24 mai 2008

La classomanie

Bonjour à toutes et à tous !!

La Classomanie de ces jours me laisse perplexe.

 

Ne cherchez pas dans le dictionnaire : ce mot est bien un néologisme ! Il est volontaire, assumé et revandiqué (je démine les éventuels procès en incompétence lol). Qu'est ce que la classomanie ? Littéralement, cela signifie la manie des classements. Un TOCTIC (et non un TICTOC attention !) : Trouble Obsessionnel Compulsif Traditionnel dans l'Information et la Communication. Ces classements sont, en général, drôles pour le lecteur, souvent polémiques et généralement sans intérêt sinon celui de rigoler et d'alimenter les conversations de comptoires. Il faut bien avouer qu'ils sont aussi fait pour nous divertir pendant les longs repas des fêtes de fin d'année... Prêtons-nous à ce petit jeu. Commentons.

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 Je ne résiste pas à l'envie de vous parler de la nommination, désignation ou élection, je ne sais, par le Time Magazin de Vladimir Poutine, homme de l'année 2007. Ce non-événement fait pas mal jaser. Pour ma part, je pense que pour juger la manière dont la Russie est gouvernée, il faut se remémorer deux choses.

La première, c'est que la Russie n'a jamais, au cours de son histoire, connu la démocratie. Empire autoritaire jusqu'en février 1917, brève république sans réel ancrage puis oligarchie jusqu'en 1989-1990-1991. Les années 90 ont été celles des grands boulversements et pas toujours dans le bon sens (accroissement des inégalités, chute démographique, privatisation et ultralibéralisme à outrance). Surtout, pendant cette decennie, la Fédération a failli littéralement éclater, travaillée qu'elle était par ses forces centrifuges. De ce point de vue, le maintien de l'autorité Russe en Tchétchénie est justifiée par la raison d'Etat. Un échec en Tchétchénie et c'est toute la Fédération qui s'effondrerait.

D'autre part, et même si cela n'excuse pas tout, je pense qu'il faut arrêter de juger le monde selon nos valeurs occidentales. Il faut parler de tout, avec tout le monde, mais arrêtons de donner nos leçons de moral aux autres peuples. 

Ces deux raisons expliquent la confiance que le peuple porte à Vladimir Poutine, un homme fort qui a redonné sa fierté aux Russes sur la scène internationale, qui a stopé les excès du libéralisme et de l'économie de marché en reprenant les rênes de l'Etat, qui a stopé l'accroissement des inégalités et tenté de le sécuriser, bien souvent au profit des plus faibles. Alors, même si cet homme n'est pas parfait, même s'il n'a pas toutes nos valeurs, même s'il peut être autoritaire, il a le mérite d'avoir réussi à tenir son pays. Les Russes veulent, après le choc organisationnel qu'ils ont subi ces dernières années, plus de stabilité, plus de sécurité, moins d'inégalités. Vladimir Poutine est le seul capable en Russie de leur donner, aujourd'hui. Le monde dangereux dans lequel nous vivons a besoin d'une Russie unie et forte. Vladimir Poutine est le seul capable en Russie de leur donner, aujourd'hui. Je ne sais pas si Vladimir Poutine est l'homme de l'année 2007, mais il est d'ores et déjà l'homme de la Russie de ce XXIième siècle.

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Je ne résiste pas non plus à évoquer le classement des personnalités préférées des Français. Yannik Noah grand premier pour 2007. Du coup, il lance une tirade politique. C'est bien, mais quelle autorité a-t-il pour le faire ? Remarquez, chacun a ses opinions et le droit de les exprimer, c'est normal. Mais pas besoin d'attendre d'être l'homme préféré des Français pour cela. Au point ou nous en sommes dans les mascarades municipales, pourquoi le PS ne l'inscrit-il pas sur une liste ? Après tout, son ami Toreton y est bien, lui... La gauche caviar n'est malheureusement pas encore morte. Il faut ajouter, pour leur défense, un argument qui n'est pas négligeable. Quand les politiques ne font pas leur travail, il faut bien que d'autres s'en charge. Où sont les DSK, les Royal, les Fabius, les Jospin, les Hollande, les Delanoe, les Valls, les Peillon, les Aubry et tous les députés ? Où sont-ils quand on en a besoin dans les rues, dans les associations, dans les simples réunions de militants ? Réponse : ils planifient les cinq années à venir pour leur compte personnel. Dans ces conditions, heureusement que les gens ayant assez de notoriété pour que leur parole porte sont présents pour dire ce que nos élus n'ont pas le courage de dire. Pour info, Mimi matti est troisième et nos hommes et femmes politiques très loin derrière. Comment font ils pour être dans le classement avec tout ce qu'ils nous prennent pour des boeufs ? Je ne comprends pas. Moi, je ne pense pas que les Français soient des boeufs et je leur fais volontier confiance pour savoir l'exprimer dans les prochaines semaines et années.

