01 février 2008
L'Arc-en-ciel effondré
Bonjour à toutes et à tous,
Ca y est, ce qui devait arriver est arrivé : l'Arc-en-ciel s'est effondré ! Ses 7 couleurs si dissemblables se sont désolidarisées. Sa clef de voûte a cédé. Il ne reste plus aujourd'hui d'Iris qu'un pâle souvenir, celui d'un rêve improbable, celui d'un espoir déçu de plus. Après l'échec de la refondation du travaillisme britannique, dont le soutien à Nicolas Sarkozy démontre, s'il le fallait encore, la dérive conservatrice, après la défaite historique des sociaux-libéraux suédois dont le "modèle" était devenu un étendard pour tous les libéraux de gauche, avant l'échec annoncé du socialisme autoritaire espagnol aux prochaines législatives de mars, le dernier modèle possible de la Gauche de gouvernement, l'Arc-en-ciel italien, vient tout juste d'être liquidé en bonne et dûe forme. Cet effondrement marque la fin d'un cycle pour la Gauche européenne en général, pour la Gauche Française en particulier. Je le redis une fois de plus, il va falloir tout reprendre à zéro, tout réinventer : valeurs, idées, stratégies. Soyons exigents avec nos hommes et femmes politiques, ne laissons rien passer, c'est le moment d'affirmer ce que l'on veut et ce qu'on ne veut plus. La marche vers le pouvoir s'annonce longue et difficile pour nos valeurs, le changement dans la vie quotidienne des gens d'autant plus lointain...
L'impossible arc-en ciel. Tout le monde semble s'étonner de la chute du gouvernement Prodi, comme si personne n'aurait pu le prévoir ! Pour une certaine Gauche Française, la coalition Prodi était devenu plus qu'un modèle, un emblème, une ligne... On est tout de même en droit de se demander si un modèle dont l'espérance de vie ne dépasse pas deux ans peut encore être qualifier de "modèle" ? Toujours est-il qu'il l'était devenu, notamment pour son Arc-en-ciel. L'Arc-en-ciel était en fait le surnom de l'Unione : un agrégat des plus baroques rassemblant sous une même bannière toutes les formations de la Gauche italienne allant des anciens communistes aux centristes catholiques en passant par les socialistes. Il était devenu le symbole de l'ouverture de la Gauche au "Centre" et de la lutte contre le système Berlusconi. Le représentant de cet Arc-en-ciel, Romano Prodi avait été désigné par des primaires ouvertes non seulement aux militants mais également aux sympathisants de toutes les Gauches moyennant contribution et signature. C'est ainsi que plus de 4,3 millions de personnes ont élu Romano Prodi candidat de leur camp à la Présidence du Conseil italien, rendant légitimement un peu de pouvoir aux citoyens. En plus de l'élan politique donné au candidat élu (et non désigné), cette primaire constitue une véritable bouffée d'air démocratique dans le monde actuel. C'est ce qu'on appelle depuis : les "Primaires à l'italienne". On voit bien ici pourquoi certains, en France, tentent de capter à leur profit toutes ces nouveautés, ou plutôt ces tentatives de nouveautés puisque l'échec est, au final, d'autant plus singlant. Tiraillée entre ses multiples tendances et sous tendances, la coalition s'est révélée plus efficace à prendre le pouvoir qu'à l'exercer. Ceux qui avaient érigé le gouvernement Prodi en modèle doivent aujourd'hui en tirer toutes les leçons...
