01 mars 2008
Tornade Blanche sur Metz
Bonjour à toutes et à tous !
Elle est venue, elle a vu, elle a parlé, elle est repartie. Mardi dernier, une tornade blanche a déferlé sur Metz. J'étais au coeur de celle-ci, ou pas très loin. Arrivée à la gare à 17h32, quartier nord de Metz à 17h45, meeting à 18h30, repartie 19h35... Un marathon. Mais plutôt que de m'étendre à vous conter un roman fleuve de l'escapade telle que vous avez certainement pu le lire dans la presse, j'ai préféré vous parler de ce qui m'a frappé personnellement.
La première chose : elle est belle Ségolène ! Elle fait partie de ces femmes dont on est obligé de décrire les longues jambes, la finesse des poignets et des traits du visage. Maquillage parfait. Doudoune blanche, toujours. Je sais, c'est rabajoie ! Je sais, ca ne fait rien ! Je sais, c'est ce qu'il y a dans la tête qui compte ! Je l'ai moi-même dit à une vieille dame, au centre sociale, qui sautillait à côté de moi en me tirant le manteau : "j'ai serré la mains à Ségolène !" - "C'est bien Madame !" - "Je lui ai serré la mains !" - "C'est bien Madame !!" lui répondis je une deuxième fois, avec un léger sourire en coin. Elle était euphorique pendant près de 5 minutes... On aurait dit une petite fille qui venait de voir le Père noël. Je ne savais plus quoi répondre. Quand elle me dit : "Elle ferait une belle présidente hein ?" J'ai répondu d'un ton cassant mais amusé : "Mais Madame, ce n'est pas ca qui compte ! C'est ce qu'elle a dans la tête !". La vieille dame se calma un instant avant de reprendre "Je le sais bien, mais quand même elle est belle !" .... Et elle repartit... C'est comme ça, c'est une belle femme. Tellement belle que cela en devient presque un inconvénient au milieu des politiques éléphantesques de la région. Coincée entre Michel Liebgott, Jean-Marc Todeschini et Jean Pierre Masseret, Ségolène Royal suivie pas à pas par Aurélie Filipetti et Delphine Batho dans la salle des syndicats parait bien seule. Le contraste est saisissant : trois femmes, belles et jeunes (ben oui) devant de corpulents syndicalistes aux voix tonitruantes. J'ai même aperçu certains d'entre eux rougir au moment de la remise du cadeau, en fin de discussion. Je restais silencieux mais j'avais du mal à cacher un petit sourire... Le directeur de campagne et le président de l'Université de Metz ont été jusqu'à se chamailler amicalement pour remettre à la Belle son menteau, on aurait dit deux coqs se battant pour avoir les faveurs de la... poule aux oeufs d'or ? lol Dernière chose frappante, le ballotage de Ségolène. Il n'y a rien de politique là dedans, simplement on aurait dit une poupée qu'on guide en permanence. "Ségolène par ici, Ségolène là !", "Ségolène tu montes dans celle-ci!", "Ségolène vas au soutien scolaire!", Ségolène ci, Ségolène ca... Une poupée qu'on balotte de rue en rue, de salle en salle, de réunion en réunion. Une fois en situation, tout ce petit monde s'éclipse et la laisse parler, faire son petit topo, dérouler son speech, bref : dire ce qu'elle a a dire ! Et tout le monde écoute dans un silence d'autant plus assourdissant que sa voix fluette monte difficilement et que la moindre sonnerie de téléphone portable peut parasiter une prise de son pour un micro de radio ou de télévision... Populations, candidats, politiques, militants, journalistes, syndicats, tous au même niveau : elle parle, on se tait.
