24 janvier 2008

Pour un Nouveau Compromis

Bonjour à toutes et à tous,

 

L'actualité est lourde depuis quelques jours : passage en force sur la constitution européenne, licenciement purement financier de 600 à 700 personnes chez Arcelor-Mittal à Gandrange en Moselle, démocratie participative mise à mal par ses propres promoteurs, crise boursière internationale, fraudes bancaires de plusieurs milliards à la Société Générale, la mondialisation qui impose en toile de fond ses conditions aux Etats, rigidité et inadaptation de nos institutions... Autant de phénomènes ou de nouvelles qui me conduisent à réfléchir aujourd'hui sur la possibilité d'un Nouveau Compromis.

 

Une "modernisation rétrograde" de notre pensée économique et sociale. Cela m'amuse toujours beaucoup de voir, en particulier à gauche, quelques grandes figures nous expliquer que la modernité c'est d'être plus fexible, plus mobile et finalement que la sécurité de l'emploi est quelque chose d'archaïque. L'Homme a, de tout temps, eu pour première préoccupation sa sécurité. Cela fait partie de son instinct. Il en a besoin. C'est une nécessité. Dès lors, depuis quand être plus moderne c'est être moins humain ? Depuis quand la flexibilité et la mobilité favorise-t-elle l'épanouissement d'un homme au sein d'une société dans laquelle il doit, pour y parvenir, tisser et entretenir des liens d'amitié et interpersonnels forts, dans laquelle il veut fonder une famille solide et la protéger ? L'homme, pour être heureux, a besoin de sécurité et de stabilité. La vraie question qui se pose alors est la suivante : est-ce archaïque que d'être heureux ? On pourrait le penser si on les écoutait sans réfléchir un peu...

Pour ma part, j'estime cette prétendue modernité qu'on nous vend à longueur d'émissions télé, de journaux ou de slogans politiques inhumaine et par conséquent rétrograde. La modernité, aujourd'hui, c'est l'employé klinex, l'ouvrier, le mineur malade d'une vie de labeur et mourrant quelques années avant ou après sa retraite, les cadres à code-barre. "Je sens bien qu'on a pressé l'orange, il faut que je pense à sauver l'écorceécrivait Voltaire à propos de Frédérick II de Prusse peu avant sa fuite du Sans-souci de Potsdam. Cela pourrait être l'état d'esprit du travailleur du XXIième siècle. Dépersonnalisation totale des travailleurs et interchangeabilité des postes sont devenus la règle. La mobilité est devenue horizontale, on sort d'une entreprise quasiment au même niveau que celui par lequel on y est entré et les perspectives de carrières se réduisent drastiquement. Un fils de PDG devient PDG à son tour, même s'il n'en a pas ni les qualités ni les capacités. Un fils d'employé deviendra employé à son tour, même s'il a plus de capacités que son père et que son PDG réunis. Toute remise en cause du système est interdite, ce serait cracher dans la soupe (nous dit-on). Acceptez votre condition telle qu'elle est, vous vivrez plus heureux. Le profit doit être décomplexé, la consommation à outrance assumée, l'entreprise c'est la liberté... Et mon cul, c'est du poulet ? Voilà la réalité, mais est-ce vraiment une modernité ? Je ne le crois pas.

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Le délitement de notre démocratie. La mondialisation influe sur notre économie et notre société mais provoque également un certain nombre de modifications de nos systèmes de gouvernement. Si la démocratie représentative était certainement le meilleur moyen de gouverner la France des années soixantes, force est de constater qu'avec la troisième mondialisation, le transfert de pouvoirs fondamentaux aux institutions européennes et le raidissement des institutions de la Cinquième République depuis quelques années, elle semble aujourd'hui totalement inadaptée aux nouveaux enjeux. Elle ne se suffit plus à elle-même et doit être approfondie. L'équilibre national est rompu, les personnes que nous élisons n'ont plus le pouvoir de changer les choses mais seulement d'appliquer les directives européennes, les résolutions des grands sommets et des grandes institutions internationales. Les membres de ces institutions ne sont pas  élus ou tellement indirectement que le sang démocratique s'est dissout dans les veines administratives. C'est la définition même de la Technocratie, le pouvoir aux techniciens et aux diplomates sans légitimité populaire aucune.

Aujourd'hui, la réalité du pouvoir n'appartient plus aux citoyens. C'est un fait. La réalité du pouvoir appartient à des gens nommés opaquement et dont le pouvoir n'est pas réellement contrôlé. Le pouvoir est à la Commission européenne qui gère la machine administrative. Il est à la Cour de Justice de l'Union qui fait la loi et juge les Etats. Il est à la Banque Centrale Européenne qui dirige la politique monnétaire librement. Sans oublier les Conseils d'Administration des grandes entreprises et grand organismes internationaux comme le Fond Monnétaire international, la Banque Mondiale, l'Organisation Mondial du Commerce, qui orientent réellement notre politique économique... Le citoyen ne fait qu'élire des gens chargés de nommer aux fonctions ces techniciens, ces diplomates. Ils sont aussi chargés d'appliquer les décisions prises en haut, ou plutôt à faire passer la pilule des recules qui sont entrepris dans les domaines sociaux et culturels. On amuse les citoyens grâce à des Coupes du monde, des Jeux Olympiques. On détourne leur attention par des appats comme la vie sentimentale du chef de l'Etat ou des débats sociétaux mineurs comme le "mariage pour tous" ou le débat sur les OGM qui, même s'ils sont en eux-mêmes importants, ne sont pas fondamentaux pour définir le modèle de société globale que nous voulons créer... Panem et circensis. Du pain et des jeux. Paul Veyne avait donc raison... Nos élus servent enfin de fusibles, de soupapes, qui protègent ceux qui tiennent la réalité du pouvoir : ceux d'En-Haut. Finalement, je l'écris sans avoir le sentiment d'exagérer, on peut dire qu'aujourd'hui le pouvoir des citoyens est en train de leur filer entre les doigts. Ce n'est pas la dictature, le despotisme ou la monarchie qui nous menace, c'est la soumission des élus aux dirigeants économiques et aux techniciens du pouvoir, aux spécialistes : la Technocratie.

