05 avril 2008
Le candidat ou la candidate
Bonjour à toutes et à tous,
Je vous prie avant toute chose de m'excuser pour ce long silence post électoral. Parfois, il vaut mieux se taire plutôt que dire des bêtises trop vite regretées. D'autres fois, il vaut mieux se mettre en retrait un moment pour pouvoir embrasser un plan plus large et donc mieux comprendre ce qui se joue, les non-dits, les sous-entendus, les coups tordus et finalement, pouvoir faire l'état des lieux des forces en présence. D'où part-on ? Dans quelle direction va-t-on ? Pourquoi ? Avec quelles forces ? Avec quelle méthode ? Avec qui pour nous guider ? Je ne pense pas me tromper de beaucoup en disant que quelqu'un de responsable a besoin de connaître la réponse à chacune de ces questions pour pouvoir aller de l'avant et progresser. Quand on ne sait plus répondre à l'une d'entre elle, on hésite, à deux, on doute, à trois, on s'arrête et on réfléchit. C'est ce que j'ai pu faire pendant ce mois. Et j'ai trouvé mes réponses.
D'où part la Gauche ? En ce début de mois d'avril, la tableau est clair, encore faut-il reconnaître plusieurs évidences. La première est que la Gauche est à la fois riche de sa diversité mais surtout forte de son unité. Partout où la Gauche était partie unie, elle a eu de grands succès. Je ne vous fait pas l'énumération des villes tombées, je pense que vous les connaissez. Il faut donc travailler à l'unité de la Gauche, en mettant en valeur et en respectant sa diversité. De l'extrême au centre gauche. Toute la Gauche mais rien que la Gauche. La deuxième réflexion qui me vient à l'esprit, c'est l'importance du travail à la fois des élus en place pendant leur mandature, ce qui leur a permis, bilan et projet portés ensemble, de conserver largement leurs cités, et des militants et candidats, sur le terrain, au porte à porte, avec les gens dans les villes conquises. Le travail, encore le travail, toujours le travail, avec énergie mais surtout avec constance. Balzac avait raison "La constance est la plus haute expression de la force". Il faut donc donner la priorité, à tous les niveaux dans tout ce que l'on fait au travail. Je dirais même plus, le travail ensemble, avec toutes les bonnes volontés ayant le même objectif, sans a priori. Il faut aujourd'hui réhabiliter le travail collectif, avec toutes les formations de la Gauche et différentes tendances à l'intérieur de ces formations, sans oublier bien sûr le travail participatif, avec les Français. Troisième remarque, les leaders qui ont gagné, étaient des leaders forts. Mais ils ne l'étaient que parce qu'ils arrivaient à faire travailler entre eux tout le monde. Le collectif renforçait le leader et portait plus loin sa parole, l'assurait sur ses arrières, c'est, à mon sens, ce qu'il a manqué pendant la campagne présidentielle. Ségolène Royal n'arrivait pas à faire travailler le PS comme la Gauche et la Gauche était, avec le PS, en incohérence avec la candidate. Les tords sont partagés à 50/50. Il faut donc faire émerger un leader ayant à la fois le tempérament mais aussi la capacité à faire travailler tout le monde ensemble, assurant le rassemblement nécessaire de la Gauche. Le dernier point, c'est la question des alliances. Ces élections ont confirmé l'inexistence d'un MoDem qui n'a toujours été qu'un loeur à mes yeux. Un coup à droite, un coup à gauche. Le MoDem s'est révélé être ce qu'il n'a jamais cessé d'être, un mirage créé de toute pièce par François Bayrou et pour François Bayrou. Un outil personnel, sans implantation locale, sans cohérence nationale et pour tout dire, une illusion plus qu'une force politique. D'ailleurs l'alliance Modem a souvent été l'alliance perdante, à Marseille, à Toulouse, à Metz, à Lyon entre autres. La Gauche de Gauche a pour sa part retrouvé une vigueur d'autant plus exceptionnelle que ces scrutins locaux sont d'habitudes très difficiles pour elle, vigueur que la plupart des dirigeants PS ont feint d'ignoré mais qu'ils ont bien remarqué. Par exemple à Quimper où la LCR a fait 15%, à Toulouse où les Alternatifs ont fait 10%, à Nancy la LCR et LO ont atteint les 10%, à Montpellier la LCR et les Verts ont pratiquement atteint les 20% ! Un cinquième du corps électoral ! A Thionville, Lutte Ouvrière a fait pratiquement 7% et c'est à la fois grâce à eux qu'un second tour fut possible et grâce à eux, appelant à battre le sortant de droite malgré l'humiliation infligée par un candidat de Gauche cachant son étiquette que ce dernier a pu l'emporter. Partout où on attendait le centre, c'est finalement la Gauche qui a permis la victoire. Je crois que ce comble mérite d'être aujourd'hui signalé et souligné ! La Gauche est bien vivante.
