03 mai 2008

Pour un Nouveau Compromis

Bonjour à toutes et à tous,

 

L'actualité est lourde depuis quelques jours : passage en force sur la constitution européenne, licenciement purement financier de 600 à 700 personnes chez Arcelor-Mittal à Gandrange en Moselle, démocratie participative mise à mal par ses propres promoteurs, crise boursière internationale, fraudes bancaires de plusieurs milliards à la Société Générale, la mondialisation qui impose en toile de fond ses conditions aux Etats, rigidité et inadaptation de nos institutions... Autant de phénomènes ou de nouvelles qui me conduisent à réfléchir aujourd'hui sur la possibilité d'un Nouveau Compromis.

 

Une "modernisation rétrograde" de notre pensée économique et sociale. Cela m'amuse toujours beaucoup de voir, en particulier à gauche, quelques grandes figures nous expliquer que la modernité c'est d'être plus fexible, plus mobile et finalement que la sécurité de l'emploi est quelque chose d'archaïque. L'Homme a, de tout temps, eu pour première préoccupation sa sécurité. Cela fait partie de son instinct. Il en a besoin. C'est une nécessité. Dès lors, depuis quand être plus moderne c'est être moins humain ? Depuis quand la flexibilité et la mobilité favorise-t-elle l'épanouissement d'un homme au sein d'une société dans laquelle il doit, pour y parvenir, tisser et entretenir des liens d'amitié et interpersonnels forts, dans laquelle il veut fonder une famille solide et la protéger ? L'homme, pour être heureux, a besoin de sécurité et de stabilité. La vraie question qui se pose alors est la suivante : est-ce archaïque que d'être heureux ? On pourrait le penser si on les écoutait sans réfléchir un peu...

Pour ma part, j'estime cette prétendue modernité qu'on nous vend à longueur d'émissions télé, de journaux ou de slogans politiques inhumaine et par conséquent rétrograde. La modernité, aujourd'hui, c'est l'employé klinex, l'ouvrier, le mineur malade d'une vie de labeur et mourrant quelques années avant ou après sa retraite, les cadres à code-barre. "Je sens bien qu'on a pressé l'orange, il faut que je pense à sauver l'écorceécrivait Voltaire à propos de Frédérick II de Prusse peu avant sa fuite du Sans-souci de Potsdam. Cela pourrait être l'état d'esprit du travailleur du XXIième siècle. Dépersonnalisation totale des travailleurs et interchangeabilité des postes sont devenus la règle. La mobilité est devenue horizontale, on sort d'une entreprise quasiment au même niveau que celui par lequel on y est entré et les perspectives de carrières se réduisent drastiquement. Un fils de PDG devient PDG à son tour, même s'il n'en a pas ni les qualités ni les capacités. Un fils d'employé deviendra employé à son tour, même s'il a plus de capacités que son père et que son PDG réunis. Toute remise en cause du système est interdite, ce serait cracher dans la soupe (nous dit-on). Acceptez votre condition telle qu'elle est, vous vivrez plus heureux. Le profit doit être décomplexé, la consommation à outrance assumée, l'entreprise c'est la liberté... Et mon cul, c'est du poulet ? Voilà la réalité, mais est-ce vraiment une modernité ? Je ne le crois pas.

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Le délitement de notre démocratie. La mondialisation influe sur notre économie et notre société mais provoque également un certain nombre de modifications de nos systèmes de gouvernement. Si la démocratie représentative était certainement le meilleur moyen de gouverner la France des années soixantes, force est de constater qu'avec la troisième mondialisation, le transfert de pouvoirs fondamentaux aux institutions européennes et le raidissement des institutions de la Cinquième République depuis quelques années, elle semble aujourd'hui totalement inadaptée aux nouveaux enjeux. Elle ne se suffit plus à elle-même et doit être approfondie. L'équilibre national est rompu, les personnes que nous élisons n'ont plus le pouvoir de changer les choses mais seulement d'appliquer les directives européennes, les résolutions des grands sommets et des grandes institutions internationales. Les membres de ces institutions ne sont pas  élus ou tellement indirectement que le sang démocratique s'est dissout dans les veines administratives. C'est la définition même de la Technocratie, le pouvoir aux techniciens et aux diplomates sans légitimité populaire aucune.

