11 janvier 2008

Le changement

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd'hui, j'ai envie de dépasser les frontières et les océans. Aujourd'hui, j'ai envie d'aller de l'autre côté de l'Atlantique et de vous parler des Etats-Unis. Et oui, il se passe encore quelque chose en dehors de notre microcosme franco-sarkozo-français, cela méritait bien un article :-)

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J'ai toujours eu un sentiment ambivalent face aux Etats-Unis. Sa courte histoire pourtant si grande. Ses mentalités mêlées de pionniers mais aussi de puritains et de libéraux, de communautarisme et d'individualisme. Ses persécutions, les dos mouillés, Guantanamo, le Ku Klux Klan... et ses rêves, l'or de l'Ouest, la lune, le self made man... Mais les Etats-Unis sont surtout ses grands espaces de l'Atlantique au Pacifique et ses magnifiques paysages des hauteurs des grattes-ciel de NYC au grand canyon et aux chutes du Niagara, de l'étendue fertile des grandes plaines battues par les vents aux steppes du désert mexicain rafraichies par les climatiseurs, de la Louisiane traditionnelle des Cajuns aux cols blancs de la Silicon Valley... Cette diversité et ces contrastes m'ont toujours attirés, intrigués même si intrigue n'est pas admiration béate ! Les Etats-Unis restent le pays de la démesure, du bien comme du mal, du meilleur comme du pire. On dit qu'on peut décrire qui est une personne sur le simple examen de sa bibliothèque et que celle-ci serait parmi nos biens les plus intimes ! Si c'est le cas, dans ma bibliothèque, ouverte à tous, vous pourrez constater que les Etats-Unis en occupent un bon tiers, à côté de l'Europe et de la droite Française essentiellement. Je vous laisse juge des déductions et analyses à apporter...

Plus précisément, j'ai toujours été fasciné par l'architecture des institutions américaines, leur solidité, leur pérénité. Elles paraissent presque monolitiques, figées à jamais dans l'histoire par Jefferson, et pourtant, elles nous montrent ces derniers jours qu'elles sont à la pointe de la respiration démocratique avec une réelle et salutaire capacité de renouvellement. Que dire d'un système dans lequel tout le monde est élu par le peuple, du shérif et du juge au Président Fédéral ? Que dire d'un système dans lequel l'inconnu d'hier peut devenir le Président de demain ? Sans fermer les yeux ni sur les dérives de financement ni sur l'utilisation abusive des médias, c'est la clef de la longévité de cette Constitution presque parfaite depuis plus de deux siècles. Que pouvons nous dire, que pouvons nous faire, nous, Français, au pays de Montesquieu, 260 ans après la publication de L'esprit des lois, quand nos pouvoirs ne sont toujours pas séparés, quand nous commençons seulement à mettre en place des primaires pour désigner nos candidats, quand nos notables sont pour la plupart nommés, quand notre Président est toujours irresponsable et quand nous avons subi plus d'une dizaine de Constitutions depuis 1787 ? Pas grand chose sinon prendre des notes...

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Mais revenons à nos ânes et à nos éléphants... Revenons sur les candidats à la location de la White House et le déroulement des Primaries. Le suspens est de mise, des deux côtés, pour le plus grand plaisir des journalistes, des instituts de sondages et, il faut bien le dire, des observateurs dont je suis ! Moi qui, en général, préfere les challengers plutôt que les leaders, j'en ai pour mon compte.