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Enfin, je ne résiste pas à vous faire part du fou rire qu'a provoqué chez moi le débat nationalo-réunionais qui agite le microcosme miss Francesque ! (et non Francisque...) Honnêtement, cette Miss Réunion, et même si tout le monde se fout éperduement de qui peut bien être Miss France, c'était quand même la mieux foutue, celle qui avait le plus d'aisance à l'oral et celle qui avait les réponses les moins stéréotypées ("Je veux promouvoir la paix dans le monde", "je veux défendre les enfants dans le besoin")... Alors qu'elle ait posé avec un doigt dans la bouche, qu'elle ait fait des photos nues, bref, qu'elle ait voulu gagner sa vie avec son physique avantageux, qui ne l'aurait pas fait ? Soit dit en passant, avec tous les portables, les appareils numériques, les blogs et site internet, il sera bientôt très difficile pour quelqu'un de n'avoir pas au moins une photo saoul, une photo un peu explicite, une photo inconvenante, il n'y aura bientôt plus personne pour être candidat, ni à Miss France, ni à la présidentielle, ni ailleurs... Tout ca pour dire qu'on la laisse un peu tranquille cette Miss. Les temps changent et c'est une femme de son temps. Peut-on lui reprocher d'être Miss France 2008, en 2008 ?

 

Vous me direz que dans le classement des "gens qui résistent à l'envie de vous dire", je ne me placerais certainement pas dans les premières places. Je vous répondrai : "Chut ! N'allez pas donner des idées à ces classomaniaques !!"

Bonne journée à vous !

Thomas.

 

 

17 mai 2008

Ces loups qui hurlent...

Bonjour à toutes et à tous,

 

Après deux semaines vierges, j'ai réussi à me mettre quelque chose qui vaut le coût sous la dent. C'est pas trop tôt me direz-vous ! Mais il faut prendre son temps dans ce monde obsédé par la vitesse. A ce propos, depuis deux semaines que je vais nager tous les jours, en observant tous ceux qui pataugeaient plus ou moins bien autour de moi dans le grand bain, il m'est venu la remarque suivante : ce n'est pas celui qui fait le plus de vagues qui avance le plus vite ! On pourrait bien appliquer cette réflexion à la pensée, a fortiori quand on prétend vouloir "penser autrement". Allons donc !

 

Il ne vous a pas échappé que le Président de la République (c'est la première fois que je l'appelle ainsi lol) est intervenu hier soir sur vos écrans de télévision. Je ne l'ai pas écouté, comme d'habitude. J'ai lu ce matin dans la presse ce qui en est dit. La même chose, comme d'habitude. Beaucoup essayent de mettre en avant ses incohérences. Elles existent, certes, sur des sujets mineurs. Néanmoins, et malgré tout le respect que je dois aux familles nombreuses, aux agriculteurs cultivant des OGM et autres manifestants anti-JO2008, ces thèmes sont loin d'être centraux dans la mise en oeuvre d'une politique. Ils restent des sujets ponctuels qui peuvent aisément être déconnectés de la philosophie globale. Parce que finalement, qu'on aille ou pas à Pékin, n'est-ce pas qu'une question de point de vue ? Cela changera-t-il la donne mondiale ? Qu'on donne ou pas des réductions aux familles nombreuses résoudra-t-il la crise économique ? Qu'on autorise ou pas la culture d'OGM en plein champ fera-t-il que chaque Français mange bien, mange mieux ? Personnellement, je ne le pense pas. Ce sont des points sur lesquels chacun a sa position, mais qui, au final, ne sont qu'une question de sensibilité personnelle. La preuve ? Ce sont des sujets qui divisent les personnalités au sein de la Droite comme de la Gauche. Pour dire les choses comme je les pense, le travail de sappe engagé par les médias et l'opposition sur ces incohérences est légitime mais il ne faudrait pas que cela fasse oublier l'exceptionnelle cohérence de la pensée politique de la droite au pouvoir. J'ai peur de la démobilisation de l'électorat populaire (au mieux) et de la remontée du "blanc bonnet et bonnet blanc", de "l'UMPS" donc des votes extrêmes (au pire). Je revois, quand je vois les nouveaux éléphants de la Gauche tonner contre le Président, les cris des dinausaures du PS contre Chirac cinq ans auparavant. La Droite qui fait mal contre la Gauche qui ne propose rien. N'oublions pas que la Droite n'a besoin de personne pour se ridiculiser. Laissons la faire tant que nous ne sommes pas en mesure ""idéologique" et programmatique de la combattre et de la battre. Laissons la faire au lieu de hurler avec les loups...

