30 août 2008
Croire
Bonjour à toutes et à tous,
Es-tu croyant ? Voilà la question qu'on m'a posé récemment. Question peu commune et qu'il aurait pu être surprenant de me poser il y a quelques années tant la réponse semblait évidente. Aujourd'hui pertinente, la question est à relier à tous les débats qui traversent nos sociétés Française, Occidentales voire mondiales... Es-tu croyant ? Bonne question. Ceux qui me connaissent depuis longtemps répondraient certainement que non alors que ceux qui me cotoient depuis moins longtemps, je pense qu'ils ne sauraient pas le dire ou, en tout cas, auraient un petit doute. Parce que la réponse est certainement plus nuancée qu'il y a quelques années et mon attitude à l'égard du "sacré" bien plus ambiguë aussi, j'ai cru bon vous faire partager ma réflexion à ce sujet. En espérant qu'elle alimentera la votre. Amen ?
Il y a quelque années, cela ne fait pas si longtemps, tout était très clair : non je n'étais pas croyant. Dieu était une superstition et les textes de beaux romans mais rien de plus. Je me souviens une collègue de Fac' qui m'avait qualifié d'"intégriste athée", expression qui me correspondait parfaitement. A l'époque en tout cas. Après tout, Dieu n'est-il pas pour beaucoup de monde un prétexte, je dirais même une caution, à toutes sortes d'injustices, de guerres, de massacres, de supplices, de haines ? Toutes choses qui me font horreur. Toutes choses qui sont étrangères à mes valeurs. Je ne peux pas me reconnaitre ni dans cette morale rigoriste, injuste et injustifiée, ni dans ceux qui la représentaient, les plus visibles et plus médiatiques : les extrêmiste juifs, ces colons Israëliens capables de tuer pour quelques mètres carré de désert, les extrêmistes musulmans, kamikazes de toutes sortes, le pape, cet extrêmiste qui nous demande de ne pas utiliser le préservatifs contribuant ainsi par ces paroles irresponsables à la pandémie de sida dans le monde, ou encore les évangéliques protestants, ces fanatiques qui voient dans les Etats-Unis la nation élue, qui manifestent contre l'avortement et pour la peine de mort, pour le port de l'arme à feu et défendent un créationnisme baroque... Qu'on le veuille ou non, qu'on les cautionne ou non, ces faits existent. Ils sont visibles et par essence mauvais. De ces gens et des doctrines qu'ils représentent nait nécessairement l'injustice et l'inégalité. Je n'aime ni l'une ni l'autre. Comment quelqu'un de sain d'esprit pourrait-il cautionner ces prises de positions et ces actes ? Je ne comprenais pas et je ne le comprends toujours pas. Cela n'a pas changé aujourd'hui.
Simplement, à côté de ces fanatiques ultramédiatiques, j'ai appris à connaitre d'autres croyants. Cela peut paraître naïf au premier abord, de dire cela de cette façon. Pourtant c'est de cette façon que cela s'est passé. Tout change et devient plus complexe quand on se retrouve seul face à la dure réalité de la vie. Pas forcément seul physiquement, mais seul moralement, dans l'esprit. Tout change quand on envisage la chose sous l'angle philosophique plus que politique. La religion politique était et est néfaste. L'utilisation par la politique de la religion est néfaste. L'ingérance de la religion dans la politique est néfaste. Mais la croyance en elle même, à la base, est tout le contraire. Voilà ce qui a changé.
