05 janvier 2008
Enfumage
Bonjour à toutes et à tous,
2008, interdiction de fumer dans les lieux publics. Interdiction, encore. Ce Nain de jardin va devenir Roi en matière d'interdictions. "Car tel est son bon plaisir". Devenir Roi, un comble pour un nain... Tout cela ressemble à une vieille vanne fumeuse, et pourtant...
Les gens "semblent" apprécier ce nouvel écran de fumée. Moi-même qui n'ai jamais trouvé quelconque plaisir à avaler ce goudron dioxydé, je ne comprends pas comment on peut approuver une privation de liberté supplémentaire alors qu'on nous demande sans cesse des efforts de l'autre côté. Je ne peux pas dire que je n'aime pas nos cafés, ces fêtes, ces styles, ces soirées où les fumées tamisent et diffusent la lumière dans tout l'espace. La brume intérieure ne fait pas tout, certes, mais elle est là, elle fait partie du décor et de ces moments de plaisir. Une soirée sans fumée, c'est comme une fête sans musique, un gateau sans crème... Et je ne parle même pas de ces bons salons narguileh ! Couchés sur nos divans, un thé à la menthe à la mains, l'embout du narguileh dans le bec à regarder un bon match de football, à faire des ronds dans l'air ou à papotter avec les inconnus assis juste à côté. Ambiance chaleureuse. Et toutes ces saveurs. Menthe bien entendu mais aussi citron, fruits rouges, noix de coco, mangue, fraise, pomme qui embaument toute la pièce et imprègnent les vêtements, les tissus, les cheveux... Cela fait partie des endroits les plus conviviaux que je connaisse dans lesquels on parle vraiment aux autres. C'est tellement rare de nos jours ce genre d'endroit, qu'il faut le souligner. Et tout ca c'est aussi grâce à la fumée.
2008, interdiction de fumer dans les lieux publics. Après tout, puisque l'Etat se comporte comme un père ordonnateur, je me dis que c'est parce qu'il considère ses citoyens comme des enfants irresponsables. Je n'aime pas qu'on me dise comment je dois vivre ou pas et je considère qu'infantiliser le citoyen est certainement le meilleur moyen de légitimer toute privation de liberté. Voilà comment du domaine de la santé on passe au domaine des moeurs, et du domaine des moeurs au domaine politique. Finalement, on aboutit au totalitarisme parfait puisqu'il serait légitime, appuyé à coup de sondages approbateurs. Cette méthode est indolore, incolore... Et tout le monde parait content de vivre dans ce monde duquel la vie a été extirpée. Aujourd'hui la fumée de cigarette, demain l'alcool, et après ? Les thrillers ? Les jeux vidéos ? Et pourquoi pas certaines musiques ? Les barbecues dégagent un nombre incalculable de particules bien plus nocives que la fumée de cigarette ! A quand l'interdictions des merguez grillées ? Ils trouveront bien un moyen de nous dire que c'est mauvais pour nous, et il y aura bien un sondage tout frais et "largement" approbateur pour légitimer une nouvelle interdiction. S'il fallait interdire tout ce qui est mauvais pour notre corps, ils devraient commencer par le début : interdire la vie. Après tout l'Homme n'est il pas un loup pour l'Homme ? Tuer l'Homme serait donc un moyen de le protéger lui-même et la planète... Ne rigolez pas, ce raisonnement est de la même accabie que celui utilisé par notre cher Mickey Mouse. Il est simplement mis à nu et sans effet rhétorique.
2008, interdiction de fumer dans les lieux publics. Ras le bol de ceux qui savent, ou prétendent savoir, pour les autres. Aujourd'hui, je veux qu'on me laisse juge de ce qui est bon ou pas pour moi. Je veux qu'on me laisse vivre dans une société qui vit, une société vivante. Pas cette société asceptisée où tout le monde sort du même moule et où chacun doit rentrer dans le sien. L'Homme n'est pas fait pour vivre toute sa vie dans une éprouvette de laboratoire. L'Homme n'est pas condamné à vivre dans un hopital où tout est désinffecté à l'eau de javel, dans une boite hermétique où personne ne se touche et qu'on lui façonne progressivement en lui faisant croire que c'est lui qui le demande. Voilà le nouveau totalitarisme. Il ne cherche pas à contrôler les idées mais les habitudes avec une apparence d'assentiment. Le totalitarisme consentant. Il faut savoir regarder en face ces lois qui ne sont que des écrans de fumée. Elle cachent souvent un plus gros sinistre que ce que les médias et les politiques veulent bien nous montrer. Sachons reconnaitre l'odeur du brulé quand il se présente à nos narines car elle est certainement plus nocive que celle de la cigarette !