 

Sur la choérence idéologique de la Droite, j'ai pu lire hier une remarque frappée au coin du bon sens dans le Monde diplomatique de ce mois d'avril 2008 intitulé "L'art de faire rêver les pauvres", écrit par Mona Chollet, l'auteure de Rêves de droite. Défaire l'imaginaire sarkozyste paru cette année. Je vous la retranscris telle quelle : "Dans le modèle marxiste, le travailleur est invité à se défaire de la mentalité servile et autodépréciative qui lui interdit de comparer son sort à celui des nantis pour revendiquer sans complexe le partage des richesses ; en même temps, il s'identifie à ses semblables, salariés ou chômeur, nationaux ou étrangers, envers qui il éprouve empathie et solidarité." J'avoue me reconnaître dans ce modèle de pensée, peu importe le nom qu'on lui donne, plus qu'un choix, il me semble que c'est un sentiment, une façon de voir le monde qui est par elle-même. Et comme je me sens appartenir à cette catégorie qui existe par opposition à celle des "nantis", j'ai le réflexe, dans tous les domaines, de tenir avec le plus faible contre le plus fort. C'est un réflexe. Mais peu importe cela, c'est la suite qui est interessante : "Désormais, le travailleur s'identifie aux riches, et il se compare à ceux qui partagent sa condition : l'immigré toucherait des allocations et pas lui ; le chômeur ferait la grasse matinée alors que lui "se lève tôt" pour aller trimer... Son ressentiment est ainsi habilement dévié de sa cible légitime, et l'on voit s'enclencher un redoutable cercle vicieux : plus ses conditions de vie se dégradent, plus il vote pour des politiques qui les dégradent encore plus. Chacun étant incité par le matraquage médiatique à se penser environné de flemmards, de parasites, de voyous qui veulent le saigner à blanc, au propre comme au figuré, il ne peut désormais cultiver que des espoirs strictement individuels." Autrement dit, Mona Chollet décortique ici le fond de commerce que la droite extrême a fait tournée depuis le milieu des années 80 et que Sarkozy a tout bonnement repris à son compte pendant la présidentielle de l'an passé. Voilà ce qu'il nous faut comprendre et voilà à partir de quoi on doit réfléchir pour renflouer l'individualisme ambiant. Voilà la phrase, s'il en fallait une, qui justifie toute la cohérence actuelle de la Droite au pouvoir depuis 6 ans. Mona Chollet termine ainsi : "Il n'imagine pas changer les règles afin d'améliorer le sort commun, et pour cela, s'allier avec d'autres, mais seulement tirer son épingle du jeu." Et voilà comment cela amène toute une classe politique à réfuter le changement global pour le profit personnel. Le changement pour tous et non pour quelques uns, voilà notre piste.  Je ne résiste pas, pour finir cette mise en cohérence, à vous parler de l'excellent édito, sinon dans l'écriture, du moins pour son contenu, d'un journaliste Espagnol paru ce mois-ci dans le Courrier International et mettant en parallèle les politiques, les méthodes, les valeurs et les personnes de Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine. Si vous n'avez rien à manger, cet édito est comme un bon saucisson dans un monde où on ne mange que du toffou, il se déguste !