Dans quelle direction va-t-on ? Avec quelle méthode ? Pourquoi ? Je rajouterais même dans quel sens va-t-on, parce qu'avoir la direction c'est bien, mais qu'avoir le sens, c'est encore mieux... Plusieurs choses que j'ai déjà défendu ici me viennent à l'esprit. Tout d'abord, il faut que notre projet commun soit une vision. Nous sommes de bons gestionnaires, même s'il faut toujours le défendre. Nous avons des capacités et de l'énergie humaine, nous avons bien plus de talents que sur l'autre bord, même s'ils l'utilisent beaucoup plus contre eux que contre la droite. Des idées, ce n'est pas ce qui manque chez nous. Nous en avons beaucoup, les 100 propositions du Pacte Présidentiel et les milliers de propositions municipales en sont l'exemple le plus concret. Ce qui nous manque, au fond, aujourd'hui c'est la mise en cohérence de l'ensemble. Quel est notre projet de société global pour le pays et pour les Français ? Quel monde voulons nous pour nos enfants et nos petits enfants ? Quelles sont les grandes valeurs qui nous animent et vers lesquelles nous volons tendre, à défaut d'y arriver car nous savons tous qu'elles sont tellement grandes que nous ne pouvons les atteindre complètement ? Nous devons dessiner la société que la Gauche peut proposer aux Français en 2012. Nous devons peindre la France, l'Europe et le monde de ce siècle déjà bien entamé. Nous devons inspirer les Françaises et les Français. Ceci dit, cette vision ne doit pas être cause de rigidité comme ce fut le cas des grandes idéologies du passé. Le monde change et il serait stupide de vouloir revenir en arrière, un temps chimèrique où tout était parfait. Il serait stupide de vouloir empêcher toute évolution, on ne peut pas lutter contre le progrès, la nouveauté, le renouvellement, les modes, l'imprévisible. Il serait enfin stupide de vouloir le sanctuariser, synonyme de mort pour une nation. Pour cette raison, une fois fixés les valeurs et objectifs de cette vision, ce tableau de la société que nous voulons construire, il est important de laisser carte blanche à nos dirigeants qui arriveraient aux responsabilités concernant les moyens mis en oeuvre pour pouvoir commencer à concrétiser cette vision. Puisqu'il faut nommer une chose pour la clarifier, j'ai appelé ce concept "le pragmatisme visionnaire". Il est chargé de concilier nos valeurs et nos rêves parfois trop ambitieux pour pouvoir être réalisés d'un claquement de doigt et la politique de gestion quotidienne à laquelle sont confrontés nos dirigeants. Le temps des "ya qu'à" et le temps des "l'Etat ne peut pas tout" est révolu. Le nouveau compromis que j'ai défendu ici il y a quelque temps peut être considéré comme l'exemple le plus abouti de ces deux nécessités : faire rêver et répondre aux besoins quotidiens de chaque citoyen. Concernant les valeurs, j'ai déjà écrit beaucoup dans ces colonnes, et je continuerai à le faire durant les prochains mois : bien-être, changement, solidarité, savoir-vivre et vivre-ensemble, justice, lutte contre toutes les formes d'exclusion et d'autoexclusion pour préserver l'harmonie d'une société universaliste, réhabilitation de l'honneur... Autant de thèmes qui me tiennent à coeur et que je continuerai à défendre coûte que coûte.
