21 décembre 2007
La pauvreté interdite
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd'hui, j'ai compris que l'année 2007 restera une année importante dans l'histoire de mon pays. Non, pas pour son élection présidentielle, pas pour ses mouvements sociaux, pas non plus pour la coupe du monde de Rugby (vous l'aviez oublié n'est-ce pas ? ;-) )... Non, l'année 2007 restera à jamais célèbre pour une réforme ô combien symbolique : la France a interdit la pauvreté. Non, je ne fabule pas. Les pauvres sont bien devenus personae non gratae depuis l'élection de Mickey. Je m'explique.
Hier encore, pour en revenir au précédent article, j'ai pu assister à une scène pour le moins rageante, dans les rues de Metz cette fois-ci. Je vous avez parler de tous ces mendiants qui, dans quasiment toutes les rues, font la manche. Parfois agressifs, surtout en soirée quand les rues sont désertes. Cela se comprend facilement par les conditions dans lesquelles ils vivent : tiraillées par la faim et le manque de sommeil (il faut rester sur ses gardes en journée), le froid de ces derniers jours ne vient rien arranger. La seule personne en qui ils ont confiance, c'est eux-même (et encore je n'en suis pas certain) et leur fidèle animal de compagnie. La plupart du temps, ils sont inoffensifs.
Simplement voilà, ils dérangent et chacun trouve son subterfuge pour ne pas voir la réalité en face. Certains les évitent pour ne pas les voir, ce qui est très difficile en ce moment tant ils sont partout. Certains feignent de ne pas les voir ni de les entendre, après tout, "ils ont qu'à bosser" n'est-ce pas ? D'autres appellent carrément les agents de police. Et précisément, hier soir, je suis passé à côté d'une voiture de la police municipale qui contrôlait, non vous ne rêvez pas, les mendiants alignés à genoux sur les bas-côtés. Il faisait -5°C, ils paraissaient exténués et littéralement gelés, et tout ce que la police trouve à faire c'est de contrôler leurs papiers et ce, sans mettre le pied dehors, en restant à l'intérieur de la voiture. Ils ont fait toute la rue comme cela. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire une remarque à haute voix "Il n'ont que ça à faire, contrôler de pauvres gens !". Ca ne change rien mais ça fait du bien ! Et c'est avec une certaine satisfaction que j'ai pu entendre quelques voix autour de moi, je ne sais d'où elles venaient, les rues sont tellement pleines pour les fêtes de noël, reprendre ces mots. Qu'on se le dise, la pauvreté est interdite dans notre pays.
Toujours il y a quelques jours, je suis passé deux fois dans la rue entre la rue Serpenoise et la rue des clercs à Metz, à quelques mètres à peine des Galeries Lafayette, du Virgin Megastore : haut lieu des boutiques de luxe. Une première fois, le matin, aux alentours de 8heures, il devait faire près de -5°C, un vieil homme était là, à genoux, à parler aux gens. Il récitait je ne sais quoi en je ne sais quelle langue. Je ne saisissais que les "Bonjour" et les "Monsieur". Une deuxième fois vers 17h, la nuit était déjà tombée, le froid était autant voire plus intense et pourtant ce vieillard était toujours au même endroit, toujours à genoux, il parlait toujours. J'étais glacé de mes quelques minutes dehors alors qu'il y avait passé sa journée... Il fallait voir les gens le contourner, on aurait dit un lépreux que tout le monde évitait d'approcher. La pauvreté serait elle également devenue une maladie dans ce pays ?
Personnellement, je trouve qu'il faut un courage exceptionnel pour arriver à faire la manche, pour arriver à tendre la mains à des passants inconnus qui nous ignorent. Il faut savoir mettre sa fierté dans sa poche. Pauvre aux yeux des autres, cela pourrait être l'humiliation totale dans un monde où l'argent est Roi, où les vraies valeurs (l'honneur, la solidarité, la bienséance) disparaissent, pourries par son pouvoir hégémonique. Moi je l'ai trouvé très digne. Je ne sais pas si j'arriverais à faire ce qu'il fait mais il est vrai que je ne suis pas (pas encore, qui sait) dans la même situation. Même si ce genre de pratique ne doit pas laisser indemn, c'est la société qui se sent humiliée, c'est nous, c'est moi qui me sent humilié. Cela explique peut-être, en partie seulement, nos réactions.
Ceux qui disent que ces gens se font beaucoup d'argent ou profitent du système, ce sont ceux qui se cherchent des excuses pour éviter de culpabiliser. Je voudrais les voir, moi, essayer une fois de faire la manche. Quand on sait qu'ils ont déjà honte de quitter les grands centres commerciaux et d'aller acheter, baisse du pouvoir d'achat oblige, leur nourriture au Lidl, au Norma ou au Leader Price, on imagine ce qu'ils pourraient ressentir à faire la manche. Je mets ce type de réaction sur le compte de la peur. La peur explique peut-être, en partie seulement, ces réactions.
Pendant ce temps là en France, les campements des associations sont virés par les CRS à coup de matraques. Les hauts fonctionnaires du Ministère du logement préparent Noël dans des appartements à loyer modéré, dans le très cossu cinquième arrondissement, dans une appartement Haussmannien de 180m²... Syndrome Gaymard quand tu nous tiens ! Les hommes de Gauche ne sont pas en reste, Boulogne, Haut de Seine, je ne cite pas de noms, mais ce n'est pas vraiment les quartiers de leurs électeurs. Comment, dès lors, peuvent ils prétendre les comprendre ? Coeur à gauche, porte feuille à droite ? Je crois que ce qu'il faut surtout aujourd'hui, c'est que nos représentants vivent en conformité avec ce qu'ils prônent. L'homme politique, et les hommes en général, doit être moral, éthique, totalement transparant. Il doit être honnête avec lui-même autant qu'avec les Français.
Il est quand même surprenant que dans un pays riche, on accuse le pauvre d'être à l'origine de tous les maux quand il se contente de quelques centaines d'euros pour vivre (et encore) alors que certains profitent allègrement des yachts, des rolex, des walt disney ou des tournées des plages... Suivez mon regard. Il y a vraiment quelque chose qui tourne à l'envers dans ce pays. Classe laborieuses, classes dangereuses écrivait Louis Chevalier pour qualifier la manière dont les bourgeois du XIXième siècle se représentaient les ouvriers, les populations pauvres des villes aussi bien que les marginaux. Et ça prétend faire une politique du XXIième siècle... A quand les dragonnades ?
2007 restera une année importante pour la France, celle où on prétendait, à droite comme à gauche, entrer dans le nouveau millénaire avec des méthodes du XIXième. On dit que la modernité d'une société se mesure au soin qu'elle prend des plus faibles de ses membres. Les relans nauséabonds de ces derniers mois seraient ils un signe supplémentaire de notre archaïsme et de notre déclin ?
Bonne méditation.
Thomas.
13:55 Publié dans Pauvreté, exclusion, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : 2007, Pauvreté, Froid, SDF, Faim, Mendicité, Indifférence