Je profite de cet article pour donner mon point de vue sur les débats qui se font jours en ce moment en France. La France devait-elle recevoir le pape ? La loi de 1905 est-elle désuette ? Je ne peux pas passer sous silence le concept de "laicité positive". Je n'y suis pas opposé, tout dépend ce qu'on entend par là. Si cette laicité positive devient un outil pour palier les insuffisance d'un Etat toujours plus libéral et toujours moins engagé, le tout en prêchant un retour aux valeurs chrétiennes archaïques du passé, conservatrices et arriérées, que sont la lutte contre l'avortement et la régulation des naissances et la contraception, contre le droit des personnes à vivre leur sexualité comme elles l'entendent et la liberté de conscience et de pensée et de philosophie, alors c'est une mauvaise chose. Mais si cette laicité positive se voit comme une manière pour l'Etat de ne pas ignorer les croyances et les cultes des Français, une manière de s'ouvrir à la diversité de la société Française et agir pour une égalité des droits des différentes spiritualités face à l'Etat, et pour cela il faudrait qu'ils soient reconnus, alors c'est une chose positive. Le régime de laïcité athée qui existe en France, cette ignorance d'une donnée fondamentale de la compréhension de la société Française qu'est la spiritualité et les croyances religieuses sont une grosse erreur. La spiritualité est aussi une manière de favoriser la cohésion sociale, les liens entre les individus et les solidarités en plus de celle de l'Etat. A l'Etat de travailler sur les liens et l'égalité entre ces différentes spiritualités, à l'Etat de mettre en place des règles et des services publics qui permettent de limiter le champ et la place de ces spiritualités dans la société et des les restreindre au domaine strictement privé. Alors, et alors seulement, oui à une laïcité ouverte. La Laïcité Française ne reconnait ni ne finance aucun culte, c'est une autruche ! La laïcité ouverte ou positive, pourrait être une laïcité qui reconnait tous les cultes comme égaux, les traite et les finances pour que chacun puisse pratiquer son culte dans de bonnes conditions matérielles et dans un contexte apaisé avec les autres cultes. Un laicité qui dise que le culte et la croyance ou la spiritualité est quelque chose de privé et de personnel et qui n'empêche pas sa pratique publique. Parce qu'il faut voir les choses telles qu'elles sont.
Alors je ne crois toujours pas en Dieu en tant que tel. Ce Dieu qui est censé ne ressembler à personne et à chacun de nous en particulier. Je ne crois pas en un être suprême qui jouerait avec les Hommes comme avec des Fourmies. Je ne crois pas non plus en une personne qui aurait tout créé, tout réglé, tout arrangé comme il le voulait. Qui serait maître de notre destin de façon arbitraire et toute puissante. Je ne crois pas en la vie après la mort, qu'elle soit au Paradis, aux Enfers ou ailleurs. Je ne crois pas ni en la réincarnation du corps ni en l'immortalité de l'âme. Mais pour autant, je ne rejette pas tout. Je crois qu'il existe un Bien et un Mal, c'est à dire des choses qui sont fondamentalement bonnes et d'autres fondamentalement mauvaises. Je crois que la gentillesse, le respect de l'autre, du vivant dans toutes ses formes, la tolérance et l'ouverture à la différence de vues, non pas comme un mode de pensée ou certaines idées dites ouvertes opposées à d'autres dites fermées mais comme une acceptation d'une différence de point de vue telle qu'elle est, sans vouloir nécessairement la changer. Je pense que l'altruisme, le dévouement, la loyauté, le respect de la parole donnée, l'honneur sont des choses fondamentalement bonnes. Je crois que la recherche à outrance de la célibrité, du pouvoir, de l'argent, du plaisir, de l'égoïsme, de l'orgueil et, en définitive, de tous les excès quels qu'ils soient, est fondamentalement mauvais.
Le but premier d'une religion est de garantir la survie de l'âme après la mort. Mieux, d'expliquer ce qui se passe après celle-ci. Je n'ai donc pas de religion puisque je fais partie de ceux qui pense qu'après la mort du corps, celui-ci devient poussière. Que quand on meurt, on meurt. Qu'aucune renaissance sous quelque forme que ce soit n'est possible. Cependant, je crois qu'il y a un moyen, le corps ayant disparu, de continuer à faire vivre l'âme d'un mort. Je crois qu'il existe un moyen pour que l'âme, elle, reste vivante. Je crois que l'âme ne meurt pas après la mort du corps. Elle continue de vivre dans les esprits de ceux qui continuent de vivre, dans leur mémoire, dans leurs souvenirs. Dès lors, à mon sens, le but de tout être humain qui souhaite sauver son âme n'est pas de rechercher l'approbation d'un quelconque Dieu pour obtenir l'Eden ou la réincarnation, mais d'obtenir l'approbation de ses pairs et de marquer la conscience des Hommes comme ayant vécu de manière pure, saine, généreuse, en définitive, comme quelqu'un de Bon. De cette manière, on peut rendre une âme éternelle. Inversement, ne compter pour personne, ne se soucier de personne, vivre pour soi coupé du monde, non seulement rend l'âme mortelle mais je me demande même si elle n'est pas déjà morte. Morte alors que le corps, lui, est vivant ! Certains comme Aristote, Alexandre ou Léonard de Vinci, vivent encore aujourd'hui parmi nous car beaucoup de personnes y pensent pour ce qu'ils ont fait, dit ou pensé. En définitive, quand je parle de Dieu, j'en parle comme d'une matérialisation du sort, du destin, du hasard qui va et vient dans nos vie, chaque jour et que la seule manière de survivre, c'est dans le souvenir des gens comme ayant vécu de manière droite, généreuse, gentille et bonne, comme une personne ayant rendu heureux ceux qui l'entouraient. C'est grâce à cela qu'on continue à vivre après la mort.