Aujourd'hui, la réalité du pouvoir n'appartient plus aux citoyens. C'est un fait. La réalité du pouvoir appartient à des gens nommés opaquement et dont le pouvoir n'est pas réellement contrôlé. Le pouvoir est à la Commission européenne qui gère la machine administrative. Il est à la Cour de Justice de l'Union qui fait la loi et juge les Etats. Il est à la Banque Centrale Européenne qui dirige la politique monnétaire librement. Sans oublier les Conseils d'Administration des grandes entreprises et grand organismes internationaux comme le Fond Monnétaire international, la Banque Mondiale, l'Organisation Mondial du Commerce, qui orientent réellement notre politique économique... Le citoyen ne fait qu'élire des gens chargés de nommer aux fonctions ces techniciens, ces diplomates. Ils sont aussi chargés d'appliquer les décisions prises en haut, ou plutôt à faire passer la pilule des recules qui sont entrepris dans les domaines sociaux et culturels. On amuse les citoyens grâce à des Coupes du monde, des Jeux Olympiques. On détourne leur attention par des appats comme la vie sentimentale du chef de l'Etat ou des débats sociétaux mineurs comme le "mariage pour tous" ou le débat sur les OGM qui, même s'ils sont en eux-mêmes importants, ne sont pas fondamentaux pour définir le modèle de société globale que nous voulons créer... Panem et circensis. Du pain et des jeux. Paul Veyne avait donc raison... Nos élus servent enfin de fusibles, de soupapes, qui protègent ceux qui tiennent la réalité du pouvoir : ceux d'En-Haut. Finalement, je l'écris sans avoir le sentiment d'exagérer, on peut dire qu'aujourd'hui le pouvoir des citoyens est en train de leur filer entre les doigts. Ce n'est pas la dictature, le despotisme ou la monarchie qui nous menace, c'est la soumission des élus aux dirigeants économiques et aux techniciens du pouvoir, aux spécialistes : la Technocratie.

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Le Nouveau Compromis. Mon sentiment est qu'on ne peut pas imposer des recules économiques et sociaux, parce qu'il s'agit bien de recules que cette prétendue modernisation, sans compensations. Celles-ci, je ne les vois que dans des réformes démocratiques. Plus de démocratie dans le fonctionnement de notre République. Plus de démocratie dans le fonctionnement de l'Europe. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos entreprises. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos administrations locales, nationales, continentales et internationales. Il ne faut pas avoir peur de l'avis des citoyens. Il ne faut pas avoir peur du vote. La démocratie n'a pas peur du peuple. 

Concrètement, un droit du travail plus souple appelle un fonctionnement de l'entreprise plus démocratique. Pour laisser l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale, voire les membres de l'Assemblée de l'ONU eux-mêmes, continuer à nous imposer de nouvelles règles, il faut que ses dirigeants soient directement élus par les citoyens du monde. Pour que l'Europe puisse continuer à marcher et ses décisions acceptées par les citoyens, il faut que la Commission soit élue par le Parlement européen, que ce soit le Parlement qui fasse la loi et vote le budget et que la Banque centrale européenne soit rattachée directement à la Commission européenne. Il faut enfin que la légitimité du Parlement Européen soit renforcée par une date unique des élections législatives européennes et des droits de veto sur les décisions de la Commission, de la Cour de Justice, de la BCE et pourquoi pas du Conseil Européen !

Au niveau national, pour qu'on accepte les décisions du Parlement, il faut qu'il représente la société. Il faut un Parlement élu, à la manière allemande, à 50% au scrutin majoritaire, à 50% au scrutin proportionnel. Il faut également clarifier les pouvoirs. Qui fait quoi ? Clarifier les pouvoirs des gouvernements par rapport aux insitutions internationales, par rapport à l'Europe. Clarifier les pouvoirs du chef de l'Etat par rapport au Premier Ministre et aux Ministres. Les pouvoirs de l'Assemblée par rapport aux deux précédents. Localement, comme le souligne le rapport Attali, il est évident que le département, même s'il suscite beaucoup de passions, n'est plus un espace adapté à une France moderne. Devenu l'antichambre du Sénat, ils sont de véritables maisons de retraites politiques provinciales... C'est la Région qui devient le maillon essentiel entre l'Etat et les Communes. Les compétences des départements devraient donc être distribuées entre Communes et Régions. Les Communes françaises sont aussi beaucoup trop nombreuses, leur nombre doit être réduit par leur fusion dans le cadre des Pays, territoires de projets, territoires historiques, et non dans les communautés d'agglomération comme le suggère le rapport Attali. Cela me paraîtrait plus judicieux.