Quelles forces pour porter ces valeurs ? Qui pour guider la Gauche ? Vous allez dire que je me répète. C'est vrai. Mais la répétition n'est-elle pas la clef passe-partout pour transmettre un message ? Adage bien connu des professeurs comme des conseillers en communication... Même si ces questions seront cruciales lors du combat qui s'ouvre avec ce Congrès du Parti Socialiste, début novembre, ce n'est pas la question principale et ça ne doit certainement pas le devenir ! D'ailleurs, et avant toute chose, je tiens à préciser qu'à mon sens, ce Congrès du PS n'est pas un Congrès comme les autres et qu'il convient de relativiser son importance. Il n'est qu'un préalable à un futur Congrès de la Gauche, citoyen, participatif et populaire, qui devra se tenir lors des prochaines années et qui aura pour but de la fédérer dans toute sa diversité. Je prendrai un soin particulier à examiner ce que chaque motion propose à ce sujet. Le but étant moins d'uniformiser la Gauche, rêve utopique et contre productif, que de créer une discipline globale entre ses différentes tendances, notamment au moment des élections nationales : législatives et présidentielles. Je fais de l'élection du candidat de la Gauche, et pas simplement du PS, à la présidentielle de 2012 au moyen de primaires à l'italienne une condition sine qua non de nos victoires futures. Le prochain Premier Secrétaire devra clairement se positionner sur ces deux sujets... A ce propos, on glose beaucoup depuis quelques temps sur le portrait de ce futur premier secrétaire... Doit-il être quelqu'un qui fait travailler le PS mais qui n'a aucune chance d'être présidentiable ? Doit-il être un présidentiable dès cette année ou faut il attendre le prochain congrès ? Avouez qu'une telle dichotomie est une preuve de plus de la désagrégation du parti et de son incapacité à se dépasser. Nous savons tous que celui qui deviendra Premier Secrétaire en novembre prendra une sérieuse option pour la candidature de 2012. Nous savons aussi que pour renforcer le PS et la Gauche, on a besoin d'un leader qui fasse travailler tout le monde ensemble et qui ait assez de caractère pour exister malgré tout. Pourquoi vouloir à tout prix séparer le présidentiable de celui étant capable de faire travailler le parti ? Peut-être parce que Bertand Delanoe et Ségolène Royal ne pensent pas avoir les deux qualités. Comment peuvent-ils dès lors prétendre à ce poste et à celui de Président de la République ? Deux fonctions qui font de ces deux points une nécessité... Le Parti Socialiste est-il à ce point en pénurie de talents pour ne se limiter qu'à ces deux gros ? Je ne le pense pas. Je pense par contre qu'il ne faut pas négliger les gens qui bossent mais qui restent dans l'ombre et que, de la même manière que Ségolène s'est imposée, alors que personne ne l'attendait là, entre Laurent Fabius et DSK en 2006, il faut miser sur la jeunesse et le renouvellement pour faire émerger une nouvelle figure ayant les deux qualités : travailleuse et rassembleuse à la fois. Ce n'est pas parce qu'on est pas présidentiable en 2008 qu'on ne le sera pas en 2010 ou 2012... De plus, à ce jour, je ne distingue pas vraiment ce qui sépare réellement Ségolène Royal de Bertrand Delanoe, même conception du monde, même conception des alliances, même style de vie, même rigidité qui les empêche d'avoir l'ouverture d'esprit, celle d'un François Hollande, nécessaire à l'exercice de la fonction de secrétaire... Je le dis franchement, je ne suis aujourd'hui emballé par personne. Mais vue les erreurs du passé concernant l'emballement, c'est peut-être une bonne chose que d'attendre et de faire confiance à sa raison. Celle-ci me dicte aujourd'hui de miser sur des gens modestes et sans prétention qui travaillement depuis des années, dans l'ombre, au service de la Gauche mais surtout des Français, qui assument leurs positions et ce qu'ils ont réalisé : les Martine Aubry, Julien Dray, Pierre Moscovici et Benoit Hamon, voilà l'avenir ? Il saura nous le dire...
Ca y est, c'est fini ! Ca y est, c'est reparti pour un tour ! Oui, on finit par s'en lasser... Mais allez leur dire !
A approfondir.
Thomas
13:57 Publié dans Autour du pot, Municipales 2008, Pierres pour l'avenir, Propositions, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ségolène royal, balzac, bertrand delanoe, congrès, parti socialiste, gauche, démocratie participative
25 février 2008
Tornade Blanche sur Metz
Bonjour à toutes et à tous !