Chez les Républicains d'abord. Mitt Romney est un milliardaire mormon, homme des Bush... tout pour plaire en somme... Il était déjà célébré comme le grand favori pour obtenir l'investiture. Depuis le début du processus, sur trois Etats, il n'a remporté que celui du Wyoming, le moins peuplé de tous et par conséquent celui envoyant le moins de délégués à la Convention qui élira le candidat. Le jeu est très ouvert puisqu'il a en face de lui un duo de choc avec Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas, ancien obèse (ça compte aux usa !), pasteur, antiavortement, antimariage pour tous, anti..., anti..., anti... mais pour le maintien des troupes en Irak ! Sur le plan économique, il est nettement moins libéral que la moyenne, ses positions se rapprochant parfois de celles des démocrates. Il a remporté le caucus de l'IOWA, troisième dans le New Hampshire, les sondages le donnent en tête dans les Etats du vieux sud et des grandes plaines. On dit qu'il pourrait former un ticket comme Vice Président de l'autre membre du duo : le revenant John Mac Cain (pas celui des frites longues et craquantes, je précise pour les obsédés des subtilités culinaires lol), vétéran du Viet Nam, critique dès le départ sur la guerre en Irak, opposant à Georges Bush aux primaires de 2000. Donné perdant il y a quelques mois, le vieux sénateur vient de remporter la primaire du New Hampshire et semble en bonne posture pour s'imposer. Rudy Giuliani, enfin, l'ancien maire de NYC, celui du 11 septembre, celui qui a réduit sensiblement la criminalité dans les rues de Big Apple a été classé loin derrière lors des trois premières consultations. En fait, il mise sur les grands Etats comme la Floride, la Californie et bien entendu New York qui n'interviendront qu'à partir du 29 janvier et surtout du Super Tuesday du 5 Février ! Le jeu est largement ouvert... Mon sentiment est que ces candidats n'ont rien à voir avec ce qu'a pu être la politique de Bush. Ils sont bien plus modérés, semblent bien plus ouverts, bien plus traditionnels en somme... Ma préférence va au Ticket Mac Cain - Huckabee même si Giuliani m'inspire beaucoup.

 

 Chez les démocrates, c'est une autre paire de manche, tout aussi passionante, toute aussi incertaine. Les rapports de forces y sont différents. Même si le nombre de candidats est sensiblement identique, tout tourne autour de Hillary Clinton, Barack Obama et John Edwards. Les autres sont plus ou moins Out. Le processus de primaire est différent de chez les républicains puisque le Wyoming votera après le Super Tuesday du 5 février. Deux Etats ont d'ores et déjà choisis leur champion : l'IOWA et le New Hampshire.

La grande favorite était a priori Hillary Clinton, femme de l'ancien président, sénatrice de New York apparament très impliquée dans la commission des affaires étrangères, entre autres. Je ne sais pas si nous avons rêvé ou pas, j'ai l'impression qu'Hillary est candidate depuis que son mari a quitté la White House. Les Français voient tous Hillary Présidente des Etats-Unis depuis des années... Ca parait d'une évidence à tout le monde. Ca parait tellement naturel. Les journalistes Français se sont concentrés sur elle, à la télé comme dans la presse, dans les film aussi ! Son ombre a même plané sur la présidentielle Française dans le parallèle avec Ségolène Royal. De la même façon, il ne semble pas invraisemblable que son éventuelle élection ait une incidence sur notre vie politique... Ainsi, dominant les sondages depuis des mois, l'ex First Lady semble en difficulté depuis la mi-décembre et s'est même vu classée troisième au caucus de l'IOWA derrière John Edwards et surtout, Barack Obama.

IOWA, "beau pays" en indien : ça ne pouvait être qu'un Etat pour Barack Obama. Le challenger, charismatique sénateur de l'Illinois, porte le verbe haut, très haut, entrainant avec lui les jeunes et l'enthousiasme de la presse mondiale. Surtout depuis son coup d'éclat. Il n'est "que" sénateur. Il est aussi métis "d'un père du Kenya et d'une mère du Kansas avec une histoire qui ne peut se passer qu'aux Etas-Unis d'Amérique !" comme il le dira si bien lors de son discours de victoire. Ce retournement est suivi d'un second, plus à l'Est, dans le petit Etat du New Hampshire. Tout le monde donnait Obama gagnant, et de loin ! Pourtant c'est Hillary qui l'emporte. Comme quoi le sondage ne fait pas l'élection... Compteurs à zéro, tout est à refaire. Seul John Edwards, ex co-listier de John Kerry en 2004, semble distancé. Vers qui se tournera-t-il ? Et surtout, quand se tournera-t-il ? Les prochaines échéances sont les primaires du Michigan, elles ont été invalidées avant même de commencer pour querelle sur la date de leurs tenues... Trois Etats seront donc décisifs avant le Super Tuesday, qui devrait désigner définitivement le candidat du parti : le Nevada, premier Etat à forte concentration hispanique, la Caroline du Sud, avec une forte proportion de populations noires et enfin la Floride, premier grand Etat des primaires, qui avait été décisif lors de l'élection de 2000. Mon sentiment est que les jeux sont, ici aussi, très ouverts, tout peut sortir du chapeau et rebondir ! Au moins jusqu'au 5 février... à suivre !