J'ai eu l'occasion de discuter avec plusieurs personnes, et non des moindres, bien qu'elles ne soient pas forcément les plus en vue. Le garde du corps de Ségolène par exemple. Un grand monsieur. Il était habillé d'un menteau bleu marine à col ouvert dessinant autour de son cou une sorte de colorette renaissance sur un costume bien de notre époque. Des cheveux argentés et ondulant coiffent un visage fin, une voix bien du sud pare un sourire en coin permanent. Impassible au milieu d'une foule sans cesse en mouvement, il semble s'amuser de tout ce théâtre qui se répète chaque jour. Les décors changent, les situations, les mots, les gestes restent les mêmes. Il a un petit côté Michel Barnier, le caractère hautain en moins. Je parlais de la Fête de la Rose de Melle avec une femme de candidat (modem lol !), quand il s'approcha, regard gourmand. Il en avait des choses à dire ce monsieur qui voyait tout sans jamais se faire voir, qui était partout sans jamais dire un mot, qui écoutait tout sans jamais qu'on lui adresse la parole. Un fantôme à côté d'une femme dont l'aura éblouit les gens à tel point qu'ils n'apercoivent même pas son plus fidèle compagnon. Un ange gardien peut-être. "Désirs d'avenir ?" me demanda-t-il. Mon "oui" tout aussi intrigué qu'il était impatient fut pour lui comme un déclic. Il passa dix minutes à me raconter les bousculades, les mains baladeuses et les caméras indiscrètes qui entourent chaque déplacement de Ségolène. Les violences aussi, par des journalistes gloutons d'images sur un petit garçon de 8 ans dont la tête fut projetée contre une vitre à Vaux-en-Velin, par un passant un peu trop curieux qui tenta de filmer sous les jupes de Madame, par le couple Balkany la veille à Levallois-Perret. Ségolène, c'est une tornade. Elle est le roseau, il est le chêne. Je profitais du seul moment de répit des deux heures pour poser des questions un peu plus difficiles. Ségolène Royal était-elle dans la vie et avec son employé si stricte et cassante qu'elle paraissait dans les médias. Je sentis alors un temps de réflexion de quelques secondes, j'imagine qu'il a dû se demander s'il avait affaire à un militant passionné ou à un journaliste un peu trop curieux. Il me regarda droit dans les yeux, de trois quart, avec un sourire pincé qui en disait long sur le questionnement intérieur. Et finalement, il se lança. Il ne nia pas la dureté, ni le caractère cassant. Il répondit simplement :"Elle est très exigente, mais elle est juste" et s'empressa de nuancer "elle a énormément d'humour". Ségolène sort alors de la salle de réunion, les talons claquant sur le sol était le signale que la tornade blanche allait repartir. Le monsieur s'éclipsa et la foule se remit en mouvement. Singulier monsieur.
Ma dernière petite remarque concerne le sentiment ambivalent, en tant que membre de Désirs d'Avenir, d'être à la fois snobé par les autres socialistes et mis en avant par nos camarades. Après de multiples communications avec Paris, avec des responsables de Meurthe-et-Moselle, du Jura, de Metz et bien entendu de Moselle d'avenir Thionville, notre feuille de route était claire, les passes étaient là, tout le monde était au courant. Pour interpeler n'importe qui, on disait "Désirs d'avenir" aux députées et à Ségolène elle-même et toutes les portes s'ouvraient. Elles nous regardaient, arretaient quelques minutes et prenaient le temps de répondre. L'acceuil a été très chaleureux par les autres DA que nous ne nous connaissions pourtant pas et qui nous ont bien aidé dans notre route.