 

Pour revenir sur l'individualisme, j'ai assité à un Comité Consultatif Citoyen au Conseil Régional jeudi soir. Il s'agit, sous son intitulé bizarre, d'un "débat participatif" organisé par le Conseil Régional de Lorraine. Le thème portait sur les obstacles au travail transfrontalier. N'étant moi-même ni travailleur, ni frontalier, et encore moins travailleur frontalier, n'aspirant même pas à le devenir, j'avoue avoir été un peu largué par la technicité et la complexité du sujet. Je me suis donc attaché à observer (à défaut de pouvoir participer) deux choses qui me tenaient à coeur : l'organisation du débat "participatif" d'une part, la place de l'idée européenne dans les échanges. Je vous le dis tout net, je ne suis pas vraiment convaincu. Concernant l'organisation du débat, il connait tous les grands défauts des réunions politiques depuis toujours, à savoir la difficulté de faire se déplacer les gens jusqu'au lieu de réunion, en semaine ou en week end, à 20 heures. On pouvait compter au mieux, en très gros, une cinquantaine de personnes dans la salle des délibérations du Conseil mise à disposition pour l'occasion. Souvent, il s'agit de personnes qui se connaissent, syndicalistes, associatifs, politiques... Rarement, des curieux, simples citoyens. L'avantage pour ces derniers, c'est que quand ils viennent, le fait qu'ils soient peu nombreux permet de traiter chaque cas individuellement et toute une batterie d'experts se retrouvent tout à coup devant eux pour répondre à toutes leurs questions sur le sujet voire prendre les contacts nécessaires. Avis aux amateurs. Sur la question du "citoyen expert", j'ai trouvé qu'aucune intervention n'a été inutile, bien au contraire. Toutes m'ont semblé cadrées et pertinentes, les gens qui venaient savaient pourquoi ils venaient et n'avaient pas froid aux yeux pour essayer de prendre la parole. C'est notable. Concernant l'idée européenne dans les interventions, la réponse est simple : quasi nulle aussi bien du côté des "citoyens experts" que des "experts" tout court ! C'est certainement ce qui a été le plus frappant, toutes les questions trouvaient des réponses dans des accords binationaux. Exit le niveau européen, trop complexe. Exit la Grande région, reléguée au rang de simple gadget impuissant. Autre chose frappante, quand on pense travail transfrontalier, pour le Thionvillois que je suis, on pense automatiquement Luxembourg. Or toutes les questions et problèmes, sans exception, portaient sur le travail transfrontalier franco-belge et franco-germanique, pas une question sur le Luxembourg. Le Luxembourg serait-il le pays où tout va pour le mieux pour le travailleur Français ? Je voudrais, pour finir, revenir sur le point qui m'a marqué en général, l'absence de l'intérêt général dans les discussions. "Moi, je, mon, ma, à moi, combien pour moi, comment je fais moi, je dis, je veux"... La démocratie participative, le citoyen seul face aux experts, serait-elle le dernier avatare de l'individualisme triomphant ? 

 

Moralité ? Il faut que chacun choisisse entre deux possibilités : hurler individuellement ou hurler avec les loups. Dans tous les cas, on est pas certain d'être entendu !

 

A améliorer !

Thomas 

10 mai 2008

En Mai, c'est férié...

Bonjour à toutes et à tous,

Avec ce bain de soleil, j'espère que votre moral remonte en flèche. Pour ma part, c'est le cas. J'espère que vous ne me prendrez pas pour un clown car je peux vous assurer que mon nez rouge depuis quelques jours n'altère en rien mes neurones, bien protégés de tout les coups, a fortiori de ceux de l'astre roi. Outre le moral et le bon teint, le soleil me donne également le goût d'écrire, alors je me lance sans plus tarder dans une tirade printannière bien française.