Retour vers le futur. Et si l'Arc-en-ciel n'était, en fin de compte, que le pendant Francais de la "Gauche plurielle" à la sauce italienne ? Et si l'union des Verts, du Mouvement Citoyen, des Radicaux de Gauche et des Socialistes était cet Arc-en-ciel français ? Une différence il est vrai, la cohésion politique de la coalition française et l'orientation de son programme, donc son efficacité globale (même si on peut critiquer la dite orientation). Et si Romano Prodi, que tout le monde a pris pour symbole de la Gauche européenne moderne n'était finalement qu'une pâle copie de notre Jospin national ? Austère, compliqué, sans grand charisme et à l'âge avancé. Capable, certes, mais incompréhensible. Diplomate c'est certain, il faut l'être pour diriger une coalition aussi diverse autant que la Commission européenne, mais décidément pas convainquant. Lionel Prodi, Romano Jospin ? Et si ce qu'on prenait pour un modèle d'avenir n'était que nostalgie de notre propre passé ? Bien entendu, l'architecture des institutions italiennes sont différentes, bien sûr que la durée de gouvernement et les obstacles que les deux gouvernements ont rencontré ne sont pas tous les mêmes (quoi que, le Pacte Civil de Solidarité et les problèmes du système éducatif me rappellent quelques souvenirs...) mais je crois qu'on peut dire sans sourciller que la chute de Prodi représente l'échec de la Gauche plurielle italienne tout comme la chute de Jospin a été celle d'un Arc-en-ciel français qui ne disait pas son nom.
Ce que je retiens (sic). Toute alliance stratégique permet d'obtenir le pouvoir mais pas forcément d'exercer le changement attendu par l'électorat, par les citoyens. Or le changement est le but premier du combat politique. Ce qui est une force pour faire tomber l'adversaire devient une faiblesse au moment de gouverner. L'hétérogénéité d'une coalition signe l'immoblisme de son action. Pour pouvoir mettre en place le changement attendu, il faut par conséquent une force homogène et rassemblée derrière un porte-parole, et non un chef. De la même manière, on ne parlera pas non plus de "discipline" à l'égard d'un chef, c'est au porte-parole de convaincre d'abord son propre camp : on ne peut pas obliger des citoyens à penser certaines choses plutôt que d'autres. Ce n'est pas parce que, dans un Parti, une majorité de militants choisissent une ligne que ceux pensant différement doivent taire leurs convictions. Au contraire, la force d'un Parti tient à la vigeur de sa démocratie interne. Dans une démocratie, il y a débat permanent et différentes positions qui sont toutes légitimes. Si l'Arc-en-ciel, dans sa conception actuelle consistant à résumer l'innovation par l'intégration de centristes introuvables à une coalition déjà bien fournie en formations comme en idées, introduisant une division suplémentaire dans le système de valeurs de la Gauche, est naturellement perçu comme une belle image, il ne faut pas oublier que celle-ci ne permettra en rien, une fois aux responsabilités, de masquer l'immobilisme qui est inscrite dès sa formation. Enfin, l'expérience de la "Primaire à l'italienne" m'apparait quant à elle concluante. Elle va tout à fait dans le sens du Nouveau Compromis, recules économiques contre avancées démocratiques, que j'essaye de vous faire partager.
Ce qu'il faut à la Gauche pour à la fois conquérir le pouvoir et exercer réellement le changement c'est donc un rassemblement sur un programme et non sur un calcul politique ou sur une entente éphémère. Une alliance politique et non une alliance stratégique ou personnelle. La déception et les désillusions que produisent chez les électeurs une mauvaise politique, une politique immobile, est certainement beaucoup plus grave qu'un échec à une élection. Au moins, quand l'adversaire gagne, on sait toujours à quoi s'attendre...
A suivre...
Thomas
22:25 Publié dans Europe et pays européens, Institutions, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Romano Prodi, Primaires, Arc-en-ciel, Centre, MoDem, Gauche Plurielle, Lionel Jospin
24 janvier 2008
Pour un Nouveau Compromis
Bonjour à toutes et à tous,
L'actualité est lourde depuis quelques jours : passage en force sur la constitution européenne, licenciement purement financier de 600 à 700 personnes chez Arcelor-Mittal à Gandrange en Moselle, démocratie participative mise à mal par ses propres promoteurs, crise boursière internationale, fraudes bancaires de plusieurs milliards à la Société Générale, la mondialisation qui impose en toile de fond ses conditions aux Etats, rigidité et inadaptation de nos institutions... Autant de phénomènes ou de nouvelles qui me conduisent à réfléchir aujourd'hui sur la possibilité d'un Nouveau Compromis.
