19 décembre 2007
Vents Glacés de Sibérie
Bonjour à toutes et à tous,
Quelles froides journées mes amis !
Depuis quelques jours maintenant, les vents du nord nous frappent de plein fouet. Le ciel est d'un bleu intense, pas un nuage à l'horizon. La bise insistante carresse les toits des maisons, s'engouffre entre les immeubles, balaye le fond des rues et les bords de Moselle. C'est un vent qui sent la glace, qui sent la neige. L'hiver est là. Un hiver comme je les aime, sec et froid. Celui dont les coups vous découpent le visage telle une lame de rasoir, dont les caresses vous électrisent les cheveux et vous couvrent les mains de rugueuses écailles. Sortir les grosses laines, les bonnets, les gands. Enfiler les menteaux gonflés de plumes d'oies, enrouler les écharpes écossaises autour du cou, couvrant nez et menton, et bien entendu ressortir les vieilles charentaises pour l'intérieur... Je suis certain que vous connaissez vous aussi ce sentiment qu'on éprouve lorsqu'on se promène en ville tout blotti dans son arnachement hivernal comme dans la couhette de la nuit passée. Cette couhette dans laquelle vous n'avez ni trop chaud, ni trop froid et dont la moindre idée d'en sortir pourrait vous plomber la journée, guettant les chiffres du réveil comme le compte à rebours de votre course journalière...
Vous me direz, ce n'est pas la Lorraine que je vous décris là. Cela ressemblerait plutôt à la Scandinavie ?! Pire, si ca ne tenait qu'à moi, ces derniers jours, on aurait presque pu placer la Lorraine en Sibérie ! Et justement, depuis maintenant deux semaines, quel curieux hasard, je passe mes journées à travailler la géographie de la Russie... Après ce que je viens de vous décrire, vous me direz, c'est de saison ! Effectivement, je n'ai pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour rentrer dans mon sujet. Pour avoir un aperçu de l'ambiance, il me suffit de poser le pied dehors. Le Grand Nord Sibérien à quelques pas de chez moi ! Passionnant pays que la Grande Fédération ! Et justement, à propos d'une des régions les plus reculées, les plus froides et les plus isolées au monde, j'ai retenu ce dicton de mes lectures : "Kolyma, Kolyma, ô planète enchantée ! Ton hiver a douze mois, tout le reste c'est l'été !". Je crois que cela résume bien :-) Passionnant pays que la Grande Fédération vous dis-je ! J'y reviendrai plus longuement dans un prochain article, soyez en sûr.
Là vous vous dites, certes, mais où veut il en venir ? Justement, j'y viens. En fait, je ne vous ai pas tout dit concernant cette région sibérienne. Il existe en effet un deuxième dicton pour qualifier Kolyma, un peu moins beau, un peu plus marquant, toujours très parlant. Ce dicton nous dit "Kolyma veut dire mort". Cela refroidit. Cela fait immédiatement revenir sur terre. Fini l'individualisme égoïste de la couhette et l'intellectualisme abstrait sur l'immensité russe. On retourne dans la vraie vie, celle du froid qui frappe, du froid qui tue chaque jours dans nos villes, aux coins de nos rues, aux pieds de nos immeubles... Devant nos yeux s'étallent les corps des plus faibles, des marginaux, des exclus de la société et de la nation. Ils sont Français. Ils sont des hommes et des femmes mais aussi de plus en plus des jeunes. Je le souligne car c'est ce qui me frappe le plus depuis quelques années. Hier, en revenant à la gare de Metz, ils étaient une dizaine allongés dans la salle d'acceuil, chauffée, à dormir. Alignés comme des cadavres recouverts de suaires. Inertes. Tous les jours, ils sont des dizaines que je croise à mendier dans les rues de la ville, qu'il vente, pleuve ou neige... Je me sens coupable de ne pas pouvoir plus pour eux. J'enrage de la non assistance à personne à danger, on est tous Français, on est tous des Hommes, comment peut-on s'accomoder de cette situation ? Comment peut-on être heureux chez soi, au chaud, quand on sait ce qui se passe dehors, dans le froid ? Moi je ne le peux pas.
Pendant ce temps là, en "haut" et dans la presse, la guéguerre des roses se poursuit, les journalistes adulent le "grand (faux) retour" de Blanche Neige pour un livre, très mal écrit du reste, où personne n'apprend rien qu'il ne connaissait déjà. On parle aussi des frasques de Kadhafi, de la Star Academy qui ne fait pas d'audience. On s'emballe enfin pour un Président érigé en Prince Charmant convoquant un grand bal dans son Palais afin d'assurer sa descendance. Une princesse italienne serait grande favorite parait-il...
Le choc thermique est foudroyant entre deux mondes, la virtualité et la réalité. Quelles froides journées n'est-ce pas ?
A très bientôt.
Thomas.
00:15 Publié dans Europe et pays européens, Pauvreté, exclusion, Valeurs et Perspectives | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Froid, Pauvreté, Star Academy, Kadhafi, Argent, Dignité, Honneur