La prise de décision doit enfin se démocratiser. A la démocratie représentative, deux niveaux de démocraties doivent être ajoutés. La démocratie participative à tous les niveaux : mondial, continental, national et régional. Par démocratie participative j'entends la construction d'un dialogue constant entre citoyens et élus (et non techniciens ou experts !) afin d'améliorer l'adaptation des projets pour lesquels ils ont remporté la majorité des suffrages, aux réalités du terrain. Au niveau local, je suggère la création de véritables Cités, avec un pouvoir plus direct, notamment pour le budget de la ville et pour les grands projets urbains au centre comme en périphérie. La place du Conseil Municipal doit être reforcée et rééquilibrée par rapport à celle du Maire. Il doit devenir la clef de voûte garantissant l'équilibre entre la direction citoyenne et l'incarnation de la cité qu'est le Maire.

 

Je pense que ceux qui croient pouvoir faire accepter, avec cette prétendue modernisation de l'économie, avec ce transfert toujours plus important des pouvoirs de la nation à des institutions européennes et mondiales non-élues, sans donner plus de capacité, de droit de regard, de pouvoir de décision aux simples citoyens, se trompent lourdement. L'exemple le plus représentatif étant la manière dont l'Europe est en train de baffouer le vote démocratique des citoyens sur la Constitution Européenne. Les citoyens regardent, s'informent et n'accepteront pas tout indéfiniment. Ils ne sont pas stupides et perçoivent très nettement ce déséquilibre. En ce début de XXIième siècle, qui l'eut cru, c'est la démocratie qui est en danger. Un Nouveau Compromis s'impose : recules économiques contre avancées démocratiques.

En définitive, deux questions sont ici posées. La question de la modernité tout d'abord. Qu'est ce que la modernité ? Je répondrai simplement que la modernité est le moyen du changement. La modernité, c'est ce qui permet de rendre le plus grand nombre de personnes heureuses. Elle doit être le but unique du combat idéologique et politique. La question de la démocratie ensuite. Qu'est ce que la démocratie ? La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Tout autant que d'ignorer l'avis des citoyens, baffouer leurs choix est aussi baffouer la démocratie.

 

A Réfléchir, à enrichir, à voir...

Thomas

26 avril 2008

L'Arc-en-ciel effondré

Bonjour à toutes et à tous,

 

Ca y est, ce qui devait arriver est arrivé : l'Arc-en-ciel s'est effondré ! Ses 7 couleurs si dissemblables se sont désolidarisées. Sa clef de voûte a cédé. Il ne reste plus aujourd'hui d'Iris qu'un pâle souvenir, celui d'un rêve improbable, celui d'un espoir déçu de plus. Après l'échec de la refondation du travaillisme britannique, dont le soutien à Nicolas Sarkozy démontre, s'il le fallait encore, la dérive conservatrice, après la défaite historique des sociaux-libéraux suédois dont le "modèle" était devenu un étendard pour tous les libéraux de gauche, avant l'échec annoncé du socialisme autoritaire espagnol aux prochaines législatives de mars, le dernier modèle possible de la Gauche de gouvernement, l'Arc-en-ciel italien, vient tout juste d'être liquidé en bonne et dûe forme. Cet effondrement marque la fin d'un cycle pour la Gauche européenne en général, pour la Gauche Française en particulier. Je le redis une fois de plus, il va falloir tout reprendre à zéro, tout réinventer : valeurs, idées, stratégies. Soyons exigents avec nos hommes et femmes politiques, ne laissons rien passer, c'est le moment d'affirmer ce que l'on veut et ce qu'on ne veut plus. La marche vers le pouvoir s'annonce longue et difficile pour nos valeurs, le changement dans la vie quotidienne des gens d'autant plus lointain...