Oui à la fumée de cigarette dans nos lieux de vie, oui à la convivialité irremplaçable des bars à chicha et oui au droit de vivre dans un pays qui doit rester vivant !
2008. Je ne vous la souhaite pas bonne, elle ne le sera pas. Autant être lucide.
A très bientôt.
Thomas.
01:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, valeurs, vie, bien-être, monarchie, totalitarisme, sondages
22 décembre 2007
Vents Glacés de Sibérie
Bonjour à toutes et à tous,
Quelles froides journées mes amis !
Depuis quelques jours maintenant, les vents du nord nous frappent de plein fouet. Le ciel est d'un bleu intense, pas un nuage à l'horizon. La bise insistante carresse les toits des maisons, s'engouffre entre les immeubles, balaye le fond des rues et les bords de Moselle. C'est un vent qui sent la glace, qui sent la neige. L'hiver est là. Un hiver comme je les aime, sec et froid. Celui dont les coups vous découpent le visage telle une lame de rasoir, dont les caresses vous électrisent les cheveux et vous couvrent les mains de rugueuses écailles. Sortir les grosses laines, les bonnets, les gands. Enfiler les menteaux gonflés de plumes d'oies, enrouler les écharpes écossaises autour du cou, couvrant nez et menton, et bien entendu ressortir les vieilles charentaises pour l'intérieur... Je suis certain que vous connaissez vous aussi ce sentiment qu'on éprouve lorsqu'on se promène en ville tout blotti dans son arnachement hivernal comme dans la couhette de la nuit passée. Cette couhette dans laquelle vous n'avez ni trop chaud, ni trop froid et dont la moindre idée d'en sortir pourrait vous plomber la journée, guettant les chiffres du réveil comme le compte à rebours de votre course journalière...
Vous me direz, ce n'est pas la Lorraine que je vous décris là. Cela ressemblerait plutôt à la Scandinavie ?! Pire, si ca ne tenait qu'à moi, ces derniers jours, on aurait presque pu placer la Lorraine en Sibérie ! Et justement, depuis maintenant deux semaines, quel curieux hasard, je passe mes journées à travailler la géographie de la Russie... Après ce que je viens de vous décrire, vous me direz, c'est de saison ! Effectivement, je n'ai pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour rentrer dans mon sujet. Pour avoir un aperçu de l'ambiance, il me suffit de poser le pied dehors. Le Grand Nord Sibérien à quelques pas de chez moi ! Passionnant pays que la Grande Fédération ! Et justement, à propos d'une des régions les plus reculées, les plus froides et les plus isolées au monde, j'ai retenu ce dicton de mes lectures : "Kolyma, Kolyma, ô planète enchantée ! Ton hiver a douze mois, tout le reste c'est l'été !". Je crois que cela résume bien :-) Passionnant pays que la Grande Fédération vous dis-je ! J'y reviendrai plus longuement dans un prochain article, soyez en sûr.
Là vous vous dites, certes, mais où veut il en venir ? Justement, j'y viens. En fait, je ne vous ai pas tout dit concernant cette région sibérienne. Il existe en effet un deuxième dicton pour qualifier Kolyma, un peu moins beau, un peu plus marquant, toujours très parlant. Ce dicton nous dit "Kolyma veut dire mort". Cela refroidit. Cela fait immédiatement revenir sur terre. Fini l'individualisme égoïste de la couhette et l'intellectualisme abstrait sur l'immensité russe. On retourne dans la vraie vie, celle du froid qui frappe, du froid qui tue chaque jours dans nos villes, aux coins de nos rues, aux pieds de nos immeubles... Devant nos yeux s'étallent les corps des plus faibles, des marginaux, des exclus de la société et de la nation. Ils sont Français. Ils sont des hommes et des femmes mais aussi de plus en plus des jeunes. Je le souligne car c'est ce qui me frappe le plus depuis quelques années. Hier, en revenant à la gare de Metz, ils étaient une dizaine allongés dans la salle d'acceuil, chauffée, à dormir. Alignés comme des cadavres recouverts de suaires. Inertes. Tous les jours, ils sont des dizaines que je croise à mendier dans les rues de la ville, qu'il vente, pleuve ou neige... Je me sens coupable de ne pas pouvoir plus pour eux. J'enrage de la non assistance à personne à danger, on est tous Français, on est tous des Hommes, comment peut-on s'accomoder de cette situation ? Comment peut-on être heureux chez soi, au chaud, quand on sait ce qui se passe dehors, dans le froid ? Moi je ne le peux pas.