Elle est venue, elle a vu, elle a parlé, elle est repartie. Mardi dernier, une tornade blanche a déferlé sur Metz. J'étais au coeur de celle-ci, ou pas très loin. Arrivée à la gare à 17h32, quartier nord de Metz à 17h45, meeting à 18h30, repartie 19h35... Un marathon. Mais plutôt que de m'étendre à vous conter un roman fleuve de l'escapade telle que vous avez certainement pu le lire dans la presse, j'ai préféré vous parler de ce qui m'a frappé personnellement.
La première chose : elle est belle Ségolène ! Elle fait partie de ces femmes dont on est obligé de décrire les longues jambes, la finesse des poignets et des traits du visage. Maquillage parfait. Doudoune blanche, toujours. Je sais, c'est rabajoie ! Je sais, ca ne fait rien ! Je sais, c'est ce qu'il y a dans la tête qui compte ! Je l'ai moi-même dit à une vieille dame, au centre sociale, qui sautillait à côté de moi en me tirant le manteau : "j'ai serré la mains à Ségolène !" - "C'est bien Madame !" - "Je lui ai serré la mains !" - "C'est bien Madame !!" lui répondis je une deuxième fois, avec un léger sourire en coin. Elle était euphorique pendant près de 5 minutes... On aurait dit une petite fille qui venait de voir le Père noël. Je ne savais plus quoi répondre. Quand elle me dit : "Elle ferait une belle présidente hein ?" J'ai répondu d'un ton cassant mais amusé : "Mais Madame, ce n'est pas ca qui compte ! C'est ce qu'elle a dans la tête !". La vieille dame se calma un instant avant de reprendre "Je le sais bien, mais quand même elle est belle !" .... Et elle repartit... C'est comme ça, c'est une belle femme. Tellement belle que cela en devient presque un inconvénient au milieu des politiques éléphantesques de la région. Coincée entre Michel Liebgott, Jean-Marc Todeschini et Jean Pierre Masseret, Ségolène Royal suivie pas à pas par Aurélie Filipetti et Delphine Batho dans la salle des syndicats parait bien seule. Le contraste est saisissant : trois femmes, belles et jeunes (ben oui) devant de corpulents syndicalistes aux voix tonitruantes. J'ai même aperçu certains d'entre eux rougir au moment de la remise du cadeau, en fin de discussion. Je restais silencieux mais j'avais du mal à cacher un petit sourire... Le directeur de campagne et le président de l'Université de Metz ont été jusqu'à se chamailler amicalement pour remettre à la Belle son menteau, on aurait dit deux coqs se battant pour avoir les faveurs de la... poule aux oeufs d'or ? lol Dernière chose frappante, le ballotage de Ségolène. Il n'y a rien de politique là dedans, simplement on aurait dit une poupée qu'on guide en permanence. "Ségolène par ici, Ségolène là !", "Ségolène tu montes dans celle-ci!", "Ségolène vas au soutien scolaire!", Ségolène ci, Ségolène ca... Une poupée qu'on balotte de rue en rue, de salle en salle, de réunion en réunion. Une fois en situation, tout ce petit monde s'éclipse et la laisse parler, faire son petit topo, dérouler son speech, bref : dire ce qu'elle a a dire ! Et tout le monde écoute dans un silence d'autant plus assourdissant que sa voix fluette monte difficilement et que la moindre sonnerie de téléphone portable peut parasiter une prise de son pour un micro de radio ou de télévision... Populations, candidats, politiques, militants, journalistes, syndicats, tous au même niveau : elle parle, on se tait.