De l'autre côté, les vents et les fins de non recevoir pleuvaient. Alors que tout était ficelé, je me rendais une première fois au QG de campagne de Dominique Gros où on m'avait dit de me présenter comme membre de DA. Après nous avoir dévisagé de haut en bas, on nous demanda avec un certain mépris dans le ton, "c'est quoi DA ?". Après avoir expliquer qu'on devait filmer la venue de Ségolène à Metz, on me répondit dans un rire "vous devez ? Il faut d'abord demander si vous pouvez !" Ni une ni deux, je relançais aussi sèchement et sûr de moi : "Non non, vous avez bien entendu "on doit"", et d'enchainer non moins sûr : "ce n'est pas moi qui le dit, c'est Ségolène Royal et c'est le Désirs d'avenir national qui m'a demander de me présenter chez vous". Les visages se sont alors fermés et tout le monde s'est volatilisé. Un bon quart d'heure plus tard, le directeur de campagne de Dominique Gros qui nous a reçu, nous a donné sans plus d'explications deux feuilles résumant le parcours qu'elle ferait en soirée, heure par heure, minute par minute... Nous sommes repartis sans trop poser de questions en imaginant qu'ils étaient tous sur le pied de guerre pour l'acceuillir et fatigués par la campagne finissante. Je contactais alors le reponsable Désirs d'avenir de Metz pour l'informer de ce que nous devions faire, il était au courant, lui. Une réunion fut donnée à 16 heure au QG. L'acceuil était cette fois-ci très chaleureux cette fois, mais uniquement par des DA. Conversations amicales et présentations s'enchainaient quand le directeur de campagne est reparu dans la salle, la reponsable de DA Metz lui cria tout sourire, "Ah Antoine, c'est la caméra de Ségolène ! de Désirs d'avenir !", il répondit d'un "ouaiiiiiiii, je sais...." lapidaire et plutôt agacé. Elle lui demandait une place dans le bus officiel pour que je puisse suivre le déplacement et tout filmer. "Ya pu d'place !" répondit-il sur le même ton sans nous regarder. Je me sentais à la fois géné et à la limite de la désillusion. J'étais dans la position inconfortable de l'intrus.
Je n'ai pas insisté, je partais en direction de la gare et contacta le sympathique Philippe du DA national. Après lui avoir raconté la situation, il me rassura et me rappela pour m'informer qu'il venait de briefer Aurélie Filipetti au sujet du bus. Je dois lui sauter dessus à sa sortie du train, j'ai un créneau de 3 minutes pour trouver une place. Quelques minutes avant l'entrée en gare, je ne savais toujours pas comment tout cela allait se passer, sinon que ça irait très vite. Le train arrive, tout le monde se presse, on suit la foule. Luc filme, je vois Ségolène descendre, pas d'Aurélie, la foule commence à se déplacer, je commence à pousser, je m'appuie sur le TGV pour m'approcher de l'entrée. J'ai le vide sous mon pied. Aurélie descend, je lui saute dessus, "Bonjour Aurélie, je suis Thomas, DA, je dois filmer, il me faut une place dans le bus". Un mot au directeur de campagne qui nous avait snobé deux fois en une journée, un grand sourire à Aurélie et deux places dans le bus, carte de presse etc... tout est tombé d'un coup et sans réfléchir on s'est laissé emporté par la tornade comme si on en faisait partie. Dans le bus, entre députés et candidats, je me sentais intrus, je me demandais s'ils s'étaient tous aperçus que nous étions là. Du coup, on a parlé avec le candidat modem(et oui encore lol) et puis avec ceux de Désirs d'avenir et les autres socialistes qui ne disaient rien mais devaient nous prendre pour des conseillers ou des journalistes ou je ne sais quoi encore.... Une femme nous a demandé qui nous étions mais je ne sais si elle a vraiment compris. Autant Désirs d'avenir est un passe partout avec les ségolènistes, autant c'est une entrave avec tous les autres. J'ai bien senti la différence que je ne percevais pas si forte auparavant. A chaque fois qu'on disait DA, on nous répondait "mais vous êtes au PS qd mm ?" Ma situation étant ce qu'elle est, on se sentait coincé entre deux murs au beau milieu d'un torent. On nous a laissé faire ce qu'on avait à faire. Mais on a bien senti que tout était au bon plaisir du prince, ou en l'occurence, de la princesse du jour.
Voilà pour les anecdotes de la semaine. La semaine prochaine je suis à Montbeliard pour la réunion DA Grand Est, je vous confierai mes impressions. Dimanche Arlette Laguiller est à Metz, je vais l'interviewer et lundi 3, c'est au tour de François Hollande de battre le pavé messin... Semaine politique chargée !
A encourager !
Thomas
00:59 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ségolène royal, nicolas sarkozy, stylo, roumanie, metz, dominique gros, arcélor-mittal
16 février 2008
Et si l'Europe m'était comptée ?
