14 avril 2008

Olympisme et Chinoiseries

Bonjour à toutes et à tous,

Cette semaine je comptais vous faire une longue tirade sur la confiance et la fidélité. Mais aux vues des derniers événements, j'ai pensé qu'un petit tour par la Chine s'imposait. Elle s'impose car elle semble aujourd'hui faire partie de ces pays qui vont compter dans les prochaines années, peut-être plus qu'aucun autre dans l'histoire. Les Etats-Unis sont sur le déclin, l'Europe et le Japon stagnent dans leurs contigüités, l'Amérique du Sud poursuit son bonhomme de chemin, l'Afrique est plus pauvre que jamais. Avec la Russie et l'Inde, la Chine est le pays du XXIième siècle. Cela peut nous paraître frustrant, à nous, occidentaux, habitués que nous sommes à faire la leçon au monde, mais c'est ainsi, et il va falloir s'y habituer car ce n'est, à mon humble avis, que le début.

 

Des images, encore. Revenons d'abord sur ces images que nous avons tous vus. Un bordel sans nom, il n'y a pas d'autres mots. Des sportifs pris en otages d'une mini guerre civile le long du parcours de la flamme. Les CRS, les ProChines, les Pro Tibétains, certains défendant les libertés, d'autres le soit-disant "esprit olympique". Les présidents de CIO et ceux de défense de la liberté de la presse. Une joyeuse castagne comme les Français savent le faire. J'ai à l'esprit l'image de cette Chinoise en fauteuil roulant qui protége la flamme comme son bébé, étonnée des réactions de la foule à son passage. Des gens qui courent dans tous les sens, des organisateurs complètement dépassés autant du côté Chinois que du côté Français. Je ne crois pas que quelqu'un y ait gagné grand chose, même si les images sont fortes. Qui ne peut être sensible à ce jeune Tibetain hurlant "free Tibet, free Tibet !", bouche en sang et entrant dans un fourguon ? Par le coup de matraque reçu par ce photographe, assomé par un CRS ? Par l'image d'une flamme éteinte sous les yeux de notre judoka national ? Mais ces images sont le règne de l'émotion plus que de la raison. N'est-ce pas pour avoir ce genre d'images qu'on a donné les Jeux Olympiques à la Chine ? Est-ce une manière de la glorifier ou un cadeau empoisonné pour la faire vaciller ? La chute de l'URSS n'a-t-elle pas commencé, entre autres, avec les JO de Moscou en 1980 ? En choisissant Pékin pour acceuillir les Jeux, nous savions tout ça. Il fallait le dire avant, qu'attendent-ils pour avoir une politique économique en accord avec leurs idées ? Si on peut brûler les symboles, ils n'ont pas l'intention de changer ce gros coffre-fort économique que constitue l'Empire du Milieu. Je pense tout le contraire, je pense qu'il faut mettre nos actes en accord avec nos valeurs et nos idées, mais on ne doit jamais toucher un symbole !

Quelle position prendre ? Vous le savez, je ne suis pas un partisan du droit d'ingérence. Je pense que personne n'a de leçon à reçevoir concernant sa politique intérieure et surtout pas de notre part. Les Européens sont les premiers à faire la leçon aux autres, mais lequel d'entre eux accepterait qu'un autre pays lui dise comment il convient de régler ses problèmes intérieurs ? Qui accepterait l'humiliation publique que l'on fait subir au peuple Chinois ? Qui accepterait de se coucher par terre devant le monde comme l'a fait l'Irak en 2003 face aux inspecteurs de l'ONU ? Quel pays d'Europe accepterait de se voir dicter sa politique de défense comme l'Iran ? Quel pays de notre continent accepterait de se voir dicter toute une politique intérieure comme la Turquie ? Avouez qu'il n'y en a pas beaucoup... Que nous nous occupions de nous même avant de donner des leçons aux autres. Il appartient à chaque peuple d'écrire son histoire et je fais confiance aux Chinois pour continuer d'écrire la leur. Il est évident qu'un si grand peuple, si ingénieux, si fier, si puissant, si riche, de toutes les manières qu'un peuple puisse être riche, ne peut s'arrêter à ce gouvernement autoritaire, à cette barbarie, à cette rigidité.

Ceci dit, si nous n'avons pas de légitimité pour donner des leçons à d'autres, nous avons le devoir de donner et dire notre avis, a fortiori quand ces gens viennent sur notre sol. Nous ne devons pas cacher ce que nous pensons, ce serait mentir à ces gens, ce serait nous mentir à nous-même. Oui, nous continuerons de promouvoir nos valeurs, nous les défendrons, nous devons le faire savoir. La liberté individuelle et collective, les Droits de l'Homme, l'autonomie voire l'indépendance du peuple Tibétain comme de tout peuple souhaitant disposer de lui-même, nous devons réaffirmer ces positions chaque fois que cela est possible, mais dans le dialogue avec l'autre et non pas dans le rapport de force et l'humiliation. Il ne faut pas se tromper de cible. Humilier un pays c'est humilier son peuple et cela risque de produire les effets inverses de ceux recherchés. Que disons-nous, nous, Français, quand un autre pays comme les USA ou Israël nous donnent des leçons sur notre politique religieuse ? Qu'avons-nous fait quand les USA ont voulu nous forcer la main pour s'enfermer dans le bourbier Irakien ? Nous avons fait l'union sacré autour de nos dirigeants, autour de notre République, même si nous savions que tout n'était pas parfait. Notre cible, c'est le gouvernement chinois, pas la Chine ! Notre cible, c'est la dictature et l'arbitraire, c'est l'autoritarisme ! Pas les Chinois, pas les Jeux Olympiques !

 

Nous sommes le pays de la liberté, soyons juste nous-même. Sachons respecter les autres, qui ont d'autres cultures, d'autres histoires, d'autres perceptions du monde. A nous de défendre nos valeurs mais sans violence ni humiliation, sans nous ériger constamment en Juge suprême d'un prétendu Bien occidental contre le soit disant Mal que représente l'étranger. Les valeurs se partagent et se discuttent, elles ne s'imposent jamais. Nous devons participer à ces Jeux Olympiques. Nous devons aller voir les Chinois. Nous devons aller défendre nos valeurs sur leur territoire, chez eux, avec eux. Le dialogue est la clef.

Bon nirvana à tous.

Thomas.