Une "modernisation rétrograde" de notre pensée économique et sociale. Cela m'amuse toujours beaucoup de voir, en particulier à gauche, quelques grandes figures nous expliquer que la modernité c'est d'être plus fexible, plus mobile et finalement que la sécurité de l'emploi est quelque chose d'archaïque. L'Homme a, de tout temps, eu pour première préoccupation sa sécurité. Cela fait partie de son instinct. Il en a besoin. C'est une nécessité. Dès lors, depuis quand être plus moderne c'est être moins humain ? Depuis quand la flexibilité et la mobilité favorise-t-elle l'épanouissement d'un homme au sein d'une société dans laquelle il doit, pour y parvenir, tisser et entretenir des liens d'amitié et interpersonnels forts, dans laquelle il veut fonder une famille solide et la protéger ? L'homme, pour être heureux, a besoin de sécurité et de stabilité. La vraie question qui se pose alors est la suivante : est-ce archaïque que d'être heureux ? On pourrait le penser si on les écoutait sans réfléchir un peu...
Pour ma part, j'estime cette prétendue modernité qu'on nous vend à longueur d'émissions télé, de journaux ou de slogans politiques inhumaine et par conséquent rétrograde. La modernité, aujourd'hui, c'est l'employé klinex, l'ouvrier, le mineur malade d'une vie de labeur et mourrant quelques années avant ou après sa retraite, les cadres à code-barre. "Je sens bien qu'on a pressé l'orange, il faut que je pense à sauver l'écorce" écrivait Voltaire à propos de Frédérick II de Prusse peu avant sa fuite du Sans-souci de Potsdam. Cela pourrait être l'état d'esprit du travailleur du XXIième siècle. Dépersonnalisation totale des travailleurs et interchangeabilité des postes sont devenus la règle. La mobilité est devenue horizontale, on sort d'une entreprise quasiment au même niveau que celui par lequel on y est entré et les perspectives de carrières se réduisent drastiquement. Un fils de PDG devient PDG à son tour, même s'il n'en a pas ni les qualités ni les capacités. Un fils d'employé deviendra employé à son tour, même s'il a plus de capacités que son père et que son PDG réunis. Toute remise en cause du système est interdite, ce serait cracher dans la soupe (nous dit-on). Acceptez votre condition telle qu'elle est, vous vivrez plus heureux. Le profit doit être décomplexé, la consommation à outrance assumée, l'entreprise c'est la liberté... Et mon cul, c'est du poulet ? Voilà la réalité, mais est-ce vraiment une modernité ? Je ne le crois pas.
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Le délitement de notre démocratie. La mondialisation influe sur notre économie et notre société mais provoque également un certain nombre de modifications de nos systèmes de gouvernement. Si la démocratie représentative était certainement le meilleur moyen de gouverner la France des années soixantes, force est de constater qu'avec la troisième mondialisation, le transfert de pouvoirs fondamentaux aux institutions européennes et le raidissement des institutions de la Cinquième République depuis quelques années, elle semble aujourd'hui totalement inadaptée aux nouveaux enjeux. Elle ne se suffit plus à elle-même et doit être approfondie. L'équilibre national est rompu, les personnes que nous élisons n'ont plus le pouvoir de changer les choses mais seulement d'appliquer les directives européennes, les résolutions des grands sommets et des grandes institutions internationales. Les membres de ces institutions ne sont pas élus ou tellement indirectement que le sang démocratique s'est dissout dans les veines administratives. C'est la définition même de la Technocratie, le pouvoir aux techniciens et aux diplomates sans légitimité populaire aucune.