Bonjour à toutes et à tous,
Et si l'Europe m'était comptée ? C'est la question sur laquelle je me suis surpris à réfléchir cette semaine. Le Parlement sensé représenter la nation française a largement voté un Traité qui n'est autre que la Constitution européenne rebaptisée. Réaction en forme de coup de geule longuement réfléchi.
Le coup de poignard dans le dos qu'ont reçu cette semaine la démocratie et tous les démocrates, avec l'adoption de la Constitution Européenne par le Parlement, contre le choix du peuple, seul détenteur du pouvoir souverain, n'est plus un signale d'alerte mais un coup de grâce porté à l'encontre de l'Europe. Parce qu'en définitive, qu'est ce que l'Europe sans les Européens ? Sans les citoyens qui la composent ? Sans les valeurs de liberté de choix, dire oui ou non à une constitution par exemple, et de démocratie, une personne une voix, qui fondent notre civilisation occidentale ? Comment pourrons-nous nous regarder dans la glace après cette affaire ? Comment aurons-nous encore la légitimité pour faire la morale au monde, nous faire les chantres d'une démocratie que nous ne pratiquons que quand elle va dans le sens des élites ? Comment nous regarderons les autres, quelle autorité morale aurons-nous encore pour parler de démocratie ? Cette semaine nous avons dépassé la démocratie. Certains nous disent que c'est pour le meilleur mais je me méfie toujours des gens qui prétendent savoir mieux que moi ce qui m'est bon. On nous disait déjà ça à propos du CPE en 2006, entre autre... Quand on commence à dire qu'on est plus à même de décider que le peuple, alors on prend une sérieuse option pour un autre type de régime auquel je n'ose penser.
Outre ce dépassement inquiétant, j'ai envie de mettre les partisans de cette Constitution en face de chiffres et de pratiques inacceptables, en face de leurs contradictions. 62 % des Néerlandais ont déjà rejeté ce texte en 2005, il n'y a même pas 3 ans. D'autres Européens ont été privés d'un référendum pourtant promis : leurs dirigeants avaient peur d'un résultat négatif de plus. En France, nous avons été 55% à rejeter ce texte. Remarquons qu'il s'agit d'un résultat plus net que celui de l'élection de Nicolas Sarkozy et ses petits 53%. Dès lors, peu importe que le Parlement représente la France ou pas : comme l'a justement fait remarquer François Hollande, seuls les Français peuvent refaire ce qu'ils ont défait. Comme le disait Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, deux textes identiques ne peuvent pas être soumis deux fois aux Français, surtout dans un intervalle de temps aussi court. Il ne faut pas s'en tenir aux institutions. Il faut reprendre l'Europe concrète, celle des projets, l'Europe par la preuve. Il faut mettre momentanément de côté l'Europe institutionnelle. Les vents tournent et les vestes se retournent... Les mêmes tentent aujourd'hui de justifier précisément le contraire de ce qu'ils nous ont vendu des mois durant. Et si l'élection de Sarkozy rend toute critique de ce faux "mini traité" impossible alors pourquoi encore continuer à s'opposer à la multitude de réformes toutes plus archaïques et rétrogrades les unes que les autres ? Parce qu'il a été élu nous devrions abandonner tout ce que nous avons défendu pendant des mois devant les citoyens ? Abandonner des convictions et des idées qui, en plus d'être populaires dans l'opinion française ET européenne, plaçait la démocratie au dessus de toute autre considération ? Je ne veux pas croire que le citoyen expert et la démocratie participative n'aient été que manipulation de la part de l'establishment socialiste. Moi, j'y crois. Je me suis battu depuis des années pour ces idées. Je continuerai à combattre pour elles, parce qu'elles sont bonnes, justes et modernes.
On ne peut pas faire autrement ? "Si vous ne pouvez rien faire, alors pourquoi voulez vous devenir Président ?" Ségolène Royal, le 2 mai 2007, durant le débat télévisé. Si on ne peut rien changer, alors pourquoi faites vous de la politique ? Le changement "we can believe in", le respect des engagements "yes we can !".