Pendant ce temps là, en "haut" et dans la presse, la guéguerre des roses se poursuit, les journalistes adulent le "grand (faux) retour" de Blanche Neige pour un livre, très mal écrit du reste, où personne n'apprend rien qu'il ne connaissait déjà. On parle aussi des frasques de Kadhafi, de la Star Academy qui ne fait pas d'audience. On s'emballe enfin pour un Président érigé en Prince Charmant convoquant un grand bal dans son Palais afin d'assurer sa descendance. Une princesse italienne serait grande favorite parait-il...
Le choc thermique est foudroyant entre deux mondes, la virtualité et la réalité. Quelles froides journées n'est-ce pas ?
A très bientôt.
Thomas.
01:53 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : froid, pauvreté, star academy, kadhafi, argent, dignité, honneur
15 décembre 2007
La pauvreté interdite
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd'hui, j'ai compris que l'année 2007 restera une année importante dans l'histoire de mon pays. Non, pas pour son élection présidentielle, pas pour ses mouvements sociaux, pas non plus pour la coupe du monde de Rugby (vous l'aviez oublié n'est-ce pas ? ;-) )... Non, l'année 2007 restera à jamais célèbre pour une réforme ô combien symbolique : la France a interdit la pauvreté. Non, je ne fabule pas. Les pauvres sont bien devenus personae non gratae depuis l'élection de Mickey. Je m'explique.
Hier encore, pour en revenir au précédent article, j'ai pu assister à une scène pour le moins rageante, dans les rues de Metz cette fois-ci. Je vous avez parler de tous ces mendiants qui, dans quasiment toutes les rues, font la manche. Parfois agressifs, surtout en soirée quand les rues sont désertes. Cela se comprend facilement par les conditions dans lesquelles ils vivent : tiraillées par la faim et le manque de sommeil (il faut rester sur ses gardes en journée), le froid de ces derniers jours ne vient rien arranger. La seule personne en qui ils ont confiance, c'est eux-même (et encore je n'en suis pas certain) et leur fidèle animal de compagnie. La plupart du temps, ils sont inoffensifs.
Simplement voilà, ils dérangent et chacun trouve son subterfuge pour ne pas voir la réalité en face. Certains les évitent pour ne pas les voir, ce qui est très difficile en ce moment tant ils sont partout. Certains feignent de ne pas les voir ni de les entendre, après tout, "ils ont qu'à bosser" n'est-ce pas ? D'autres appellent carrément les agents de police. Et précisément, hier soir, je suis passé à côté d'une voiture de la police municipale qui contrôlait, non vous ne rêvez pas, les mendiants alignés à genoux sur les bas-côtés. Il faisait -5°C, ils paraissaient exténués et littéralement gelés, et tout ce que la police trouve à faire c'est de contrôler leurs papiers et ce, sans mettre le pied dehors, en restant à l'intérieur de la voiture. Ils ont fait toute la rue comme cela. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire une remarque à haute voix "Il n'ont que ça à faire, contrôler de pauvres gens !". Ca ne change rien mais ça fait du bien ! Et c'est avec une certaine satisfaction que j'ai pu entendre quelques voix autour de moi, je ne sais d'où elles venaient, les rues sont tellement pleines pour les fêtes de noël, reprendre ces mots. Qu'on se le dise, la pauvreté est interdite dans notre pays.