 

Le premier Mai tout d'abord. Le premier Mai n'est pas seulement la fête de Jeanne d'Arc. Même si cette jeune demoiselle est Lorraine, et même si le Lorrain que je suis en est fier, ce n'est pas ce qui nous marque quand on pense au premier Mai. Non, le premier Mai, c'est la fête du Travail ! Et ce, depuis plus d'un siècle aujourd'hui. Avec le premier Mai vient le temps des manif', ces grandes cérémonies de piétinement du pavé sous un soleil de plomb avec des slogans martelés jusqu'à l'usure, des poings levés de moins en moins fermes, le tout rythmé par les sonos et généralement enveloppé dans quelques drapeaux rouges, agrémenté d'odeurs de merguez grillées et de bières toujours tiède. Tous les ans, c'est la même chose : une sorte de baroud régulier ou de pense bête permanent destiné à on ne sait qui, aux mots d'ordres répétitifs et aux déclarations tellement prévisibles qu'on ne prend même plus la peine de les écouter... Pourtant, le premier Mai n'a pas toujours été cette fête ringarde que l'on connait aujourd'hui. En 1886, à Chicago, l'origine de cette fête est bien étatsunienne, ce sont six ouvriers qui furent abattus après des grèves qui avaient mobilisé plus de 340 000 personnes dans tous les USA. Le premier Mai est né de la transgression. Dès lors, l'ériger en jour férié, c'est lui enlever tout son sens. Le combat, la lutte, la revandication légitimés par la transgression sont devenus coutume et tradition rituelles. Le premier Mai du XXIième siècle repose paisiblement sur son édredon. Il ne frappe ni ne marque plus personne. C'est devenu la fête du muguet et du printemps plus que celle du Travail. Celle des premiers rayons de soleil et des premières communions plus que des travailleurs. Mais que faire pour lui redonner un sens ? La moindre des choses serait tout d'abord de commencer par supprimer le caractère chômé de ce jour pour que l'on travaille enfin lors de la fête du Travail ! Il faut ensuite trouver un moyen pour fêter le travail autrement. Pourquoi ne pas en profiter pour insister sur la cohésion sociale, au sein de chaque entreprise, en organisant des fêtes, en soirées, entre employés de tous niveaux ? Une meilleure connaissance et de meilleurs liens entre eux ne peut que servir le travail, l'entreprise et finalement chaque personne qui en constitue le coeur. Pourquoi ne pas en profiter pour en faire une journée nationale (ou européenne) des portes ouvertes de l'entreprise, pour que les familles des travailleurs viennent voir comment leurs pères, leurs mères, leurs frères, leurs amis travaillent ? Le travail constitue une part importante de nos vie et reste bien souvent méconnu de ceux que nous cotoyons le plus intimement. Une journée grand public, vitrine du travail et du travailleur Français (ou Européen), et pourquoi pas de sa promotion internationale ? Je suis certain que la presse s'interesserait plus à cette initiative qu'à une quelconque manifestation. Et quoi de mieux pour dénoncer certaines conditions que de laisser parler les travailleurs eux-mêmes ? Plus que toute organisation syndicale ou politique décrédibilisée, ce sont eux qui sont les plus légitimes pour revandiquer quoi que ce soit. Mais non, en France, le premier Mai, c'est férié...

 