 

L'impossible arc-en ciel. Tout le monde semble s'étonner de la chute du gouvernement Prodi, comme si personne n'aurait pu le prévoir ! Pour une certaine Gauche Française, la coalition Prodi était devenu plus qu'un modèle, un emblème, une ligne... On est tout de même en droit de se demander si un modèle dont l'espérance de vie ne dépasse pas deux ans peut encore être qualifier de "modèle" ? Toujours est-il qu'il l'était devenu, notamment pour son Arc-en-ciel. L'Arc-en-ciel était en fait le surnom de l'Unione : un agrégat des plus baroques rassemblant sous une même bannière toutes les formations de la Gauche italienne allant des anciens communistes aux centristes catholiques en passant par les socialistes. Il était devenu le symbole de l'ouverture de la Gauche au "Centre" et de la lutte contre le système Berlusconi. Le représentant de cet Arc-en-ciel, Romano Prodi avait été désigné par des primaires ouvertes non seulement aux militants mais également aux sympathisants de toutes les Gauches moyennant contribution et signature. C'est ainsi que plus de 4,3 millions de personnes ont élu Romano Prodi candidat de leur camp à la Présidence du Conseil italien, rendant légitimement un peu de pouvoir aux citoyens. En plus de l'élan politique donné au candidat élu (et non désigné), cette primaire constitue une véritable bouffée d'air démocratique dans le monde actuel. C'est ce qu'on appelle depuis : les "Primaires à l'italienne". On voit bien ici pourquoi certains, en France, tentent de capter à leur profit toutes ces nouveautés, ou plutôt ces tentatives de nouveautés puisque l'échec est, au final, d'autant plus singlant. Tiraillée entre ses multiples tendances et sous tendances, la coalition s'est révélée plus efficace à prendre le pouvoir qu'à l'exercer. Ceux qui avaient érigé le gouvernement Prodi en modèle doivent aujourd'hui en tirer toutes les leçons...

Retour vers le futur. Et si l'Arc-en-ciel n'était, en fin de compte, que le pendant Francais de la "Gauche plurielle" à la sauce italienne ? Et si l'union des Verts, du Mouvement Citoyen, des Radicaux de Gauche et des Socialistes était cet Arc-en-ciel français ? Une différence il est vrai, la cohésion politique de la coalition française et l'orientation de son programme, donc son efficacité globale (même si on peut critiquer la dite orientation). Et si Romano Prodi, que tout le monde a pris pour symbole de la Gauche européenne moderne n'était finalement qu'une pâle copie de notre Jospin national ? Austère, compliqué, sans grand charisme et à l'âge avancé. Capable, certes, mais incompréhensible. Diplomate c'est certain, il faut l'être pour diriger une coalition aussi diverse autant que la Commission européenne, mais décidément pas convainquant. Lionel Prodi, Romano Jospin ? Et si ce qu'on prenait pour un modèle d'avenir n'était que nostalgie de notre propre passé ? Bien entendu, l'architecture des institutions italiennes sont différentes, bien sûr que la durée de gouvernement et les obstacles que les deux gouvernements ont rencontré ne sont pas tous les mêmes (quoi que, le Pacte Civil de Solidarité et les problèmes du système éducatif me rappellent quelques souvenirs...) mais je crois qu'on peut dire sans sourciller que la chute de Prodi représente l'échec de la Gauche plurielle italienne tout comme la chute de Jospin a été celle d'un Arc-en-ciel français qui ne disait pas son nom.

Ce que je retiens (sic). Toute alliance stratégique permet d'obtenir le pouvoir mais pas forcément d'exercer le changement attendu par l'électorat, par les citoyens. Or le changement est le but premier du combat politique. Ce qui est une force pour faire tomber l'adversaire devient une faiblesse au moment de gouverner. L'hétérogénéité d'une coalition signe l'immoblisme de son action. Pour pouvoir mettre en place le changement attendu, il faut par conséquent une force homogène et rassemblée derrière un porte-parole, et non un chef. De la même manière, on ne parlera pas non plus de "discipline" à l'égard d'un chef, c'est au porte-parole de convaincre d'abord son propre camp : on ne peut pas obliger des citoyens à penser certaines choses plutôt que d'autres. Ce n'est pas parce que, dans un Parti, une majorité de militants choisissent une ligne que ceux pensant différement doivent taire leurs convictions. Au contraire, la force d'un Parti tient à la vigeur de sa démocratie interne. Dans une démocratie, il y a débat permanent et différentes positions qui sont toutes légitimes. Si l'Arc-en-ciel, dans sa conception actuelle consistant à résumer l'innovation par l'intégration de centristes introuvables à une coalition déjà bien fournie en formations comme en idées, introduisant une division suplémentaire dans le système de valeurs de la Gauche, est naturellement perçu comme une belle image, il ne faut pas oublier que celle-ci ne permettra en rien, une fois aux responsabilités, de masquer l'immobilisme qui est inscrite dès sa formation. Enfin, l'expérience de la "Primaire à l'italienne" m'apparait quant à elle concluante. Elle va tout à fait dans le sens du Nouveau Compromis, recules économiques contre avancées démocratiques, que j'essaye de vous faire partager.