Aujourd'hui, la réalité du pouvoir n'appartient plus aux citoyens. C'est un fait. La réalité du pouvoir appartient à des gens nommés opaquement et dont le pouvoir n'est pas réellement contrôlé. Le pouvoir est à la Commission européenne qui gère la machine administrative. Il est à la Cour de Justice de l'Union qui fait la loi et juge les Etats. Il est à la Banque Centrale Européenne qui dirige la politique monnétaire librement. Sans oublier les Conseils d'Administration des grandes entreprises et grand organismes internationaux comme le Fond Monnétaire international, la Banque Mondiale, l'Organisation Mondial du Commerce, qui orientent réellement notre politique économique... Le citoyen ne fait qu'élire des gens chargés de nommer aux fonctions ces techniciens, ces diplomates. Ils sont aussi chargés d'appliquer les décisions prises en haut, ou plutôt à faire passer la pilule des recules qui sont entrepris dans les domaines sociaux et culturels. On amuse les citoyens grâce à des Coupes du monde, des Jeux Olympiques. On détourne leur attention par des appats comme la vie sentimentale du chef de l'Etat ou des débats sociétaux mineurs comme le "mariage pour tous" ou le débat sur les OGM qui, même s'ils sont en eux-mêmes importants, ne sont pas fondamentaux pour définir le modèle de société globale que nous voulons créer... Panem et circensis. Du pain et des jeux. Paul Veyne avait donc raison... Nos élus servent enfin de fusibles, de soupapes, qui protègent ceux qui tiennent la réalité du pouvoir : ceux d'En-Haut. Finalement, je l'écris sans avoir le sentiment d'exagérer, on peut dire qu'aujourd'hui le pouvoir des citoyens est en train de leur filer entre les doigts. Ce n'est pas la dictature, le despotisme ou la monarchie qui nous menace, c'est la soumission des élus aux dirigeants économiques et aux techniciens du pouvoir, aux spécialistes : la Technocratie.
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Le Nouveau Compromis. Mon sentiment est qu'on ne peut pas imposer des recules économiques et sociaux, parce qu'il s'agit bien de recules que cette prétendue modernisation, sans compensations. Celles-ci, je ne les vois que dans des réformes démocratiques. Plus de démocratie dans le fonctionnement de notre République. Plus de démocratie dans le fonctionnement de l'Europe. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos entreprises. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos administrations locales, nationales, continentales et internationales. Il ne faut pas avoir peur de l'avis des citoyens. Il ne faut pas avoir peur du vote. La démocratie n'a pas peur du peuple.
Concrètement, un droit du travail plus souple appelle un fonctionnement de l'entreprise plus démocratique. Pour laisser l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale, voire les membres de l'Assemblée de l'ONU eux-mêmes, continuer à nous imposer de nouvelles règles, il faut que ses dirigeants soient directement élus par les citoyens du monde. Pour que l'Europe puisse continuer à marcher et ses décisions acceptées par les citoyens, il faut que la Commission soit élue par le Parlement européen, que ce soit le Parlement qui fasse la loi et vote le budget et que la Banque centrale européenne soit rattachée directement à la Commission européenne. Il faut enfin que la légitimité du Parlement Européen soit renforcée par une date unique des élections législatives européennes et des droits de veto sur les décisions de la Commission, de la Cour de Justice, de la BCE et pourquoi pas du Conseil Européen !
Au niveau national, pour qu'on accepte les décisions du Parlement, il faut qu'il représente la société. Il faut un Parlement élu, à la manière allemande, à 50% au scrutin majoritaire, à 50% au scrutin proportionnel. Il faut également clarifier les pouvoirs. Qui fait quoi ? Clarifier les pouvoirs des gouvernements par rapport aux insitutions internationales, par rapport à l'Europe. Clarifier les pouvoirs du chef de l'Etat par rapport au Premier Ministre et aux Ministres. Les pouvoirs de l'Assemblée par rapport aux deux précédents. Localement, comme le souligne le rapport Attali, il est évident que le département, même s'il suscite beaucoup de passions, n'est plus un espace adapté à une France moderne. Devenu l'antichambre du Sénat, ils sont de véritables maisons de retraites politiques provinciales... C'est la Région qui devient le maillon essentiel entre l'Etat et les Communes. Les compétences des départements devraient donc être distribuées entre Communes et Régions. Les Communes françaises sont aussi beaucoup trop nombreuses, leur nombre doit être réduit par leur fusion dans le cadre des Pays, territoires de projets, territoires historiques, et non dans les communautés d'agglomération comme le suggère le rapport Attali. Cela me paraîtrait plus judicieux.