Une Europe illégitime est née cette semaine. Ce diktat européen n'est pas acceptable. Ce passage en force, ce 49.3 de l'Europe, ce court circuitage du vote démocratique est illégal. Nous entrons dans l'ère de l'Europe Illégale. Je combattrai cette Europe et ses pratiques. Je n'accepterai jamais cet état de fait. Je considèrerai tout ce qui émanera de cette Europe comme tout aussi illégal que ses propres institutions. On a assassiné mon Europe cette semaine. Pire, on a piétiné la démocratie. Nous sommes bel et bien en résistance.
Revanche !
Thomas
12 janvier 2008
Le changement
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd'hui, j'ai envie de dépasser les frontières et les océans. Aujourd'hui, j'ai envie d'aller de l'autre côté de l'Atlantique et de vous parler des Etats-Unis. Et oui, il se passe encore quelque chose en dehors de notre microcosme franco-sarkozo-français, cela méritait bien un article :-)
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J'ai toujours eu un sentiment ambivalent face aux Etats-Unis. Sa courte histoire pourtant si grande. Ses mentalités mêlées de pionniers mais aussi de puritains et de libéraux, de communautarisme et d'individualisme. Ses persécutions, les dos mouillés, Guantanamo, le Ku Klux Klan... et ses rêves, l'or de l'Ouest, la lune, le self made man... Mais les Etats-Unis sont surtout ses grands espaces de l'Atlantique au Pacifique et ses magnifiques paysages des hauteurs des grattes-ciel de NYC au grand canyon et aux chutes du Niagara, de l'étendue fertile des grandes plaines battues par les vents aux steppes du désert mexicain rafraichies par les climatiseurs, de la Louisiane traditionnelle des Cajuns aux cols blancs de la Silicon Valley... Cette diversité et ces contrastes m'ont toujours attirés, intrigués même si intrigue n'est pas admiration béate ! Les Etats-Unis restent le pays de la démesure, du bien comme du mal, du meilleur comme du pire. On dit qu'on peut décrire qui est une personne sur le simple examen de sa bibliothèque et que celle-ci serait parmi nos biens les plus intimes ! Si c'est le cas, dans ma bibliothèque, ouverte à tous, vous pourrez constater que les Etats-Unis en occupent un bon tiers, à côté de l'Europe et de la droite Française essentiellement. Je vous laisse juge des déductions et analyses à apporter...
Plus précisément, j'ai toujours été fasciné par l'architecture des institutions américaines, leur solidité, leur pérénité. Elles paraissent presque monolitiques, figées à jamais dans l'histoire par Jefferson, et pourtant, elles nous montrent ces derniers jours qu'elles sont à la pointe de la respiration démocratique avec une réelle et salutaire capacité de renouvellement. Que dire d'un système dans lequel tout le monde est élu par le peuple, du shérif et du juge au Président Fédéral ? Que dire d'un système dans lequel l'inconnu d'hier peut devenir le Président de demain ? Sans fermer les yeux ni sur les dérives de financement ni sur l'utilisation abusive des médias, c'est la clef de la longévité de cette Constitution presque parfaite depuis plus de deux siècles. Que pouvons nous dire, que pouvons nous faire, nous, Français, au pays de Montesquieu, 260 ans après la publication de L'esprit des lois, quand nos pouvoirs ne sont toujours pas séparés, quand nous commençons seulement à mettre en place des primaires pour désigner nos candidats, quand nos notables sont pour la plupart nommés, quand notre Président est toujours irresponsable et quand nous avons subi plus d'une dizaine de Constitutions depuis 1787 ? Pas grand chose sinon prendre des notes...
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Mais revenons à nos ânes et à nos éléphants... Revenons sur les candidats à la location de la White House et le déroulement des Primaries. Le suspens est de mise, des deux côtés, pour le plus grand plaisir des journalistes, des instituts de sondages et, il faut bien le dire, des observateurs dont je suis ! Moi qui, en général, préfere les challengers plutôt que les leaders, j'en ai pour mon compte.