En partant de là, j'ai tendance à pêcher partout où je les trouve les idées, les actes que je crois êtres bons et me rendre bon. Je crois qu'à défaut d'une religion, on peut avoir une philosophie commune, la développer, la faire partager. Nous avons besoin d'une morale dans la vie de tous les jours qui soit plus grande que nous, au dessus des Hommes, des lois et des faits. Une éthique qui détermine ce qui est Bon de ce qui est Mal et qui permette à ces milliers de personnes complètement déssorientées par le système actuel du tout argent, du tout pouvoir, de la loi de la jungle, et qui ne croient pas forcément en un Dieu quelconque, de vivre bien en se posant des limites, avec des principes de vie et leur donnant une somme de valeurs qui ouvre la voie à la continuité de l'âme après la mort.
Et toi, lectrice lecteur, es-tu croyant ? ;-)
A méditer.
Thomas
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05 juillet 2008
Coup de soleil
Bonjour à toutes et à tous,
Je reprends aujourd'hui le clavier pour vous parler du long chemin qui nous mènera doucement mais surement vers notre bonne ville de Reims. Reims, la ville du sacre des Rois de France. Des Rois uniquement, j'entends par là des hommes, comme le dit et l'exige la loi Salique. Reims, la ville du champagne. Celui des victoires attendues ou moins attendues. On se souvient de Jeanne d'Arc bien sûr, bravant les troupes britanniques avec hardiesse pour faire sacrer "son" Dauphin dans la fameuse cathédrale. On se souvient aussi de cette image, que dis-je, cette action héroïque, de femmes et d'hommes de la Croix rouge qui, pendant la première Guerre Mondiale, pour signifier que la cathédrale était désormais transformée en hopital, avaient hissé un drapeau de l'institution au sommet de la tour Ouest de l'édifice sous une pluie de bombes. Non, la capitale de la Champagne n'était pas prise, elle résiste et finalement triomphera de l'adversaire, d'où qu'il vienne ! Plusieurs fois en ruine, Reims s'est toujours relevée envers et contre tout grâce à la force du symbole qu'elle incarne pour le reste de la France. Ville historique, ville résistante, ville de victoire, Reims représente la transition entre notre grand passé et un avenir qu'on espère plus grand encore. C'est pour toutes ces raisons qu'elle devient cette année plus que jamais, en acceuillant le prochain Congrès, le symbole d'un socialisme à la fois ancré dans ses valeurs, tourné vers les Français et surtout vers le XXIième sècle. Vers notre avenir. Et pour y arriver, notre chemin passe, en ce 28 juin 2008, par Paris.