J'ai eu l'occasion de discuter avec plusieurs personnes, et non des moindres, bien qu'elles ne soient pas forcément les plus en vue. Le garde du corps de Ségolène par exemple. Un grand monsieur. Il était habillé d'un menteau bleu marine à col ouvert dessinant autour de son cou une sorte de colorette renaissance sur un costume bien de notre époque. Des cheveux argentés et ondulant coiffent un visage fin, une voix bien du sud pare un sourire en coin permanent. Impassible au milieu d'une foule sans cesse en mouvement, il semble s'amuser de tout ce théâtre qui se répète chaque jour. Les décors changent, les situations, les mots, les gestes restent les mêmes. Il a un petit côté Michel Barnier, le caractère hautain en moins. Je parlais de la Fête de la Rose de Melle avec une femme de candidat (modem lol !), quand il s'approcha, regard gourmand. Il en avait des choses à dire ce monsieur qui voyait tout sans jamais se faire voir, qui était partout sans jamais dire un mot, qui écoutait tout sans jamais qu'on lui adresse la parole. Un fantôme à côté d'une femme dont l'aura éblouit les gens à tel point qu'ils n'apercoivent même pas son plus fidèle compagnon. Un ange gardien peut-être. "Désirs d'avenir ?" me demanda-t-il. Mon "oui" tout aussi intrigué qu'il était impatient fut pour lui comme un déclic. Il passa dix minutes à me raconter les bousculades, les mains baladeuses et les caméras indiscrètes qui entourent chaque déplacement de Ségolène. Les violences aussi, par des journalistes gloutons d'images sur un petit garçon de 8 ans dont la tête fut projetée contre une vitre à Vaux-en-Velin, par un passant un peu trop curieux qui tenta de filmer sous les jupes de Madame, par le couple Balkany la veille à Levallois-Perret. Ségolène, c'est une tornade. Elle est le roseau, il est le chêne. Je profitais du seul moment de répit des deux heures pour poser des questions un peu plus difficiles. Ségolène Royal était-elle dans la vie et avec son employé si stricte et cassante qu'elle paraissait dans les médias. Je sentis alors un temps de réflexion de quelques secondes, j'imagine qu'il a dû se demander s'il avait affaire à un militant passionné ou à un journaliste un peu trop curieux. Il me regarda droit dans les yeux, de trois quart, avec un sourire pincé qui en disait long sur le questionnement intérieur. Et finalement, il se lança. Il ne nia pas la dureté, ni le caractère cassant. Il répondit simplement :"Elle est très exigente, mais elle est juste" et s'empressa de nuancer "elle a énormément d'humour". Ségolène sort alors de la salle de réunion, les talons claquant sur le sol était le signale que la tornade blanche allait repartir. Le monsieur s'éclipsa et la foule se remit en mouvement. Singulier monsieur.
Ma dernière petite remarque concerne le sentiment ambivalent, en tant que membre de Désirs d'Avenir, d'être à la fois snobé par les autres socialistes et mis en avant par nos camarades. Après de multiples communications avec Paris, avec des responsables de Meurthe-et-Moselle, du Jura, de Metz et bien entendu de Moselle d'avenir Thionville, notre feuille de route était claire, les passes étaient là, tout le monde était au courant. Pour interpeler n'importe qui, on disait "Désirs d'avenir" aux députées et à Ségolène elle-même et toutes les portes s'ouvraient. Elles nous regardaient, arretaient quelques minutes et prenaient le temps de répondre. L'acceuil a été très chaleureux par les autres DA que nous ne nous connaissions pourtant pas et qui nous ont bien aidé dans notre route.
De l'autre côté, les vents et les fins de non recevoir pleuvaient. Alors que tout était ficelé, je me rendais une première fois au QG de campagne de Dominique Gros où on m'avait dit de me présenter comme membre de DA. Après nous avoir dévisagé de haut en bas, on nous demanda avec un certain mépris dans le ton, "c'est quoi DA ?". Après avoir expliquer qu'on devait filmer la venue de Ségolène à Metz, on me répondit dans un rire "vous devez ? Il faut d'abord demander si vous pouvez !" Ni une ni deux, je relançais aussi sèchement et sûr de moi : "Non non, vous avez bien entendu "on doit"", et d'enchainer non moins sûr : "ce n'est pas moi qui le dit, c'est Ségolène Royal et c'est le Désirs d'avenir national qui m'a demander de me présenter chez vous". Les visages se sont alors fermés et tout le monde s'est volatilisé. Un bon quart d'heure plus tard, le directeur de campagne de Dominique Gros qui nous a reçu, nous a donné sans plus d'explications deux feuilles résumant le parcours qu'elle ferait en soirée, heure par heure, minute par minute... Nous sommes repartis sans trop poser de questions en imaginant qu'ils étaient tous sur le pied de guerre pour l'acceuillir et fatigués par la campagne finissante. Je contactais alors le reponsable Désirs d'avenir de Metz pour l'informer de ce que nous devions faire, il était au courant, lui. Une réunion fut donnée à 16 heure au QG. L'acceuil était cette fois-ci très chaleureux cette fois, mais uniquement par des DA. Conversations amicales et présentations s'enchainaient quand le directeur de campagne est reparu dans la salle, la reponsable de DA Metz lui cria tout sourire, "Ah Antoine, c'est la caméra de Ségolène ! de Désirs d'avenir !", il répondit d'un "ouaiiiiiiii, je sais...." lapidaire et plutôt agacé. Elle lui demandait une place dans le bus officiel pour que je puisse suivre le déplacement et tout filmer. "Ya pu d'place !" répondit-il sur le même ton sans nous regarder. Je me sentais à la fois géné et à la limite de la désillusion. J'étais dans la position inconfortable de l'intrus.