 

Ce qu'il faut à la Gauche pour à la fois conquérir le pouvoir et exercer réellement le changement c'est donc un rassemblement sur un programme et non sur un calcul politique ou sur une entente  éphémère. Une alliance politique et non une alliance stratégique ou personnelle. La déception et les désillusions que produisent chez les électeurs une mauvaise politique, une politique immobile, est certainement beaucoup plus grave qu'un échec à une élection. Au moins, quand l'adversaire gagne, on sait toujours à quoi s'attendre...

A suivre...

Thomas

 

19 avril 2008

Le candidat ou la candidate

Bonjour à toutes et à tous,

 

Je vous prie avant toute chose de m'excuser pour ce long silence post électoral. Parfois, il vaut mieux se taire plutôt que dire des bêtises trop vite regretées. D'autres fois, il vaut mieux se mettre en retrait un moment pour pouvoir embrasser un plan plus large et donc mieux comprendre ce qui se joue, les non-dits, les sous-entendus, les coups tordus et finalement, pouvoir faire l'état des lieux des forces en présence. D'où part-on ? Dans quelle direction va-t-on ? Pourquoi ? Avec quelles forces ? Avec quelle méthode ? Avec qui pour nous guider ? Je ne pense pas me tromper de beaucoup en disant que quelqu'un de responsable a besoin de connaître la réponse à chacune de ces questions pour pouvoir aller de l'avant et progresser. Quand on ne sait plus répondre à l'une d'entre elle, on hésite, à deux, on doute, à trois, on s'arrête et on réfléchit. C'est ce que j'ai pu faire pendant ce mois. Et j'ai trouvé mes réponses.

 

D'où part la Gauche ? En ce début de mois d'avril, la tableau est clair, encore faut-il reconnaître plusieurs évidences. La première est que la Gauche est à la fois riche de sa diversité mais surtout forte de son unité. Partout où la Gauche était partie unie, elle a eu de grands succès. Je ne vous fait pas l'énumération des villes tombées, je pense que vous les connaissez. Il faut donc travailler à l'unité de la Gauche, en mettant en valeur et en respectant sa diversité. De l'extrême au centre gauche. Toute la Gauche mais rien que la Gauche. La deuxième réflexion qui me vient à l'esprit, c'est l'importance du travail à la fois des élus en place pendant leur mandature, ce qui leur a permis, bilan et projet portés ensemble, de conserver largement leurs cités, et des militants et candidats, sur le terrain, au porte à porte, avec les gens dans les villes conquises. Le travail, encore le travail, toujours le travail, avec énergie mais surtout avec constance. Balzac avait raison "La constance est la plus haute expression de la force". Il faut donc donner la priorité, à tous les niveaux dans tout ce que l'on fait au travail. Je dirais même plus, le travail ensemble, avec toutes les bonnes volontés ayant le même objectif, sans a priori. Il faut aujourd'hui réhabiliter le travail collectif, avec toutes les formations de la Gauche et différentes tendances à l'intérieur de ces formations, sans oublier bien sûr le travail participatif, avec les Français. Troisième remarque, les leaders qui ont gagné, étaient des leaders forts. Mais ils ne l'étaient que parce qu'ils arrivaient à faire travailler entre eux tout le monde. Le collectif renforçait le leader et portait plus loin sa parole, l'assurait sur ses arrières, c'est, à mon sens, ce qu'il a manqué pendant la campagne présidentielle. Ségolène Royal n'arrivait pas à faire travailler le PS comme la Gauche et la Gauche était, avec le PS, en incohérence avec la candidate. Les torts sont partagés à 50/50. Il faut donc faire émerger un leader ayant à la fois le tempérament mais aussi la capacité à faire travailler tout le monde ensemble, assurant le rassemblement nécessaire de la Gauche. Le dernier point, c'est la question des alliances. Ces élections ont confirmé l'inexistence d'un MoDem qui n'a toujours été qu'un loeur à mes yeux. Un coup à droite, un coup à gauche. Le MoDem s'est révélé être ce qu'il n'a jamais cessé d'être, un mirage créé de toute pièce par François Bayrou et pour François Bayrou. Un outil personnel, sans implantation locale, sans cohérence nationale et pour tout dire, une illusion plus qu'une force politique. D'ailleurs l'alliance Modem a souvent été l'alliance perdante, à Marseille, à Toulouse, à Metz, à Lyon entre autres. La Gauche de Gauche a pour sa part retrouvé une vigueur d'autant plus exceptionnelle que ces scrutins locaux sont d'habitudes très difficiles pour elle, vigueur que la plupart des dirigeants PS ont feint d'ignoré mais qu'ils ont bien remarqué. Par exemple à Quimper où la LCR a fait 15%, à Toulouse où les Alternatifs ont fait 10%, à Nancy la LCR et LO ont atteint les 10%, à Montpellier la LCR et les Verts ont pratiquement atteint les 20% ! Un cinquième du corps électoral ! A Thionville, Lutte Ouvrière a fait pratiquement 7% et c'est à la fois grâce à eux qu'un second tour fut possible et grâce à eux, appelant à battre le sortant de droite, que l'Union de la Gauche a pu l'emporter. Partout où on attendait le centre, c'est finalement la Gauche qui a permis la victoire. Je crois que ce comble mérite d'être aujourd'hui signalé et souligné ! La Gauche est bien vivante.