Le ciel de la capitale est un peu couvert en ce samedi matin. Ciel sombre, quelques gouttes d'eau nous tombent parfois sur le visage. De la brume plus qu'une averse. Il ne fait pas très chaud, il ne fait pas froid non plus. Un petit vent frais nous caresse la peau au sortir de l'immeuble où nous étions arrivés la veille. De mauvais augure pensais-je en moi-même. Je n'avais pas dormi de la nuit. Les cernes et les poches étaient visibles sous mes yeux que la fraicheur et la volonté permettaient de maintenir ouverts. Cette journée était particulière. Pas parce que nous étions à Paris, pas parce que nous étions à la veille de vacances, pas parce que le hasard du calendrier faisant, ce 28 juin était le jour d'une "autre manifestation", c'était un jour particulier parce qu'on allait enfin savoir. On allait savoir si oui ou non, ça vallait le coup de s'accrocher malgré les désaccords, malgré les contradictions, malgré les débats intérieurs qui devenaient combats puis dégâts, souvent tellement intellectualisés qu'ils n'engendraient dans mon esprit que chaos et destructions. On allait savoir si oui ou non, ça vallait le coup de continuer le chemin et de faire une confiance qui, malgré les apparences, les méthodes et les tempéraments, ne pouvaient qu'être aveugle. Nous demandions, aujourd'hui, à voir, à savoir, à comprendre pour croire. Nous demandions, je demandais, comment. Nous demandions, je demandais, pourquoi. Nous demandions, je demandais, avec qui. Nous marchions, je marchais...
Passage dans le métropolitain, ce monstre souterrain centenaire qui nous ingurgite, nous digère et nous libère à volonté. Sortie Clémenceau ou Invalides ? Le héros d'une guerre attroce ou l'hopital de la Grande armée ? Fondée par Louis XIV et marquée à jamais par l'Empereur qui y repose, l'institution des Invalides est un des premiers exemples d'"Etat providence". Simplement, fondée pour une armée qui ne pu surmonter la Bérézina et Waterloo, elle ruaient aux brancards pour l'honneur d'un pays et d'un homme. Si grande elle était, cette armée n'avaient pas triomphé. Pour la forme donc, nous choisissons Clémenceau et ses Champs Elysées. Le Tigre, ce héros d'une guerre qui déchira les socialistes mais qui su conduire toute la France à la victoire totale. Ce grand homme incompris mais reconnu dont le nom est aujourd'hui associé à la plus belle avenue du monde, couronnée par l'Arc de triomphe et assis sur la place de la Concorde. Nous descendons à Clémenceau-Champs Elysées. (Heureusement que tout le monde ne choisit pas ses sorties de métro de la même façon, n'est-ce pas ? :-) Mais le symbole, ça compte aussi !) Nous marchons jusqu'à cette maison. Non pas le Grand et le Petit Palais à l'architecture admirable, non pas les Invalides que nous saluons à défaut d'y être passés, non pas l'Assemblée nationale, ce temple républicain, non pas non plus le 2-8-2 du Boulevard Saint-Germain qui soulève en nous un vent de nostalgie présidentielle, non pas enfin Solférino, notre maison malgré tout. La maison vers laquelle nous allons a une dénomination technologique pour une déclaration très technique : Maison de la Chimie, rue Saint Dominique. Nous marchons, je marche...
Nous arrivons en même temps que notre hôte dans ce beau batiment. Nous ne la voyons pas, nous ne l'entendons pas, nous observons cette nuée, cette ruée, de caméras et de micros, de journalistes et de cameramen. Il ne fait aucun doute, il n'y a qu'elle pour déclancher une tornade de cette sorte et de cette couleur : blanche, toujours. Habitude oblige, sans trop réfléchir, je sens revenir l'excitation de ses escapades messines. Je m'engouffre, sans élan ni but précis, d'instinct. Je plonge dans le mouvement, je me prépare à jouer des coudes, je vais pousser, j'avance de pied ferme, je... Je me lance dans cette nébuleuse. Un détail, je n'avais pas de caméra. Les camarades qui m'accompagnaient me tirent pas le col en arrière... Que voulez-vous que je vous dise ? Réflexe lol Cette fois, personne ne m'avait assigné de mission et je n'étais qu'un figurant parmi d'autres. Energique et volontaire certes mais simple figurant d'une pièce dans laquelle mon rôle était de faire acte de présence. Un parmi tant de nombreux autres (1500, je pense). Un militant dont le but était de faire ce que chaque militant sait le mieux faire : applaudir. Dur retour à cette difficile réalité qui, malgré ce que les uns et les autres peuvent dire ou proclamer, n'est toujours là que pour coller des affiches, assurer la claque lors des meetings et signer les textes sans alternative qu'on lui propose. Dur retour à la réalité. Je n'étais là que pour être là. Ceci dit, je ne suis pas déçu, je sais qu'il faut parfois savoir s'applatir. La principal qualité d'un militant est certainement sa capacité à accumuler les humiliations. Je dois rentrer dans le rang, au moins pendant quelques heures, ce n'est que partie remise ! Nous entrons, j'entre...