Je n'ai pas insisté, je partais en direction de la gare et contacta le sympathique Philippe du DA national. Après lui avoir raconté la situation, il me rassura et me rappela pour m'informer qu'il venait de briefer Aurélie Filipetti au sujet du bus. Je dois lui sauter dessus à sa sortie du train, j'ai un créneau de 3 minutes pour trouver une place. Quelques minutes avant l'entrée en gare, je ne savais toujours pas comment tout cela allait se passer, sinon que ça irait très vite. Le train arrive, tout le monde se presse, on suit la foule. Luc filme, je vois Ségolène descendre, pas d'Aurélie, la foule commence à se déplacer, je commence à pousser, je m'appuie sur le TGV pour m'approcher de l'entrée. J'ai le vide sous mon pied. Aurélie descend, je lui saute dessus, "Bonjour Aurélie, je suis Thomas, DA, je dois filmer, il me faut une place dans le bus". Un mot au directeur de campagne qui nous avait snobé deux fois en une journée, un grand sourire à Aurélie et deux places dans le bus, carte de presse etc... tout est tombé d'un coup et sans réfléchir on s'est laissé emporté par la tornade comme si on en faisait partie. Dans le bus, entre députés et candidats, je me sentais intrus, je me demandais s'ils s'étaient tous aperçus que nous étions là. Du coup, on a parlé avec le candidat modem(et oui encore lol) et puis avec ceux de Désirs d'avenir et les autres socialistes qui ne disaient rien mais devaient nous prendre pour des conseillers ou des journalistes ou je ne sais quoi encore.... Une femme nous a demandé qui nous étions mais je ne sais si elle a vraiment compris. Autant Désirs d'avenir est un passe partout avec les ségolènistes, autant c'est une entrave avec tous les autres. J'ai bien senti la différence que je ne percevais pas si forte auparavant. A chaque fois qu'on disait DA, on nous répondait "mais vous êtes au PS qd mm ?" Ma situation étant ce qu'elle est, on se sentait coincé entre deux murs au beau milieu d'un torent. On nous a laissé faire ce qu'on avait à faire. Mais on a bien senti que tout était au bon plaisir du prince, ou en l'occurence, de la princesse du jour.
Voilà pour les anecdotes de la semaine. La semaine prochaine je suis à Montbeliard pour la réunion DA Grand Est, je vous confierai mes impressions. Dimanche Arlette Laguiller est à Metz, je vais l'interviewer et lundi 3, c'est au tour de François Hollande de battre le pavé messin... Semaine politique chargée !
A encourager !
Thomas
20:32 Publié dans Autour du pot, Municipales 2008, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ségolène royal, nicolas sarkozy, stylo, roumanie, metz, dominique gros, arcélor-mittal
11 février 2008
Et si l'Europe m'était comptée ?
Bonjour à toutes et à tous,
Et si l'Europe m'était comptée ? C'est la question sur laquelle je me suis surpris à réfléchir cette semaine. Le Parlement sensé représenter la nation française a largement voté un Traité qui n'est autre que la Constitution européenne rebaptisée. Réaction en forme de coup de geule longuement réfléchi.