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Le Nouveau Compromis. Mon sentiment est qu'on ne peut pas imposer des recules économiques et sociaux, parce qu'il s'agit bien de recules que cette prétendue modernisation, sans compensations. Celles-ci, je ne les vois que dans des réformes démocratiques. Plus de démocratie dans le fonctionnement de notre République. Plus de démocratie dans le fonctionnement de l'Europe. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos entreprises. Plus de démocratie dans le fonctionnement de nos administrations locales, nationales, continentales et internationales. Il ne faut pas avoir peur de l'avis des citoyens. Il ne faut pas avoir peur du vote. La démocratie n'a pas peur du peuple. 

Concrètement, un droit du travail plus souple appelle un fonctionnement de l'entreprise plus démocratique. Pour laisser l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale, voire les membres de l'Assemblée de l'ONU eux-mêmes, continuer à nous imposer de nouvelles règles, il faut que ses dirigeants soient directement élus par les citoyens du monde. Pour que l'Europe puisse continuer à marcher et ses décisions acceptées par les citoyens, il faut que la Commission soit élue par le Parlement européen, que ce soit le Parlement qui fasse la loi et vote le budget et que la Banque centrale européenne soit rattachée directement à la Commission européenne. Il faut enfin que la légitimité du Parlement Européen soit renforcée par une date unique des élections législatives européennes et des droits de veto sur les décisions de la Commission, de la Cour de Justice, de la BCE et pourquoi pas du Conseil Européen !

Au niveau national, pour qu'on accepte les décisions du Parlement, il faut qu'il représente la société. Il faut un Parlement élu, à la manière allemande, à 50% au scrutin majoritaire, à 50% au scrutin proportionnel. Il faut également clarifier les pouvoirs. Qui fait quoi ? Clarifier les pouvoirs des gouvernements par rapport aux insitutions internationales, par rapport à l'Europe. Clarifier les pouvoirs du chef de l'Etat par rapport au Premier Ministre et aux Ministres. Les pouvoirs de l'Assemblée par rapport aux deux précédents. Localement, comme le souligne le rapport Attali, il est évident que le département, même s'il suscite beaucoup de passions, n'est plus un espace adapté à une France moderne. Devenu l'antichambre du Sénat, ils sont de véritables maisons de retraites politiques provinciales... C'est la Région qui devient le maillon essentiel entre l'Etat et les Communes. Les compétences des départements devraient donc être distribuées entre Communes et Régions. Les Communes françaises sont aussi beaucoup trop nombreuses, leur nombre doit être réduit par leur fusion dans le cadre des Pays, territoires de projets, territoires historiques, et non dans les communautés d'agglomération comme le suggère le rapport Attali. Cela me paraîtrait plus judicieux.

La prise de décision doit enfin se démocratiser. A la démocratie représentative, deux niveaux de démocraties doivent être ajoutés. La démocratie participative à tous les niveaux : mondial, continental, national et régional. Par démocratie participative j'entends la construction d'un dialogue constant entre citoyens et élus (et non techniciens ou experts !) afin d'améliorer l'adaptation des projets pour lesquels ils ont remporté la majorité des suffrages, aux réalités du terrain. Au niveau local, je suggère la création de véritables Cités, avec un pouvoir plus direct, notamment pour le budget de la ville et pour les grands projets urbains au centre comme en périphérie. La place du Conseil Municipal doit être reforcée et rééquilibrée par rapport à celle du Maire. Il doit devenir la clef de voûte garantissant l'équilibre entre la direction citoyenne et l'incarnation de la cité qu'est le Maire.

 

Je pense que ceux qui croient pouvoir faire accepter, avec cette prétendue modernisation de l'économie, avec ce transfert toujours plus important des pouvoirs de la nation à des institutions européennes et mondiales non-élues, sans donner plus de capacité, de droit de regard, de pouvoir de décision aux simples citoyens, se trompent lourdement. L'exemple le plus représentatif étant la manière dont l'Europe est en train de baffouer le vote démocratique des citoyens sur la Constitution Européenne. Les citoyens regardent, s'informent et n'accepteront pas tout indéfiniment. Ils ne sont pas stupides et perçoivent très nettement ce déséquilibre. En ce début de XXIième siècle, qui l'eut cru, c'est la démocratie qui est en danger. Un Nouveau Compromis s'impose : recules économiques contre avancées démocratiques.

En définitive, deux questions sont ici posées. La question de la modernité tout d'abord. Qu'est ce que la modernité ? Je répondrai simplement que la modernité est le moyen du changement. La modernité, c'est ce qui permet de rendre le plus grand nombre de personnes heureuses. Elle doit être le but unique du combat idéologique et politique. La question de la démocratie ensuite. Qu'est ce que la démocratie ? La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Tout autant que d'ignorer l'avis des citoyens, baffouer leurs choix est aussi baffouer la démocratie.

 

A Réfléchir, à enrichir, à voir...

Thomas