La salle est grande. Pas très large mais d'une hauteur qui donne l'impression d'entrer dans un cube géant. Les murs sont lisses, d'une pierre ocre tirant sur le jaune pâle aux reflets brillants, certainement du marbre. A intervalles réguliers, des colonnes en bas relief de couleur orangées quadrillent les trois murs de bas en haut. A leurs sommets, des lumières dont l'intensité sera sans cesse modifiée au cours de cette longue présentation. Des éclairages incorporés au coffrage du plafond donneront toute son ambiance à une salle sur deux étages. Le par-terre est plein. Nous nous faisons refouler. Nous montons au premier, toutes les places sont prises : qu'à cela ne tienne, nous nous asseillerons sur les marches ! Nous nous serrerons, nous nous asseillons. Nous n'avons pas à attendre. La lumière se fait vive, la foule se fait remuante, les mains se mettent à claquer, ça commence. Il est dix heures et, pour une fois, elle est à l'heure ! Pourvu que ça dure. Autour de moi, des gens de tous âges et de tous sexes. Je suis bien encadré, je ne pourrai pas bouger pendant 4 heures, je ne pourrai pas même étendre mes jambes. Terrible. Dans le public, quelques fanatiques comme toujours, malheureusement, lançant des "Ségolène Présidente", chantant a capella et en choeur "Tous Unis", l'hymne de la campagne passée. La campagne du passé devrais-je plutôt dire, les hymnes du passé, les slogans de l'an passé... Je suis géné. Ces gens, certainement plein de bonnes intentions, me gènent. On fait tellement d'efforts pour travailler sérieusement, être nuancés, bref, on fait tellement d'efforts pour être crédibles aux yeux d'une certaine gauche comme aux yeux des Français, il serait dommage que la presse et ceux qui la lisent, écoutent et regardent, ne voient que cet aspect de la réunion. Ségolène leur adressera d'ailleurs une remarque qu'ils n'entendrons pas et qu'elle m'avait déjà faite à Metz en Février quand j'évoquais "la ferveur" : "Pas de nostalgie, droit devant toujours". Elle l'a redit dans son discours de samedi et avec ces mêmes mots. Il serait temps qu'ils s'aperçoivent du discrédit qu'ils nous jettent, sur nous, sur moi en tout cas, qui essaye d'avoir un jugement raisonné, sain, et de faire un vrai travail, sur Ségolène dont les ennemis de tous bords ne perdent jamais une seule occasion de caricaturer ses soutiens... Nous. Ceci-dit, ces quelques supporters n'étaient qu'une poignée et je ne sentais pas le reste du public dans cet état d'esprit. Comme moi, ils semblaient être présents pour écouter. Ils étaient enthousiastes et joyeux certes mais surtout impatients. Nous attendons, j'attends...