La prise de décision doit enfin se démocratiser. A la démocratie représentative, deux niveaux de démocraties doivent être ajoutés. La démocratie participative à tous les niveaux : mondial, continental, national et régional. Par démocratie participative j'entends la construction d'un dialogue constant entre citoyens et élus (et non techniciens ou experts !) afin d'améliorer l'adaptation des projets pour lesquels ils ont remporté la majorité des suffrages, aux réalités du terrain. Au niveau local, je suggère la création de véritables Cités, avec un pouvoir plus direct, notamment pour le budget de la ville et pour les grands projets urbains au centre comme en périphérie. La place du Conseil Municipal doit être reforcée et rééquilibrée par rapport à celle du Maire. Il doit devenir la clef de voûte garantissant l'équilibre entre la direction citoyenne et l'incarnation de la cité qu'est le Maire.
Je pense que ceux qui croient pouvoir faire accepter, avec cette prétendue modernisation de l'économie, avec ce transfert toujours plus important des pouvoirs de la nation à des institutions européennes et mondiales non-élues, sans donner plus de capacité, de droit de regard, de pouvoir de décision aux simples citoyens, se trompent lourdement. L'exemple le plus représentatif étant la manière dont l'Europe est en train de baffouer le vote démocratique des citoyens sur la Constitution Européenne. Les citoyens regardent, s'informent et n'accepteront pas tout indéfiniment. Ils ne sont pas stupides et perçoivent très nettement ce déséquilibre. En ce début de XXIième siècle, qui l'eut cru, c'est la démocratie qui est en danger. Un Nouveau Compromis s'impose : recules économiques contre avancées démocratiques.
En définitive, deux questions sont ici posées. La question de la modernité tout d'abord. Qu'est ce que la modernité ? Je répondrai simplement que la modernité est le moyen du changement. La modernité, c'est ce qui permet de rendre le plus grand nombre de personnes heureuses. Elle doit être le but unique du combat idéologique et politique. La question de la démocratie ensuite. Qu'est ce que la démocratie ? La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Tout autant que d'ignorer l'avis des citoyens, baffouer leurs choix est aussi baffouer la démocratie.
A Réfléchir, à enrichir, à voir...
Thomas
23:10 Publié dans Europe et pays européens, Institutions, Propositions, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mondialisation, Démocratie, Modernité, Europe, Institutions, Paul Veyne, Voltaire
17 janvier 2008
Le potentiel de Bien-être
Bonjour à toutes et à tous,
Ces jours-ci, du côté des Français, on entend beaucoup parler de "pouvoir d'achat". Ils ne seraient pas content du leur... Quelle Surprise ! De son côté, le Président qu'ils ont largement élu applique le programme pour lequel il l'a été : franchises médicales, poursuite des privatisations sauvages, suppression de la durée légale du temps de travail, paquet fiscal de 15 milliards d'euros aux plus riches... Il se voulait le Président du "pouvoir d'achat", il se retrouve Président de ceux qui l'ont déjà. Facile me direz-vous. Je vous répondrai qu'on a le Président qu'on mérite et suggère à ceux qui se réveillent aujourd'hui de lire les programmes la prochaine fois, on ne sait jamais, ca pourrait éviter quelques surprises... Allez, j'arrête ici les injonctions sur des faits qui appartiennent aujourd'hui au passé. Il ne sert à rien de le refaire, c'est une perte de temps. Prenons simplement note pour la suite et réfléchissons ensemble pour demain, seule chose qui compte.
Aujourd'hui : le "pouvoir d'achat". Nicolas Sarkozy voulait être le Président du "pouvoir d'achat". Formule d'autant plus singulière qu'elle est combinée avec la fonction de magistrat suprême du pays. Apparament, elle n'a surpris personne. Et pourtant, elle est lourde de sens... Qu'est ce que le "pouvoir d'achat" au fond ? Si le pouvoir c'est d'avoir la capacité, l'autorité, la possibilité, le droit aussi, de "faire" et si l'achat est l'action d'acheter, ce qui sous entend avoir au préalable de quoi acheter, le "pouvoir d'achat" serait donc la capacité d'acheter, la possibilité d'acheter, le droit d'acheter.... Vous me direz que j'enfonce des portes ouvertes... Mais plus qu'acheter cela signifie aussi qu'être le Président du "pouvoir d'achat", c'est être le Président dont le seul but est de donner de l'argent à ses concitoyens. C'est en quelques sortes l'aboutissement du libéralisme que d'être ce Président puisque cela signifie que tout l'appareil politique, de la base au sommet, serait mobilisé au service de l'appareil économique. Le politique au service total de l'économique. Nicolas Sarkozy voulait être le Président du "pouvoir d'achat", il fallait comprendre le "Président de l'argent".