Toujours il y a quelques jours, je suis passé deux fois dans la rue entre la rue Serpenoise et la rue des clercs à Metz, à quelques mètres à peine des Galeries Lafayette, du Virgin Megastore : haut lieu des boutiques de luxe. Une première fois, le matin, aux alentours de 8heures, il devait faire près de -5°C, un vieil homme était là, à genoux, à parler aux gens. Il récitait je ne sais quoi en je ne sais quelle langue. Je ne saisissais que les "Bonjour" et les "Monsieur". Une deuxième fois vers 17h, la nuit était déjà tombée, le froid était autant voire plus intense et pourtant ce vieillard était toujours au même endroit, toujours à genoux, il parlait toujours. J'étais glacé de mes quelques minutes dehors alors qu'il y avait passé sa journée... Il fallait voir les gens le contourner, on aurait dit un lépreux que tout le monde évitait d'approcher. La pauvreté serait elle également devenue une maladie dans ce pays ?
Personnellement, je trouve qu'il faut un courage exceptionnel pour arriver à faire la manche, pour arriver à tendre la mains à des passants inconnus qui nous ignorent. Il faut savoir mettre sa fierté dans sa poche. Pauvre aux yeux des autres, cela pourrait être l'humiliation totale dans un monde où l'argent est Roi, où les vraies valeurs (l'honneur, la solidarité, la bienséance) disparaissent, pourries par son pouvoir hégémonique. Moi je l'ai trouvé très digne. Je ne sais pas si j'arriverais à faire ce qu'il fait mais il est vrai que je ne suis pas (pas encore, qui sait) dans la même situation. Même si ce genre de pratique ne doit pas laisser indemn, c'est la société qui se sent humiliée, c'est nous, c'est moi qui me sent humilié. Cela explique peut-être, en partie seulement, nos réactions.
Ceux qui disent que ces gens se font beaucoup d'argent ou profitent du système, ce sont ceux qui se cherchent des excuses pour éviter de culpabiliser. Je voudrais les voir, moi, essayer une fois de faire la manche. Quand on sait qu'ils ont déjà honte de quitter les grands centres commerciaux et d'aller acheter, baisse du pouvoir d'achat oblige, leur nourriture au Lidl, au Norma ou au Leader Price, on imagine ce qu'ils pourraient ressentir à faire la manche. Je mets ce type de réaction sur le compte de la peur. La peur explique peut-être, en partie seulement, ces réactions.
Pendant ce temps là en France, les campements des associations sont virés par les CRS à coup de matraques. Les hauts fonctionnaires du Ministère du logement préparent Noël dans des appartements à loyer modéré, dans le très cossu cinquième arrondissement, dans une appartement Haussmannien de 180m²... Syndrome Gaymard quand tu nous tiens ! Les hommes de Gauche ne sont pas en reste, Boulogne, Haut de Seine, je ne cite pas de noms, mais ce n'est pas vraiment les quartiers de leurs électeurs. Comment, dès lors, peuvent ils prétendre les comprendre ? Coeur à gauche, porte feuille à droite ? Je crois que ce qu'il faut surtout aujourd'hui, c'est que nos représentants vivent en conformité avec ce qu'ils prônent. L'homme politique, et les hommes en général, doit être moral, éthique, totalement transparant. Il doit être honnête avec lui-même autant qu'avec les Français.
Il est quand même surprenant que dans un pays riche, on accuse le pauvre d'être à l'origine de tous les maux quand il se contente de quelques centaines d'euros pour vivre (et encore) alors que certains profitent allègrement des yachts, des rolex, des walt disney ou des tournées des plages... Suivez mon regard. Il y a vraiment quelque chose qui tourne à l'envers dans ce pays. Classe laborieuses, classes dangereuses écrivait Louis Chevalier pour qualifier la manière dont les bourgeois du XIXième siècle se représentaient les ouvriers, les populations pauvres des villes aussi bien que les marginaux. Et ça prétend faire une politique du XXIième siècle... A quand les dragonnades ?
2007 restera une année importante pour la France, celle où on prétendait, à droite comme à gauche, entrer dans le nouveau millénaire avec des méthodes du XIXième. On dit que la modernité d'une société se mesure au soin qu'elle prend des plus faibles de ses membres. Les relans nauséabonds de ces derniers mois seraient ils un signe supplémentaire de notre archaïsme et de notre déclin ?
Bonne méditation.
Thomas.
00:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 2007, pauvreté, froid, sdf, faim, mendicité, indifférence