Dans quelle direction va-t-on ? Avec quelle méthode ? Pourquoi ? Je rajouterais même dans quel sens va-t-on, parce qu'avoir la direction c'est bien, mais qu'avoir le sens, c'est encore mieux... Plusieurs choses que j'ai déjà défendu ici me viennent à l'esprit. Tout d'abord, il faut que notre projet commun soit une vision. Nous sommes de bons gestionnaires, même s'il faut toujours le défendre. Nous avons des capacités et de l'énergie humaine, nous avons bien plus de talents que sur l'autre bord, même si on les utilise beaucoup plus contre nous même que contre la droite. Des idées, ce n'est pas ce qui manque chez nous. Nous en avons beaucoup, les 100 propositions du Pacte Présidentiel et les milliers de propositions municipales en sont l'exemple le plus concret. Ce qui nous manque, au fond, aujourd'hui c'est la mise en cohérence de l'ensemble. Quel est notre projet de société global pour le pays et pour les Français ? Quel monde voulons nous pour nos enfants et nos petits enfants ? Quelles sont les grandes valeurs qui nous animent et vers lesquelles nous volons tendre, à défaut d'y arriver, car nous savons tous qu'elles sont tellement grandes que nous ne pouvons les atteindre complètement ? Nous devons dessiner la société que la Gauche peut proposer aux Français en 2012. Nous devons peindre la France, l'Europe et le monde de ce siècle déjà bien entamé. Nous devons inspirer les Françaises et les Français. Ceci dit, cette vision ne doit pas être cause de rigidité comme ce fut le cas des grandes idéologies du passé. Le monde change et il serait stupide de vouloir revenir en arrière, un temps chimèrique où tout était parfait. Il serait stupide de vouloir empêcher toute évolution, on ne peut pas lutter contre le progrès, la nouveauté, le renouvellement, les modes, l'imprévisible. Il serait enfin stupide de vouloir le sanctuariser, synonyme de mort pour une nation. Pour cette raison, une fois fixés les valeurs et objectifs de cette vision, ce tableau de la société que nous voulons construire, il est important de laisser carte blanche à nos dirigeants qui arriveraient aux responsabilités concernant les moyens mis en oeuvre pour pouvoir commencer à concrétiser cette vision. Puisqu'il faut nommer une chose pour la clarifier, j'ai appelé ce concept "le pragmatisme visionnaire". Il est chargé de concilier nos valeurs et nos rêves parfois trop ambitieux pour pouvoir être réalisés d'un claquement de doigt et la politique de gestion quotidienne à laquelle sont confrontés nos dirigeants. Le temps des "ya qu'à" et le temps des "l'Etat ne peut pas tout" est révolu. Le nouveau compromis que j'ai défendu ici il y a quelque temps peut être considéré comme l'exemple le plus abouti de ces deux nécessités : faire rêver et répondre aux besoins quotidiens de chaque citoyen. Concernant les valeurs, j'ai déjà écrit beaucoup dans ces pages, et je continuerai à le faire durant les prochains mois : bien-être, changement, solidarité, savoir-vivre et vivre-ensemble, justice, lutte contre toutes les formes d'exclusion et d'autoexclusion pour préserver l'harmonie d'une société universaliste, réhabilitation de l'honneur... Autant de thèmes qui me tiennent à coeur et que je continuerai à défendre coûte que coûte.