Le 8 Mai non plus n'est pas travaillé. Le problème est ici d'une toute autre nature. Chacun sait encore ce que le 8 mai représente, même si bien peu de monde prend, je le regrette, part aux commémorations. Cependant, et sans rien renier de ce qu'a été la Seconde Guerre Mondiale, de la souffrance qu'a enduré la population dans toute sa diversité, sans même vouloir effacer ce qui constitue aujourd'hui le vaccin le plus efficace contre toute tentation fasciste, raciste, eugéniste, je pense qu'il faut regarder de l'avant. Je prends d'autant plus conscience de ce que j'écris ici que je suis moi-même historien, que je sais tous les enjeux mémoriels actuels et que je comprends ce que représente cette date pour tous, autant ceux qui l'ont vécu que ceux qui sont nés après. Je pense que ce jour férié devrait être transformé, non pas pour oublier, mais pour lui ajouter une espérance qui contribuerait à construire notre futur sur des bases plus saines et plus solides. Pour quelles raisons ? J'enseigne la méthodologie historique à de jeunes étudiants depuis plusieurs années. Cette année, j'ai notamment eu parmi mes étudiants de jeunes Allemands qui effectuaient un parcours franco-allemand entre Metz et Saarbruck. Nous parlions du premier mai, de son caractère férié, quand ils me posèrent la question du 8. J'avoue avoir été un peu géné. J'ai ressenti une sorte de malaise à dire que oui, la défaite du pays que je considère comme notre pays frère aujourd'hui, notre plus sûr allié, notre partenaire le plus important dans tous les domaines, l'Allemagne, était chez nous non seulement fêté mais férié. Les étudiants discutèrent en allemands pendant une minutes en face de moi qui n'y comprenait rien et attendait le verdict. Ils ne souriaient pas et j'étais pressé d'en finir et de passer à autre chose. Une étudiante me dit alors qu'effectivement, ce n'était pas seulement la chute de Berlin qui était fêtée, mais celle d'une dictature. Je répondis simplement que pour cette raison, le 8 mai pouvait aussi être une fête en Allemagne. L'étudiante répondit en hochant la tête, mais pas plus convaincu que je ne l'étais personnellement. Peut-on réellement fonder un avenir de paix, de prospérité, d'échange avec un partenaire dont on fête la chute ? Même s'il s'agissait d'une dictature, celle-ci était allemande et l'ambiguité demeurait. Plus que le 8 mai, c'est le 9 mai qui devrait être férié. C'est le 9 mai 1950 que Robert Schuman, alors Ministre des Affaires étrangères de la France, proposa à l'Allemagne un partenariat. C'est le 9 mai 1950, par cette proposition, par cette main tendue du vainqueur au vaincu, par cette alliance pour la paix, que se termina réellement la guerre entre les deux pays. L'Allemagne et la France, unies pour se construire un meilleur futur, ensemble dans une même communauté, mettaient fin à une guerre héréditaire et séculaire. Le 9 mai porte en lui toutes les leçons de la Seconde Guerre Mondiale tout en regardant vers le futur, toutes les espérances que l'Europe a fait naître et porte en Elle.  Mais non, le 8 Mai, comme le premier, en France, ça reste férié...

 

La pentecôte enfin. Que de bordel (excusez moi mais c'est le mot) pour en arriver là ! Trois ans, trois ans qu'on nous rabat les oreilles avec ce foutu lundi de pentecôte pour finalement le réhabilité en jour chômé. Le journée de solidarité avec les personnes âgées, qui a fait suite à l'hécatombe caniculaire de 2003, a fait long feu. Ce prétexte n'était, à l'évidence, pas crédible aux yeux des citoyens. Remarquez, dès qu'on touche à leurs petits conforts et à leurs petites habitudes individuelles, les Français n'ont que faire du reste. C'était mal les connaitre que de croire qu'on pouvait les faire travailler un jour entier, gratuitement, pour l'intérêt général et la solidarité nationale entre les générations. Il est vrai que la droite n'étaient certainement la mieux placée, a fortiori Raffarin, pour les jouer grand coeur solidaire et devenir la garante du pacte républicain... Mais quand même, que signifie le lundi de pentecôte ? Qui peut seulement dire aujourd'hui ce qu'il représente ? Qui fête quelque chose en ce lundi ? A mon humble avis, la réponse est : pas grand monde. Dès lors pourquoi le conserver chômé ? Plus que le lundi de pentecôte, et pour la même raison, c'est toute une série de fêtes religieuses catholiques qui sont à mettre dans le même sac. Cela n'a aucun sens pour notre société laïque et républicaine de les conserver en l'état. Un ménage drastique s'impose. Par ailleurs, j'estime que l'introduction d'un jour férié pour les Juifs et d'un autre pour les Musulmans, entre autres, s'impose. La laîcité veut que la République reconnaisse tous les cultes, il est temps que le calendrier soit à l'image de la République. Même après décompte, il semblerait que le différentiel jours fériés avant/ après réforme soit à la défaveur des premiers. Pourquoi ne pas rajouter une semaine de congès payés pour compenser cette mise en ordre ? La République aurait son calendrier laïc et les travailleurs leurs jours de repos mérités, que demande le peuple ? Mais non, malheureusement en France, on revient toujours en arrière, qu'on se le dise : la pentecôte c'est de nouveau férié !

 

N'allez pas penser que je divague, tout ceci est très réfléchi. Un mot dit est une parole mais un mot écrit est plus que cela, c'est un mot. Ceci dit (et écrit !), je fais confiance à la France et à son gouvernement pour ne surtout rien changer... En ce mois de Mai, le soleil brille, les oiseaux chantent ! Profitez et n'oubliez pas : en Avril ne pas perdez le fil car en Mai, en France, c'est toujours férié !

A défendre !

Thomas