En définitive, qu'est ce que le 'pouvoir d'achat' sinon l'accumulation de l'argent ? La capacité à acheter toujours plus, à consommer toujours plus, à jeter toujours plus, à polluer toujours plus aussi. La capacité pour celui qui l'a de faire tout ça toujours plus rapidement. Plus. Encore Plus. Toujours Plus. Comme si, parce qu'on avait beaucoup et très vite tout ce dont on rêve était synonyme de bonheur. Comme si la quantité compensait la qualité. Comme si le plus vallait le mieux. Vous l'aurez compris, je ne fais pas partie des personnes qui pensent que ceux qui ont beaucoup sont forcément plus heureux que les autres. Comme disait Gandhi, "vivre simplement pour simplement laisser vivre". Or, ce qu'on oublie trop souvent, c'est que le but des politiques publiques n'est certainement pas de faire vivre les citoyens dans le superflux, pour ne pas dire le superficiel, mais d'en rendre un maximum heureux, de les faire s'épanouir au sein d'une société harmonieuse matériellement mais aussi psycologiquement. De ce point de vue, se proclamer Président du 'pouvoir d'achat' n'est pas un gage de bonheur. "Pouvoir d'achat" n'est pas synonyme de bien-être et l'action du politique ne peut pas se réduire à suppléer les grands patrons, les actionnaires, et leurs machines à produire des inégalités.
Demain, je l'espère : le "Potientiel de Bien-Etre". Puisque le concept de "pouvoir d'achat" ne convient pas, pas plus que celui de croissance, il nous revient d'inventer un nouveau concept qui réponde mieux au but de l'action politique et publique : l'épanouissement du citoyen et pas seulement sa capacité à "gagner plus". Indicateur d'une croissance durable car préservant la planète et la société pour les générations futures, ce potentiel permettrait enfin d'apprécier la croissance réelle d'un pays et non pas seulement sa croissance économique, qui se fait bien souvent dans le cadre de la mondialisation financière et au détriment des plus faibles comme des travailleurs. Il serait un instrument de mesure à la fois de la croissance économique, de la croissance sociale et de la qualité de l'environnement. Economiquement, il pourrait prendre en compte l'évolution du "pouvoir d'achat", la croissance économique. Socialement, il pourrait prendre en compte le taux de chômage, l'évolution du moral des citoyens, l'évolution démographique notamment la natalité ou le taux de personnes vivant seules. Ecologiquement, on pourrait prendre en compte l'évolution de la qualité de l'air, de l'eau, des régimes alimentaires... Ces listes ne sont pas exhaustives, elles servent surtout à illustrer ma pensée. Bien entendu que le bonheur est difficile à mesurer et l'indice ne serait utilisable qu'avec beaucoup de précautions dans les premiers temps mais je fais confiance à nos chercheurs pour les affiner avec la pratique. Dans tous les cas, parler de "potentiel de bien-être" aux citoyens plutôt que de croissance ou de "pouvoir d'achat" constituerait une vraie mutation dans nos sociétés sous influence psycologique des grandes transnationales et de la logique de marché. Le bonheur du plus grand nombre, voire de tous, il est là l'objectif premier du combat politique.
Entre un "pouvoir d'achat" inadapté aux nouveaux enjeux mondiaux et une croissance qui ne se traduit plus ni socialement ni écologiquement, le "potentiel de Bien-Être" serait donc un outil essentiel pour gouverner au XXIième siècle et permettrait le recentrage des objectifs des nouvelles sociétés et de la réflexion politique sur nos valeurs : nous avons aujourd'hui le Président de l'argent, je fais le voeux que le prochain soit le "Président du Bien-Être".
A méditer.
Thomas
21:45 Publié dans Propositions, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Bien-être, Pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy, Argent, Gandhi