Quelles forces pour porter ces valeurs ? Qui pour guider la Gauche ? Vous allez dire que je me répète. C'est vrai. Mais la répétition n'est-elle pas la clef passe-partout pour transmettre un message ? Adage bien connu des professeurs comme des conseillers en communication... Même si ces questions seront cruciales lors du combat qui s'ouvre avec ce Congrès du Parti Socialiste, début novembre, ce n'est pas la question principale et ça ne doit certainement pas le devenir ! D'ailleurs, et avant toute chose, je tiens à préciser qu'à mon sens, ce Congrès du PS n'est pas un Congrès comme les autres et qu'il convient de relativiser son importance. Il n'est qu'un préalable à un futur Congrès de la Gauche, citoyen, participatif et populaire, qui devra se tenir lors des prochaines années et qui aura pour but de la fédérer dans toute sa diversité. Je prendrai un soin particulier à examiner ce que chaque motion propose à ce sujet. Le but étant moins d'uniformiser la Gauche, rêve utopique et contre productif, que de créer une discipline globale entre ses différentes tendances, notamment au moment des élections nationales : législatives et présidentielles. Je fais de l'élection du candidat de la Gauche, et pas simplement du PS, à la présidentielle de 2012 au moyen de primaires à l'italienne une condition sine qua non de nos victoires futures. Le prochain Premier Secrétaire devra clairement se positionner sur ces deux sujets... A ce propos, on glose beaucoup depuis quelques temps sur le portrait de ce futur premier secrétaire... Doit-il être quelqu'un qui fait travailler le PS mais qui n'a aucune chance d'être présidentiable ? Doit-il être un présidentiable dès cette année ou faut il attendre le prochain congrès ? Avouez qu'une telle dichotomie est une preuve de plus de la désagrégation du parti et de son incapacité à se dépasser. Nous savons tous que celui qui deviendra Premier Secrétaire en novembre prendra une sérieuse option pour la candidature de 2012. Nous savons aussi que pour renforcer le PS et la Gauche, on a besoin d'un leader qui fasse travailler tout le monde ensemble et qui ait assez de caractère pour exister malgré tout. Pourquoi vouloir à tout prix séparer le présidentiable de celui étant capable de faire travailler le parti ? Comment peuvent-ils dès lors prétendre à ce poste et à celui de Président de la République ? Deux fonctions qui font de ces deux points une nécessité... Le Parti Socialiste est-il à ce point en pénurie de talents ? Je ne le pense pas. Je pense par contre qu'il ne faut pas négliger les gens qui bossent mais qui restent dans l'ombre et que, de la même manière que Ségolène s'est imposée, alors que personne ne l'attendait là, entre Laurent Fabius et DSK en 2006, il faut miser sur la jeunesse et le renouvellement pour faire émerger une nouvelle figure ayant les deux qualités : travailleuse et rassembleuse à la fois. Ce n'est pas parce qu'on est pas présidentiable en 2008 qu'on ne le sera pas en 2010 ou 2012... De plus, à ce jour, je ne distingue pas vraiment ce qui sépare réellement Ségolène Royal de Bertrand Delanoe, même conception du monde, même conception des alliances, même style de vie, même rigidité qui les empêche d'avoir l'ouverture d'esprit, celle d'un François Hollande, nécessaire à l'exercice de la fonction de secrétaire... Je le dis franchement, je ne suis aujourd'hui emballé par personne. Mais vue les erreurs du passé concernant l'emballement, c'est peut-être une bonne chose que d'attendre et de faire confiance à sa raison. Celle-ci me dicte aujourd'hui de miser sur des gens modestes et sans prétention qui travaillement depuis des années, dans l'ombre, au service de la Gauche mais surtout des Français.

 

Ca y est, c'est fini ! Ca y est, c'est reparti pour un tour ! Oui, on finit par s'en lasser... Mais allez leur dire !

A approfondir.

Thomas