Chez les Républicains d'abord. Mitt Romney est un milliardaire mormon, homme des Bush... tout pour plaire en somme... Il était déjà célébré comme le grand favori pour obtenir l'investiture. Depuis le début du processus, sur trois Etats, il n'a remporté que celui du Wyoming, le moins peuplé de tous et par conséquent celui envoyant le moins de délégués à la Convention qui élira le candidat. Le jeu est très ouvert puisqu'il a en face de lui un duo de choc avec Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas, ancien obèse (ça compte aux usa !), pasteur, antiavortement, antimariage pour tous, anti..., anti..., anti... mais pour le maintien des troupes en Irak ! Sur le plan économique, il est nettement moins libéral que la moyenne, ses positions se rapprochant parfois de celles des démocrates. Il a remporté le caucus de l'IOWA, troisième dans le New Hampshire, les sondages le donnent en tête dans les Etats du vieux sud et des grandes plaines. On dit qu'il pourrait former un ticket comme Vice Président de l'autre membre du duo : le revenant John Mac Cain (pas celui des frites longues et craquantes, je précise pour les obsédés des subtilités culinaires lol), vétéran du Viet Nam, critique dès le départ sur la guerre en Irak, opposant à Georges Bush aux primaires de 2000. Donné perdant il y a quelques mois, le vieux sénateur vient de remporter la primaire du New Hampshire et semble en bonne posture pour s'imposer. Rudy Giuliani, enfin, l'ancien maire de NYC, celui du 11 septembre, celui qui a réduit sensiblement la criminalité dans les rues de Big Apple a été classé loin derrière lors des trois premières consultations. En fait, il mise sur les grands Etats comme la Floride, la Californie et bien entendu New York qui n'interviendront qu'à partir du 29 janvier et surtout du Super Tuesday du 5 Février ! Le jeu est largement ouvert... Mon sentiment est que ces candidats n'ont rien à voir avec ce qu'a pu être la politique de Bush. Ils sont bien plus modérés, semblent bien plus ouverts, bien plus traditionnels en somme... Ma préférence va au Ticket Mac Cain - Huckabee même si Giuliani m'inspire beaucoup.
Chez les démocrates, c'est une autre paire de manche, tout aussi passionante, toute aussi incertaine. Les rapports de forces y sont différents. Même si le nombre de candidats est sensiblement identique, tout tourne autour de Hillary Clinton, Barack Obama et John Edwards. Les autres sont plus ou moins Out. Le processus de primaire est différent de chez les républicains puisque le Wyoming votera après le Super Tuesday du 5 février. Deux Etats ont d'ores et déjà choisis leur champion : l'IOWA et le New Hampshire.
La grande favorite était a priori Hillary Clinton, femme de l'ancien président, sénatrice de New York apparament très impliquée dans la commission des affaires étrangères, entre autres. Je ne sais pas si nous avons rêvé ou pas, j'ai l'impression qu'Hillary est candidate depuis que son mari a quitté la White House. Les Français voient tous Hillary Présidente des Etats-Unis depuis des années... Ca parait d'une évidence à tout le monde. Ca parait tellement naturel. Les journalistes Français se sont concentrés sur elle, à la télé comme dans la presse, dans les film aussi ! Son ombre a même plané sur la présidentielle Française dans le parallèle avec Ségolène Royal. De la même façon, il ne semble pas invraisemblable que son éventuelle élection ait une incidence sur notre vie politique... Ainsi, dominant les sondages depuis des mois, l'ex First Lady semble en difficulté depuis la mi-décembre et s'est même vu classée troisième au caucus de l'IOWA derrière John Edwards et surtout, Barack Obama.