Le coup de poignard dans le dos qu'ont reçu cette semaine la démocratie et tous les démocrates, avec l'adoption de la Constitution Européenne par le Parlement, contre le choix du peuple, seul détenteur du pouvoir souverain, n'est plus un signale d'alerte mais un coup de grâce porté à l'encontre de l'Europe. Parce qu'en définitive, qu'est ce que l'Europe sans les Européens ? Sans les citoyens qui la composent ? Sans les valeurs de liberté de choix, dire oui ou non à une constitution par exemple, et de démocratie, une personne une voix, qui fondent notre civilisation occidentale ? Comment pourrons-nous nous regarder dans la glace après cette affaire ? Comment aurons-nous encore la légitimité pour faire la morale au monde, nous faire les chantres d'une démocratie que nous ne pratiquons que quand elle va dans le sens des élites ? Comment nous regarderons les autres, quelle autorité morale aurons-nous encore pour parler de démocratie ? Cette semaine nous avons dépassé la démocratie. Certains nous disent que c'est pour le meilleur mais je me méfie toujours des gens qui prétendent savoir mieux que moi ce qui m'est bon. On nous disait déjà ça à propos du CPE en 2006, entre autre... Quand on commence à dire qu'on est plus à même de décider que le peuple, alors on prend une sérieuse option pour un autre type de régime auquel je n'ose penser.
Outre ce dépassement inquiétant, j'ai envie de mettre les partisans de cette Constitution en face de chiffres et de pratiques inacceptables, en face de leurs contradictions. 62 % des Néerlandais ont déjà rejeté ce texte en 2005, il n'y a même pas 3 ans. D'autres Européens ont été privés d'un référendum pourtant promis : leurs dirigeants avaient peur d'un résultat négatif de plus. En France, nous avons été 55% à rejeter ce texte. Remarquons qu'il s'agit d'un résultat plus net que celui de l'élection de Nicolas Sarkozy et ses petits 53%. Dès lors, peu importe que le Parlement représente la France ou pas : comme l'a justement fait remarquer François Hollande, seuls les Français peuvent refaire ce qu'ils ont défait. Comme le disait Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, deux textes identiques ne peuvent pas être soumis deux fois aux Français, surtout dans un intervalle de temps aussi court. Il ne faut pas s'en tenir aux institutions. Il faut reprendre l'Europe concrète, celle des projets, l'Europe par la preuve. Il faut mettre momentanément de côté l'Europe institutionnelle. Les vents tournent et les vestes se retournent... Les mêmes tentent aujourd'hui de justifier précisément le contraire de ce qu'ils nous ont vendu des mois durant. Et si l'élection de Sarkozy rend toute critique de ce faux "mini traité" impossible alors pourquoi encore continuer à s'opposer à la multitude de réformes toutes plus archaïques et rétrogrades les unes que les autres ? Parce qu'il a été élu nous devrions abandonner tout ce que nous avons défendu pendant des mois devant les citoyens ? Abandonner des convictions et des idées qui, en plus d'être populaires dans l'opinion française ET européenne, plaçait la démocratie au dessus de toute autre considération ? Je ne veux pas croire que le citoyen expert et la démocratie participative n'aient été que manipulation de la part de l'establishment socialiste. Moi, j'y crois. Je me suis battu depuis des années pour ces idées. Je continuerai à combattre pour elles, parce qu'elles sont bonnes, justes et modernes.
On ne peut pas faire autrement ? "Si vous ne pouvez rien faire, alors pourquoi voulez vous devenir Président ?" Ségolène Royal, le 2 mai 2007, durant le débat télévisé. Si on ne peut rien changer, alors pourquoi faites vous de la politique ? Le changement "we can believe in", le respect des engagements "yes we can !".
Une Europe illégitime est née cette semaine. Ce diktat européen n'est pas acceptable. Ce passage en force, ce 49.3 de l'Europe, ce court circuitage du vote démocratique est illégal. Nous entrons dans l'ère de l'Europe Illégale. Je combattrai cette Europe et ses pratiques. Je n'accepterai jamais cet état de fait. Je considèrerai tout ce qui émanera de cette Europe comme tout aussi illégal que ses propres institutions. On a assassiné mon Europe cette semaine. Pire, on a piétiné la démocratie. Nous sommes bel et bien en résistance.
Revanche !
Thomas