La présentation de la contribution commence. Après une standing ovation de près de 5-10 minutes, Ségolène Royal se fait Madame Loyal. Elle nous présente son équipe qui nous présentera sa contribution. La scène est haute. Une toile blanche servira aux projections. Derrière celle-ci, de lourdes rideaux aux plis prononcés tombent au raz de la scène. Les lumières lui donneront d'abord une couleur violette puis bleue et enfin, au moment où Ségolène s'avancera vers le pupitre, un rouge intense. Effet garanti. De part et d'autre du micro sont disposés cinq fauteuils ocres pour elle et son équipe. Après un petit film sur la confection de la contribution et sur le travail en France, Ségolène ne quittera plus la scène et fera défiler, en les présentant, chaque oratrices et orateurs, un par un, pour de brèves intenventions thématiques. David Assouline, qui ne prendra pas la parole fait des va-et-vient entre la scène et le public. Apporte eau et missives. On en saura pas plus. Tout commence avec le délégué CFDT Arcelor-Mittal. On prend nos aises, j'avais déjà pu le croiser lors de sa rencontre avec la socialiste en février. Gandrange est à quelques kilomètres de chez moi, leurs problèmes sont notre lot quotidien. Ségolène choisit de faire le tour de France en commençant par la Lorraine. Ca fait d'autant plus plaisir que notre région est très bien représentée sur scène (les députés Mosellans Liebgott et Filipetti) comme dans la salle où le comité Moselle d'avenir, dont je suis, a su se faire entendre. S'en suit une fabuleuse, et je pèse mes mots tant je l'ai dégustée, intervention d'Ariane Mnouchkine. Je ne saurais la retranscrire ici, j'en suis incapable. A la limite de la politique et de la philosophie, au summum de la rhétorique, sans élever la voix, elle nous a parler de l'Etat providence, de la démocratie et du peuple. Si l'intervention a été filmée, je vous conseille vivement de l'écouter ! Un pur plaisir. Edwy Plenel, le collectif "Sauvons la recherche" et d'autres ont suivi. Je retiens Delphine Batho, qui nous a parler de sécurité de façon très professionnelle malgré l'émotion visible. Je retiens Jean-Pierre Mignard qui a littéralement enflammé la salle par ses talents de tribuns. Je retiens enfin, et surtout, Thomas Piketty. Il n'a pas de talent d'orateur particulier mais il nous a présenté une "révolution fiscale' clef en main : les retraites, la sécurité sociale, l'impot, tout y passe. La droite n'a qu'à bien se tenir. Le pacte présidentielle est totalement dépassé. Concrètement, sans grandes déclarations ni grands mots, sans injonctions ni anathèmes contre d'autres socialistes, Ségolène propose. De mémoire, je ne crois pas qu'on ait entendu un discours aussi technique de la part d'un leader d'opposition depuis bien longtemps. On sentait le travail, on sentait le concret, on sentait le solide. J'aime ça ! Il est bien loin le temps des expressions toutes faites et répétées jusqu'à overdose. Il est bien loin le temps où on avait autant les yeux sur les sondages que sur le guidon. Il est bien loin le temps du soutien irrationnel. Deux ans se sont écoulés et le tableau est aujourd'hui tout autre. On savait désormais où on allait, je sais...
Ségolène n'aura pas tellement parlé pendant ce meeting. Une demi heure tout au plus et c'est bien comme ça. Elle a mis en avant son équipe, chose qu'elle avait du mal à faire auparavant. Elle a mis en avant des idées travaillées et concrètes qui répondent aux vraies préoccupations des Français autant que des socialistes. L'organisation était bien meilleure que d'habitude. L'ambiance finale était soulagée, joyeuse et "combattive" selon le terme consacré. Je ne crois pas que quelqu'un soit sorti déçu de la salle. Il fallait vraiment être très difficile ou d'une mauvaise foi totale. Même ceux qui ne la portent pas dans leur coeur peuvent reconnaitre le sérieux du travail réalisé depuis bientôt un an. Je ne suis pas toujours gentil avec elle, souvent critique même. Je ne dis pas aux autres ce qu'ils doivent penser. J'essaye plutôt de poser les questions qui fâchent en général. Je n'hésite pas à défendre des points de vue différents sur un certain nombre d'idées et de grands principes. Je sais dire quand je ne suis pas d'accord et j'accepte la différence. Mais je ne peux qu'approuver un tel discours aujourd'hui. Concernant les divergences que j'ai avec Ségolène, elle semble avoir évoluée. Sur les alliances, elle a mis un peu d'eau dans son vin, elle n'a pas parlé d'alliance avec le "modem". Elle n'a d'ailleurs pas prononcé ce mot. Elle a parlé de rassembler d'abord la gauche pour élargir ensuite à "tous les démocrates". Terme de compromis acceptable à mon sens. Ambigü, certes, mais acceptable. J'aime. Sur l'Europe, autre point de gros désaccord, elle semble avoir repris la position qui était la sienne pendant la campagne. Elle profite du Non Irlandais au Traité de Lisbonnes pour en appeler à l'Europe par la preuve, celle des projets, à plus de démocratie européenne aussi et à une Europe plus proche des gens. Il faut laisser le problème des institutions de côté et, quand il en sera de nouveau question, il faudra associer les citoyens de tout le continent à la fois à son élaboration et à sa ratification par le biais d'une consultation européenne. Exit le Traité de Lisbonnes, exit la question de la ratification parlementaire et le passage en force qu'elle avait pourtant cautionné. J'aime. Pas de provocation à noter non plus, ni sur le marché ni sur l'individualisme. Même si elle le pense certainement toujours, elle ne croit pas bon de l'exhiber. On s'en accomode. Bref, sur tous les points de heurt, elle arrive à trouver un terrain d'équilibre. Sur ceux de fond, elle arrive à clarifier sa pensée et à l'enrichir considérablement. Sur la participation, il reste encore un chemin à faire, même si la mise en avant de son équipe et de sa contribution écrite à "3000 mains" a franchement de la geule ! J'aime.