IOWA, "beau pays" en indien : ça ne pouvait être qu'un Etat pour Barack Obama. Le challenger, charismatique sénateur de l'Illinois, porte le verbe haut, très haut, entrainant avec lui les jeunes et l'enthousiasme de la presse mondiale. Surtout depuis son coup d'éclat. Il n'est "que" sénateur. Il est aussi métis "d'un père du Kenya et d'une mère du Kansas avec une histoire qui ne peut se passer qu'aux Etas-Unis d'Amérique !" comme il le dira si bien lors de son discours de victoire. Ce retournement est suivi d'un second, plus à l'Est, dans le petit Etat du New Hampshire. Tout le monde donnait Obama gagnant, et de loin ! Pourtant c'est Hillary qui l'emporte. Comme quoi le sondage ne fait pas l'élection... Compteurs à zéro, tout est à refaire. Seul John Edwards, ex co-listier de John Kerry en 2004, semble distancé. Vers qui se tournera-t-il ? Et surtout, quand se tournera-t-il ? Les prochaines échéances sont les primaires du Michigan, elles ont été invalidées avant même de commencer pour querelle sur la date de leurs tenues... Trois Etats seront donc décisifs avant le Super Tuesday, qui devrait désigner définitivement le candidat du parti : le Nevada, premier Etat à forte concentration hispanique, la Caroline du Sud, avec une forte proportion de populations noires et enfin la Floride, premier grand Etat des primaires, qui avait été décisif lors de l'élection de 2000. Mon sentiment est que les jeux sont, ici aussi, très ouverts, tout peut sortir du chapeau et rebondir ! Au moins jusqu'au 5 février... à suivre !
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Face à cet événement dont les conséquences toucheront la planète entière, je ne peux m'empêcher, avant de vous laisser, de faire un parallèle avec ce que j'ai déjà vécu en France et ailleurs. Les démocrates, puisque c'est eux qui m'intéressent particulièrement, ont un choix cornélien à faire. Choisir entre l'expérience et l'espoir. Quelle torture !
Cela ne vous rappelle rien ? La primaire socialiste de 2006 bien entendu. Royal représentait l'espoir, l'engouement et les sondages au beau fixe, donc la possibilité aux yeux des citoyens de gauche de voir élu à la présidence un des leurs et, surtout, de battre l'ennemi juré : Nicolas Sarkozy. On sait combien l'espoir a été d'autant plus déçu qu'il était enthousiaste et sincère... Celui qui laisse espérer beaucoup, sans avoir le bagage pour concrétiser ses paroles, déçoit beaucoup. C'est une vraie leçon. Cependant, il y a tout de même une différence de taille entre Royal et Barack car s'ils représentaient tout deux l'espoir, Barack possède un don d'orateur exceptionnel qui a fait défaut à Royal. Manier les phrases, les mots et les sentiments est une qualité indispensable pour tout candidat engagé dans une course électorale et là où Royal peinait visiblement lors de ses meetings, Barack semble emporter les foules par sa vitalité pleine d'énergie. La parole bien maniée est un auxiliaire de poids pour combler les déficits de toutes sortes...
En face de Royal, l'expérience : Fabius, DSK mais aussi Sarkozy ! En face d'Obama, l'experience : Hillary Clinton et probablement le républicain John McCain. Le problème de tous ces expérimentés, c'est que l'expérience ne s'aquiert que par l'exercice du pouvoir. Deux inconvénients : les casseroles, puisque gouverner c'est aussi assumer, erreurs comprises, et surtout, on ne peut plus représenter le changement par sa simple personne, par de simples mots. On ne peut plus incarner ce qui fait le sens (de moins en moins, il est vrai) de l'engagement politique. Or, que peut-on faire espérer, que peut-on promettre, comment peut-on faire "Croire au changement" alors qu'on gouverne déjà ? C'est toute l'équation que doivent résoudre nos politiques aussi bien en France, qu'aux USA ou ailleurs : accumuler une expérience précieuse tout en se préservant pour pouvoir incarner la force de l'espérance et la tranquille sagesse. Au fond, et au-delà de toutes ces considérations finalement bien peu politiques, je crois que cette sage espérance et cette force tranquille résident d'une part dans la volonté de changer les choses du candidat, beaucoup se contentent du statu quo à des fins personnelles, et d'autre part dans le sérieux de son programme, c'est à dire sa sincérité et non dans un pseudo-réalisme dont la traduction est également le statu quo...
Pour faire croire au changement, il faut d'abord y croire soi-même ! Pour faire le changement, il faut sincèrement le vouloir ! Avis à Barack et Hillary. Avis aux défaits.
Je reviendrai sur cette notion de "changement", qui me semble essentielle pour pouvoir espérer un jour "penser autrement".
A suivre...
Thomas
01:24 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, hillary clinton, espoir, expérience, etats-unis, changement, institutions