jean-pierre mignard, ariane mnouchkine



Commentaires
Quel article thomas !! franchement tu as tout dis, tout resumer. Oui toi c vrai que tu né pas le genre de personne a aduler les politiques pour ce qu'ils sont mais plutot pour ce qu'il propose. Et tous ce que tu as dit, je l'ai ressenti.Bon sauf que moi depuis la campagne je c'est que c'est elle qui nous faut et je le crois encore plus.
En tous cas merci pour cette article de qualité.
bonne continuation
rashid
Ecrit par : RASHID | 01 juillet 2008
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