Nous sommes sortis satisfaits de cette réunion. J'en suis sorti content. Très fatigué mais content. Je n'avais pas fait tout ça pour rien. Je n'étais pas ridicule. L'honneur est mieux que sauf, il était gratifié. On se sent fort dans ces moments. Ca s'éclaircit dans mon esprit et le Soleil cogne sur ma tête. Il est bientôt 14h. Je me tape un gros coup de Soleil. Comme à chaque fois qu'on croise Ségolène... Au final, je pense que si les militants se basent vraiment sur les contributions, sur le fond, comme ils le proclament. S'ils veulent vraiment défendre un texte cohérent qui donne au Parti Socialiste tout à la fois une vision et des solutions concrètes. S'ils arrivent à sortir des hypocrisies, des petites phrases et des faux débats que certains leur imposent. S'ils arrivent à mettre leurs aigreurs de côté et savent remettre leurs ego dans la poche. S'ils veulent prendre la peine de lire la contribution avant de la critiquer avec tous les a priori que cela comporte, alors la motion qui en découlera sera très certainement majoritaire tant elle est sérieuse. J'espère que les militants sauront être responsables et que le Parti Socialiste fasse de Reims une ville historique pour la Gauche en hérigeant une femme à sa tête, une ville résistante au Sarkozysme grâce à une équipe soudée, renouvelée et organisée et, en définitive, une ville de victoire pour la Gauche toute entière ! C'est pour cela que j'ai choisi de "Combattre et de Proposer" avec Ségolène Royal !
A critiquer volontier !
Thomas.
21 juin 2008
L'art excquis
Bonjour à toutes et à tous,
On avance, on va y arriver ! Vous avez bien entendu noté que je viens de créer une catégorie spéciale "Sarkozy", il ne me manquait plus que ça. Mais pour une fois ce nom n'est pas synonyme de superflux tant le nombre d'articles et de références à l'égard de ce personnage sont nombreux dans ces colonnes. On avance, je vous dis !