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Face à cet événement dont les conséquences toucheront la planète entière, je ne peux m'empêcher, avant de vous laisser, de faire un parallèle avec ce que j'ai déjà vécu en France et ailleurs. Les démocrates, puisque c'est eux qui m'intéressent particulièrement, ont un choix cornélien à faire. Choisir entre l'expérience et l'espoir. Quelle torture !

Cela ne vous rappelle rien ? La primaire socialiste de 2006 bien entendu. Royal représentait l'espoir, l'engouement et les sondages au beau fixe, donc la possibilité aux yeux des citoyens de gauche de voir élu à la présidence un des leurs et, surtout, de battre l'ennemi juré : Nicolas Sarkozy. On sait combien l'espoir a été d'autant plus déçu qu'il était enthousiaste et sincère... Celui qui laisse espérer beaucoup, sans avoir le bagage pour concrétiser ses paroles, déçoit beaucoup. C'est une vraie leçon. Cependant, il y a tout de même une différence de taille entre Royal et Barack car s'ils représentaient tout deux l'espoir, Barack possède un don d'orateur exceptionnel qui a fait défaut à Royal. Manier les phrases, les mots et les sentiments est une qualité indispensable pour tout candidat engagé dans une course électorale et là où Royal peinait visiblement lors de ses meetings, Barack semble emporter les foules par sa vitalité pleine d'énergie. La parole bien maniée est un auxiliaire de poids pour combler les déficits de toutes sortes...

En face de Royal, l'expérience : Fabius, DSK mais aussi Sarkozy ! En face d'Obama, l'experience : Hillary Clinton et probablement le républicain John McCain. Le problème de tous ces expérimentés, c'est que l'expérience ne s'aquiert que par l'exercice du pouvoir. Deux inconvénients : les casseroles, puisque gouverner c'est aussi assumer, erreurs comprises, et surtout, on ne peut plus représenter le changement par sa simple personne, par de simples mots. On ne peut plus incarner ce qui fait le sens (de moins en moins, il est vrai) de l'engagement politique. Or, que peut-on faire espérer, que peut-on promettre, comment peut-on faire "Croire au changement" alors qu'on gouverne déjà ? C'est toute l'équation que doivent résoudre nos politiques aussi bien en France, qu'aux USA ou ailleurs : accumuler une expérience précieuse tout en se préservant pour pouvoir incarner la force de l'espérance et la tranquille sagesse. Au fond, et au-delà de toutes ces considérations finalement bien peu politiques, je crois que cette sage espérance et cette force tranquille résident d'une part dans la volonté de changer les choses du candidat, beaucoup se contentent du statu quo à des fins personnelles, et d'autre part dans le sérieux de son programme, c'est à dire sa sincérité et non dans un pseudo-réalisme dont la traduction est également le statu quo...

 

Pour faire croire au changement, il faut d'abord y croire soi-même ! Pour faire le changement, il faut sincèrement le vouloir ! Avis à Barack et Hillary. Avis aux défaits.

Je reviendrai sur cette notion de "changement", qui me semble essentielle pour pouvoir espérer un jour "penser autrement".

A suivre...

Thomas