Sarkozy. Un ami me faisait remarquer, il y a quelque jours, la capacité que les gens ont, tous les gens sans aucune distinction ni de couleur, d'âge, de sexe, de religion ou encore d'orientation (politique biensûr !) à prononcer le nom de "Sarkozy" en une journée. Testez-vous, c'est fou quand on y pense ! Vous aussi, vous arrivez à parler de "Sarkozy" au moins une fois par jour ? Ne vous inquiétez surtout pas, vous êtes tout à fait normal. Nicolas, Nico, Nabot, Napoléon, Nicolas Ier, Sarko, Sarko-ci, Sarko-ça, t'as entendu Sarkozy ?, t'as vu Sarkozy ?... Peu importe qu'on l'aime ou le déteste, aucune sortie, aucun diner, aucune discussion avec sa famille, ses amis, ses collègues, ses voisins ne peut se faire sans passer par la case "Sarkozy". Il fait presque partie du patrimoine national. Mieux, c'est une tradition, une coutume. A quand les processions pour assurer de bonnes récoltes ? A quand le défilé de Sarkozy ? A quand la Saint Sarkozy ? Tenez, vous allez rire, je faisais une rencontre la semaine passée, avec quelqu'un que je connaissais plus ou moins mais avec lequel j'avais soigneusement évité d'aborder le sujet politique (pour une rencontre, ce n'est jamais très porteur la politique, pour peu qu'on soit de l'autre bord, ça casse tout de suite l'ambiance, d'autant plus que Sarkozy est un personnage très clivant. Moins aujourd'hui, il est vrai, tant il semble faire l'unanimité contre lui... Mais passons). Et bien j'ai appris quelque chose, tout comme Lagardère, si tu ne vas pas à Sarkozy, Sarkozy ira à toi ! Je ne voulais pas en parler, il est venu à moi tout seul, sans perche, sans même prononcer son nom. Et si on l'appelle trois fois, apparaît-il ? Je laisse les plus courageux (les plus fou ?) tenter pour moi l'expérience. Avec le Djinn Sarkozy, tout devient possible ! Mais attention, il ne se cache pas dans un diamant, rubis ou émeraude. Non, il vaut mieux chercher à brosser une rolex, un stylo plaqué ou un costume prada. Ca marche aussi avec Dior et D&G ! Les spécialistes ne seront pas dépaysés, tout se trouve toujours Place Vendôme ! Quel art excquis que celui de médire !
Sartre. Mais il y a mieux, "l'art excquis de comprendre sans comprendre" écrivait J.-P. Sartre dans Les mots. C'est fou la capacité qu'ont les Français à passer au dessus de l'essentiel. Je dis les Français, mais c'est parce que je connais beaucoup moins bien les autres. Peut-être est-ce une caractéristique commune à tous les êtres humains, voire vivants, je ne sais. Toujours est-il que je perçois chaque jour un peu plus ce sentiment de jouissance directe. Cette obscession devrais-je dire. Cette volonté de jouir "plus" que les autres, ou du moins tel qu'on s'imagine que l'autre jouis. Parce qu'au final, tout est question de représentation. Les humains se retrouvent tout à coup lancés dans une course effrénée contre un autre dont la jouissance serait telle, qu'il ne peut jamais l'atteindre. Du coup, il renchérit, se trouvant piégé dans un cercle vicieux duquel il ne peut sortir puisque sa vision est erronée et que l'autre ne jouit pas plus que n'importe qui... "Travailler plus pour jouir plus", ce solgan était en filigrane sous celui du "Président" et que le prochain se fasse élire avec un slogan du type "Jouissons maintenant" ne me parait pas improbable (lol). En tout cas, Sarkozy l'illustre bien et, en cela, représente bien les Français. Je parlais des valeurs d'aujourd'hui que je n'aimais pas avec un ami, le culte de la vitesse, le profit personnel au détriment des autres, la disparition du sens de l'honneur et de la parole... Malheureusement pour eux, tous ces gens n'ont pas compris que la jouissance instantanée, c'est comme le sucre, c'est comme l'énergie, c'est dix fois meilleur et dix fois plus fort et dix fois plus permanent quand c'est durable. Quand on résiste au mouvement, qu'on a le sentiment de pouvoir s'en affranchir à notre bon vouloir, quand on a même le sentiment de le contrôler par notre analyse en retrait. Bref, quand on maîtrise son monde en ne respectant que son propre calendrier et ses propres règles, c'est là une délectation sans fin, une jouissance permanente qui permet de profiter dix fois plus de la vie, en respectant les autres, que n'importe quel type de plaisir instantanée dont les effets disparaissent aussitôt. Beaucoup en ont conscience, bien peu peuvent prétendre le réaliser. C'est très difficile de lutter contre le courant, mais quel plaisir de pouvoir se dire qu'on en fait partie. Un art excquis vous dis-je !
Tout ceci pour vous dire que le plaisir est décuplé par l'instauration de règles. Savoir qu'on fait les règles est dix fois plus motivant que de tout pouvoir faire sans qu'il n'y en ait aucune. On ne parle pas de Sarkozy lors d'un premier rencard ! On ne touche pas les amis des amis, c'est sâcré ! Le bon sens qu'il faut remettre au goût du jour.
J'espère que vous avez compris malgré tout ;-)
A très bientôt, Thomas !
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